Le défi de la chaîne du froid : comment les entreprises de l’agroalimentaire et du pharmaceutique perdent de l’argent inutilement

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La livraison touche à sa fin : le camion frigorifique se présente à l’heure au centre de distribution. C’est pourtant souvent à cet instant précis que commence l’étape la plus délicate pour les produits sensibles à la température. Car si les denrées alimentaires, les produits frais ou les médicaments sont soumis à des règles strictes aussi bien dans l’entrepôt frigorifique que pendant le transport sous température dirigée, des failles apparaissent entre ces deux étapes : une palette qui attend sur le quai, qui reste exposée aux intempéries pendant le transfert ou qui patiente plus longtemps que prévu sur le tarmac. Ce sont précisément ces phases, souvent brèves, qui peuvent transformer une chaîne du froid maîtrisée en risque financier.

Les minutes décisives commencent dès l’ouverture des portes du camion

Une housse palette isotherme joue un rôle clé précisément là où le froid actif n’est temporairement pas disponible. Ces housses réutilisables sont conçues pour les palettes EURO ou les palettes-blocs ; il existe également des versions pour les rolls et pour les ULD utilisées dans le fret aérien. Un revêtement extérieur réfléchissant limite l’effet du rayonnement thermique et de l’ensoleillement direct, tandis que le matériau isolant ralentit les échanges de chaleur entre la marchandise et son environnement. Les produits sont aussi protégés du froid et de la pluie et, selon la conception et l’usage, de l’humidité ou de la condensation. Contrairement à un groupe frigorifique, cette solution passive ne consomme aucune énergie pendant son utilisation.

Cela ne signifie pas pour autant qu’une housse remplace le froid actif : elle ne produit pas de froid. L’objectif est de maintenir la température atteinte le plus longtemps possible et d’amortir les écarts importants pendant des phases non maîtrisées et limitées dans le temps.

Les pertes de marchandises ne sont qu’une partie du problème

Dans l’agroalimentaire, une rupture de la chaîne du froid se traduit vite par une perte financière. Les fruits et légumes frais y sont particulièrement sensibles : leur qualité et leur durée de conservation se dégradent rapidement. Pour la viande et le poisson, les exigences sont encore plus strictes. En cas de dépassement de la température autorisée, la marchandise peut devenir invendable.

Aux pertes directes de marchandises s’ajoutent d’autres coûts : traitement des retours, réorganisation des livraisons et transports à refaire. Dans l’e-commerce alimentaire, une seule livraison détériorée peut suffire à perdre un client définitivement.

Pour les produits pharmaceutiques, un niveau d’exigence supplémentaire s’ajoute. Un écart de température peut y déclencher une investigation et remettre en cause la libération d’un envoi. Les bonnes pratiques de distribution (BPD) de l’Union européenne prévoient que les conditions de conservation des médicaments soient également respectées pendant le transport. La maîtrise de la température devient alors un enjeu de qualité, mais aussi de conformité.

Pourquoi le transbordement est souvent plus risqué que le transport lui-même

Pendant un transport de quatre heures en camion sous température dirigée, les conditions restent généralement stables. Ce sont souvent les trente minutes suivantes qui posent problème.

En été, une palette peut rester en plein soleil devant un quai saturé, puis attendre de nouveau au transbordement suivant. En hiver, la logique s’inverse : un produit qui doit être protégé du gel peut subir un refroidissement brutal dès que les températures extérieures chutent.

Dans une évaluation des risques, il ne suffit donc pas de considérer la durée du trajet et les kilomètres parcourus. Les entreprises ont intérêt à documenter l’ensemble du parcours d’une palette : combien de temps dure le déchargement ? Des temps d’attente reviennent-ils régulièrement au quai ? Le transbordement a-t-il lieu dans un entrepôt climatisé ? Quelles températures extrêmes faut-il anticiper sur les différents sites ? Pendant une canicule, quelques dizaines de minutes sans protection peuvent représenter une contrainte bien plus forte qu’un long trajet en environnement maîtrisé.

Autre point faible : l’aéroport

Dans le fret aérien, la situation est encore plus complexe. Un envoi pharmaceutique est d’abord acheminé jusqu’à l’aéroport dans un véhicule sous température dirigée, puis stocké dans une zone à température contrôlée. Il doit pourtant quitter cette zone pour être chargé.

Les palettes et les unités de chargement (ULD) sont alors dirigées vers l’aire de trafic, où elles peuvent rester en attente pendant les opérations d’assistance en escale. L’unité est exposée directement au soleil en été et à des températures négatives en hiver. En cas de retard au sol, cette exposition se prolonge.

Pour le transport aérien de produits pharmaceutiques, les référentiels et procédures de l’IATA viennent compléter les bonnes pratiques de distribution européennes. L’IATA met en particulier l’accent sur l’emballage, la manipulation et les points critiques de la chaîne du froid pour les produits de santé sensibles à la température. Les solutions de transport possibles comprennent des systèmes de protection thermique passifs et actifs.

