Éclipse du 12 août : où et à quelle heure l’observer ?

Mercredi 12 août, la Lune masquera de 90 % à 99 % du Soleil en France. Horaires ville par ville, hauteur sur l'horizon et règles de sécurité pour ne rien manquer.

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En 1999, il suffisait de lever la tête. Le Soleil trônait au-dessus des toits, et la France entière avait pu regarder depuis un balcon ou un trottoir. Cette fois, une haie, un talus ou l’immeuble d’en face décidera de ce que chacun verra. Les clubs d’astronomie ont passé l’été à chercher des horizons plats ; les autres le découvriront sur place, à la dernière minute.

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Treize minutes séparent Lille de Biarritz

Mercredi 12 août, la Lune commencera à mordre le disque solaire à 19 h 19 à Lille, 19 h 22 à Paris et 19 h 31 à Marseille. Nulle part en France métropolitaine elle ne le couvrira entièrement : la bande de quelques centaines de kilomètres où le Soleil disparaît complètement, appelée bande de totalité, passe au sud des Pyrénées, en Espagne. Chez nous, l’éclipse restera partielle, mais très profonde.

Le maximum s’échelonne entre 20 h 14 et 20 h 27 selon la ville, d’après les calculs de l’Institut de mécanique céleste et de calcul des éphémérides (IMCCE, Observatoire de Paris-PSL). Paris atteindra 92,2 % d’obscuration à 20 h 17, c’est-à-dire 92,2 % de la surface du disque solaire cachée par la Lune. Dix minutes plus tard, Biarritz montera à 99,4 %, record métropolitain, avec un Soleil réduit à un fil lumineux.

VilleDébutMaximumObscurationHauteur du Soleil
Lille19 h 1920 h 1490,4 %~6°
Strasbourg19 h 2320 h 1689,9 %~4°
Paris19 h 2220 h 1792,2 %7,5°
Brest19 h 2220 h 1996,5 %~11°
Nantes19 h 2420 h 2096,0 %~9°
Lyon19 h 2720 h 2193,8 %~4°
Nice19 h 3120 h 2495,1 %<3°
Bordeaux19 h 2920 h 2597,6 %~6°
Marseille19 h 3120 h 2596,3 %<3°
Toulouse19 h 3120 h 2697,8 %~4°
Ajaccio20 h 2696,8 %au coucher
Biarritz20 h 2799,4 %~5°

Horaires en heure française. Hauteurs du Soleil au moment du maximum, valeurs approchées.

À Lyon, Marseille, Nice, Toulouse ou Strasbourg, le Soleil passera sous l’horizon avant la fin du phénomène, prévue vers 21 h 15 : l’éclipse s’achèvera donc dans la mer ou derrière une ligne de crête, hors de vue. Les sites étrangers publient leurs horaires en temps universel, la référence horaire mondiale, à laquelle il faut ajouter deux heures pour la France en août. Attention aussi à l’heure de 17 h 46 qui circule : c’est l’instant où l’éclipse culmine au-dessus de l’Atlantique, sans rapport avec ce que verront les Français. Pour obtenir les horaires de sa propre commune, l’IMCCE met en ligne un calculateur, l’Observatoire de Paris une application baptisée ÉclipSEOP.

Quatre degrés au-dessus des toits

Au moment du maximum, le Soleil culminera à 11° au-dessus de l’horizon à Brest, 7,5° à Paris, 4° à Lyon et Strasbourg, moins de 3° à Marseille et Nice. En Corse, il se couche à l’instant même du maximum. Il faudra le chercher vers l’ouest-nord-ouest, c’est-à-dire dans la direction du coucher, légèrement décalée vers la droite.

Ces hauteurs se comptent en largeurs de main tendue à bout de bras : le poing fermé couvre environ 10° de ciel, le pouce seul 2°. Un immeuble de trois étages situé à 150 mètres efface déjà un Soleil placé à 4°. Le disque perd environ 1° toutes les six minutes, si bien qu’une colline haute de 5° au-dessus de l’horizon coûte une demi-heure d’observation. Sur le littoral atlantique, une brume de mer produit le même effet qu’un bâtiment.

Le gouvernement des Baléares a fait vérifier ce point par ses habitants avant le jour J : chacun était invité à se poster à l’emplacement prévu, à l’heure prévue, et à regarder le couchant. Si le Soleil était visible ce soir-là, il le serait le 12 août. L’association AstroMallorca, la protection civile et l’Université des îles Baléares ont compilé les réponses dans un protocole de sécurité baptisé Eclipbal. Le test vaut pour Nantes comme pour Minorque, et prend cinq minutes. En France, l’Association française d’astronomie (AFA) a recensé sur eclipseinfo.fr les sites où clubs et collectivités accueilleront le public : le repérage y a été fait par des observateurs entraînés.

Un anticyclone attendu mercredi soir

Météo-France annonce pour le 12 août « une situation calme et anticyclonique, caniculaire », avec 30 à 35 °C au moment du phénomène et un ciel généralement dégagé sur la majeure partie du pays. Le service météorologique a assorti sa prévision de deux réserves : des nuages bas possibles vers la Côte basque, poussés par un vent de nord-ouest, et une entrée maritime sur le golfe du Lion. Des orages isolés pourraient encore se développer en fin de journée sur les massifs du Sud comme en Corse.

Une carte de nébulosité et de températures pour la soirée du 12 août est mise à jour deux fois par jour depuis le lundi 10 août. Un détail change tout ici : puisque le Soleil sera très bas, c’est la couverture nuageuse à l’ouest qui décidera de l’observation, pas la moyenne affichée pour le département. Un ciel encombré au-dessus de la tête mais dégagé sur le couchant reste une bonne configuration.

