Bientôt un covoiturage jusqu’à la Lune

Le covoiturage monte jusqu'à la Lune : un service permet désormais de réserver quelques kilos de fret à bord d'une même fusée, sans payer un vol entier ni posséder d'engin.

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Poser un instrument sur la Lune n’oblige plus à posséder sa propre fusée. Il suffit d’y réserver un peu de place, comme on monte dans une voiture qui fait déjà la route. Une entreprise japonaise commercialise désormais ce trajet mutualisé jusqu’à la surface lunaire. Elle le vend sans avoir jamais réussi, jusqu’ici, à s’y poser.

Cinq cents kilos réservés à bord de Starship

ispace a réservé 500 kilos (1 102 livres) d’espace de chargement à bord du Starship, la fusée géante de SpaceX, sur un vol prévu pour atteindre la surface de la Lune dès 2030. La société japonaise, cotée à la Bourse de Tokyo sous le code 9348.T, a rendu l’accord public le 8 juillet 2026.

Le même jour, elle a lancé une activité, l’« intégrateur d’accès lunaire » (Lunar Access Integrator), pour revendre cette place de transport à d’autres entreprises. Le contrat compte parmi les premiers signés par un acteur étranger pour acheminer du matériel sur le sol lunaire à bord du vaisseau d’Elon Musk.

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Née du programme privé HAKUTO, finaliste du Google Lunar X Prize, l’entreprise court depuis plus d’une décennie après un premier alunissage réussi. Elle ne possède ni fusée lourde ni chaîne industrielle comparables à celles de SpaceX.

Faute de tels moyens, ispace se place en intermédiaire entre le vaisseau américain et des clients du monde entier qui, comme elle, n’ont ni fusée ni engin capable de se poser sur la Lune. Elle veut regrouper les besoins de ces opérateurs sur un marché encore balbutiant, celui des équipements installés à la surface lunaire. Takeshi Hakamada, PDG et fondateur de la société, a déclaré que ce partenariat devait accélérer « exponentiellement » sa croissance dans ce domaine.

Un bus pour tous, des taxis pour les pressés

Hideari Kamiya, vice-président exécutif d’ispace, distingue deux véhicules dans cette offre. Un engin d’atterrissage partagé, qu’il compare à un « bus », transporte sur un même vol le matériel de plusieurs clients à la fois. Des engins réservés à un seul utilisateur, baptisés Ultra et présentés comme des « taxis », desservent à l’inverse une mission unique.

Le principe du « bus » est celui du covoiturage : chaque client réserve une part de la place disponible, partage le voyage et une partie des frais, et paie donc beaucoup moins cher que s’il affrétait un vol entier. Un laboratoire ou une jeune entreprise qui n’a besoin que de quelques dizaines de kilos évite ainsi de financer une mission complète, dont le prix se chiffre en centaines de millions de dollars.

Une fois posé sur la Lune, l’engin ne se contente pas d’avoir livré. ispace fixe le matériel de chaque client sur le véhicule avant le départ, puis, après l’atterrissage, l’alimente en énergie et pilote les expériences, qu’il s’agisse d’un instrument scientifique prévu pour quelques semaines ou d’un petit module industriel appelé à fonctionner plus longtemps. Ce sont ces services qui doivent distinguer ispace d’un simple revendeur de billets.

Le tarif, lui, n’a pas été rendu public. Les dépêches financières évoquent 50 millions de dollars pour les 500 kilos réservés sur Starship, soit environ 100 000 dollars le kilo livré à destination, une somme qu’aucune des deux sociétés n’a confirmée, mais qui reste, à ce stade, sans équivalent bon marché pour rejoindre la surface de la Lune.

Deux crashs avant de vendre le covoiturage

ispace a déjà tenté deux fois de se poser sur la Lune, en 2023 puis en 2025, avec ses atterrisseurs HAKUTO-R lancés par des fusées Falcon 9 de SpaceX. Les deux engins se sont écrasés à la surface, et ces échecs ont pesé sur les comptes de la société.

Fin mars 2026, l’entreprise a revu sa stratégie. Elle a réduit ses effectifs dans le monde et recentré son développement sur une nouvelle génération d’atterrisseurs, la ligne Ultra. Une première mission Ultra est visée pour 2028, dans le cadre d’un projet commercial japonais. Une seconde, financée par la NASA au titre du programme CLPS, par lequel l’agence américaine achète à des sociétés privées la livraison de matériel sur la Lune, a été repoussée à 2030, sous réserve de son feu vert définitif. ispace présente ces deux échéances comme des objectifs, sans les inscrire dans un calendrier arrêté.

Ces atterrisseurs maison n’ont encore rien prouvé. En vendant dès aujourd’hui des kilos à bord du Starship, ispace se ménage une source de revenus qui ne dépend pas de leur succès, et un rôle à jouer sur la Lune même si ses propres engins tardent à s’y poser.

Ce que SpaceX gagne à embarquer les petits

SpaceX a salué l’élargissement de sa relation avec ispace. Stephanie Bednarek, vice-présidente chargée des ventes commerciales du groupe, a qualifié le travail de la société japonaise de « voie précieuse » pour amener de plus petits chargements jusqu’à la Lune.

Ce trajet partagé n’était pas possible avec le Falcon 9. Cette fusée lançait bien les atterrisseurs d’ispace vers la Lune, mais ne descendait pas elle-même sur le sol lunaire. Le Starship, entièrement réutilisable, embarque au contraire un vaisseau conçu pour s’y poser, et à terme pour rallier Mars. Remplir un même vol avec le matériel de plusieurs clients élargit les débouchés commerciaux du lanceur et aide SpaceX à prouver sa rentabilité en dehors des seuls contrats publics, alors que le programme engloutit des sommes considérables.

La NASA compte elle aussi utiliser une version du Starship, comme véhicule d’alunissage pour ses astronautes dans le cadre du programme Artemis, qui doit ramener des Américains sur la Lune et dont les dates ont déjà glissé au gré des retards des vols d’essai. La start-up américaine Astrolab a réservé une place à bord d’un futur vol du vaisseau pour son rover FLEX, l’un des premiers contrats commerciaux de transport de fret lunaire conclus autour du système de SpaceX. D’autres opérateurs étudient le même lanceur pour des machines industrielles ou des relais de télécommunications, chacun achetant une portion de l’espace de chargement plutôt qu’un vol entier.

La Lune se joue aussi entre Washington et Pékin

La Chine a posé plusieurs sondes, baptisées Chang’e, sur la Lune, et prépare avec ses partenaires une base scientifique lunaire, l’ILRS. Face à ce programme, les États-Unis et leurs alliés comptent sur des entreprises privées pour installer plus vite une présence commerciale à la surface, quitte à s’appuyer sur des acteurs étrangers comme ispace.

SpaceX fournit le gros du transport ; ispace prépare le matériel des clients et le fait fonctionner une fois posé. Interrogé par l’agence Reuters, le 8 juillet 2026, sur l’origine du projet, Takeshi Hakamada a répondu : « SpaceX nous a approchés en premier. » Le PDG mise sur ce système de bus et de taxis pour vendre, dès 2030, des places dans une même cargaison lunaire à des clients du monde entier. Peu de sociétés, a-t-il ajouté, sauront à la fois acheminer ce chargement partagé et continuer à le faire fonctionner une fois sur la Lune.



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