Palette EURO ou palette-bloc : la taille n’est qu’un premier critère

Lorsque l’on choisit une solution d’isolation passive, il faut d’abord vérifier que ses dimensions correspondent à l’unité de transport. La palette EURO, au format 120 × 80 centimètres, est la plus répandue en Europe. Les palettes de 120 × 100 centimètres nécessitent des housses adaptées. Cooled Solutions propose par exemple ces deux formats, en version standard comme en double couche.

La durée de protection visée est tout aussi importante. La palette doit-elle simplement passer un transbordement de 20 minutes, ou tenir plusieurs heures sans froid actif ? À quelle température les produits sont-ils conditionnés et quelles températures extérieures faut-il prévoir ?

Plus l’écart de température est marqué et plus l’exposition dure, plus la conception d’ensemble prend de l’importance. Dans des conditions de transport difficiles, une double isolation peut se justifier. L’ajout d’accumulateurs de froid permet par ailleurs de renforcer la protection passive. Le sol ne doit pas être oublié. Une palette posée sur un asphalte brûlant ou sur une surface très froide échange également de la chaleur par le bas. Un film isolant au sol permet donc de compléter le dispositif.

Les denrées alimentaires ont des exigences très différentes

Savoir si une solution passive suffit dépend fortement du produit. Les fruits et légumes n’ont pas les mêmes conditions de conservation que la viande, le poisson ou les surgelés.

Les produits de la pêche font l’objet d’exigences très précises. Le règlement européen n° 853/2004 prévoit que les produits de la pêche frais soient maintenus, pendant le transport, à une température proche de celle de la glace fondante. Pour les produits congelés, la règle générale est une température d’au plus – 18 °C, de brèves fluctuations restant tolérées.

La vente de produits alimentaires en ligne ajoute d’autres contraintes. Entre le centre de préparation de commandes et le domicile du client, une commande peut passer par plusieurs étapes. Chaque manipulation et chaque stockage intermédiaire constituent une phase supplémentaire pendant laquelle les produits peuvent être exposés à d’autres conditions climatiques.

Ce que la réglementation européenne exige pour la chaîne du froid

Au niveau européen, les obligations des entreprises du secteur alimentaire sont clairement définies. Le règlement (CE) n° 852/2004 rappelle que le maintien de la chaîne du froid est essentiel pour les denrées qui ne peuvent pas être conservées sans risque à température ambiante. Le cas échéant, les véhicules et conteneurs de transport doivent pouvoir maintenir les denrées aux températures requises et permettre le contrôle de ces températures.

Le texte prévoit une souplesse utile en pratique : de courtes périodes hors température dirigée sont admises lors de la manutention, du transport et de l’entreposage, à condition qu’elles ne présentent pas de risque sanitaire. Le règlement ne fixe toutefois aucune durée générale. Les entreprises ne peuvent donc pas en déduire une « règle des 30 ou 60 minutes » valable dans toutes les situations.

Le secteur pharmaceutique impose un dispositif documenté

Dans le secteur pharmaceutique, cette approche au cas par cas prend une importance particulière. Les bonnes pratiques de distribution européennes exigent que les conditions de conservation requises soient respectées pendant le transport. Une solution d’isolation passive n’est donc pas conforme aux BPD du seul fait qu’elle est présentée comme une protection thermique.

C’est le concept de transport dans son ensemble qui est déterminant : plage de température requise, durée du transport, temps d’attente prévisibles et gestion des écarts. Pour les envois concernés, des enregistreurs de température permettent de documenter les conditions réelles tout au long de la chaîne logistique.

Le même principe vaut pour le fret aérien : l’emballage doit être adapté au produit comme à l’itinéraire. Les durées d’exposition possibles doivent donc être prises en compte dès la planification, notamment lors des transferts entre l’entrepôt, l’aire de trafic et l’avion.

Quand l’isolation passive devient-elle rentable ?

L’isolation passive est surtout intéressante lorsque seules quelques palettes d’un chargement doivent être protégées. Si trois palettes sur vingt sont sensibles à la température, réfrigérer l’ensemble du camion n’est pas forcément la solution la plus économique.

Des housses réutilisables permettent de ne sécuriser que les marchandises concernées. Selon les besoins, elles peuvent être complétées par des accumulateurs de froid et une isolation du sol. Cette approche convient particulièrement aux trajets courts et moyens, ainsi qu’aux schémas de transport dont les temps d’attente sont prévisibles.

Pour comparer les coûts, il faut toutefois regarder au-delà du prix d’achat : le nettoyage, l’entretien, le retour des housses et leur durée de vie entrent aussi dans le calcul.

Exemple concret : solutions standard et sur mesure

Depuis 1972, Cooled Solutions développe des emballages pour la manutention sous température dirigée. L’entreprise néerlandaise fabrique notamment des housses pour palettes EURO et palettes-blocs, ainsi que pour les rolls et différents formats utilisés dans le fret aérien. Les modèles courants sont disponibles en stock, tandis que des versions sur mesure peuvent être produites pour des besoins spécifiques.

Selon l’entreprise, ses housses sont notamment utilisées par KLM, Lufthansa et Emirates. Avec plus de 3 000 clients B2B en Europe, Cooled Solutions illustre la façon dont des solutions réutilisables peuvent s’intégrer aux processus logistiques existants.



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