Quatre mentions à lire sur la monture

Le communiqué publié le 23 juillet par les ministères chargés de l’Économie et de la Santé demande de vérifier quatre éléments avant d’utiliser une paire de lunettes d’éclipse : le marquage CE, la référence à la norme ISO 12312-2, une notice rédigée en français et les coordonnées du fabricant ou de l’importateur responsable de la conformité. La Société astronomique de France y ajoute la date de fabrication, le numéro de lot et le nom du distributeur en France. Des lunettes de soleil ordinaires, même très foncées, relèvent d’une autre norme et ne protègent en rien.

La DGCCRF a lancé une campagne nationale de contrôles et vérifié près de 90 professionnels à la date du 23 juillet. L’amende encourue atteint 200 000 euros. En juin, l’AFA avait alerté sur les lunettes jointes à un hors-série vendu en maisons de la presse et chez E. Leclerc. Que Choisir a acheté dix paires début juillet : toutes ne respectaient pas les obligations d’étiquetage, mais toutes filtraient correctement le rayonnement solaire.

L’AFA diffuse aux collectivités et aux associations des lunettes à 0,83 euro hors taxes, sous une charte interdisant la revente au-delà de 1,50 euro. Les paires conservées depuis 1999 sont à jeter, le matériau filtrant se dégradant avec le temps même lorsqu’il paraît intact. Pour contrôler une monture, il suffit de la placer devant une lampe : des points brillants signalent des micro-perforations. Nulle part en France il ne sera possible d’ôter sa protection, y compris à l’instant où 99 % du disque sera couvert, le pour cent restant suffisant à brûler.

Ce que 1999 a laissé dans les rétines

L’Institut de veille sanitaire, devenu Santé publique France, avait enregistré 1 024 consultations après l’éclipse du 11 août 1999. Cent quarante-sept patients présentaient une atteinte de la rétine, la membrane qui tapisse le fond de l’œil, et 106 une atteinte de la cornée. Dix-sept cas étaient sévères, avec une acuité visuelle tombée sous 2/10, dont sept touchant les deux yeux. Les 15-29 ans formaient 39 % de l’effectif.

Cent de ces patients avaient regardé à l’œil nu. Soixante-quatorze avaient ôté leurs lunettes en cours d’observation, 32 s’étaient fabriqué un filtre de fortune. Le pays avait pourtant distribué 30,6 millions de paires, pour une population exposée estimée à 50 millions de personnes.

« Le rayon lumineux du soleil va brûler des cellules qui sont fondamentales », a déclaré Sarah Ayello Scheer, chirurgienne ophtalmologue à l’hôpital national des Quinze-Vingts, à Paris. La rétine ne possède aucun récepteur de la douleur : rien n’avertit pendant l’exposition, et les troubles apparaissent parfois plusieurs heures plus tard, sous la forme d’une tache fixe au centre du champ de vision. Une baisse de vision ou une déformation des images après mercredi soir justifie une consultation sans délai.

Bilbao, trente-deux secondes

L’ombre de la Lune touchera la Terre au nord de la Sibérie, décrira une boucle par l’Arctique et le Groenland, puis abordera l’Islande avant d’atteindre l’Espagne, des Asturies aux Baléares. Sur la ligne centrale, au-dessus de l’Atlantique Nord, le Soleil restera entièrement caché pendant 2 min 18,7 s, dans une bande large de 293,8 kilomètres au maximum.

En Espagne, la totalité dure moins longtemps, et surtout de façon très inégale selon la position dans la bande. Oviedo bénéficiera d’environ 1 min 48 s, Burgos de 1 min 45 s, Saragosse de 1 min 25 s, Santander de 1 min 04 s. Bilbao, posée sur la limite nord, n’en aura que 32. Entre Bilbao et Burgos, à 160 kilomètres de là, un automobiliste gagne plus d’une minute de nuit en plein jour. Le premier point de totalité se trouve à environ 120 kilomètres d’Hendaye.

Les hébergements situés dans la bande sont réservés de longue date, et un afflux important est attendu sur les axes routiers. Le site officiel du tourisme espagnol recommande de rejoindre son point d’observation très en avance, de suivre les indications des agents de circulation et d’attendre que le trafic retombe avant de repartir. La meseta, le plateau sec qui entoure Burgos et Saragosse, affiche en août plus de 85 % de probabilité de ciel dégagé.

Un avion de la NASA à quinze mille mètres

Un avion de recherche WB-57 de la NASA suivra l’ombre lunaire depuis 15 000 mètres d’altitude, au-dessus de l’essentiel des turbulences atmosphériques. Des équipes étudiantes lâcheront 80 ballons pour mesurer la réaction de l’atmosphère avant, pendant et après le passage de l’ombre. Ces minutes servent à observer la couronne solaire, l’atmosphère extérieure du Soleil, d’ordinaire noyée dans l’éclat de la surface et cent fois plus chaude qu’elle, une anomalie que les physiciens n’expliquent toujours pas complètement.

En orbite, les satellites SOHO et Solar Orbiter fournissent d’autres points de vue sur cette couronne. Proba-3, lancé en 2024, fonctionne par paire : l’un des deux engins masque le Soleil pour l’autre, ce qui produit une éclipse artificielle pouvant durer six heures, contre quelques minutes pour une éclipse naturelle. Avant chaque totalité, les astronomes simulent la forme de la couronne à partir du champ magnétique mesuré à la surface du Soleil, puis comparent leurs cartes aux images réelles. Le modèle COCONUT, développé à la KU Leuven et diffusé par l’Agence spatiale européenne, publie ses prévisions plusieurs jours à l’avance. L’enjeu dépasse la curiosité, puisque ces mêmes modèles servent à anticiper les éruptions solaires qui perturbent satellites, GPS et réseaux électriques.

Deux à cinq éclipses solaires se produisent chaque année à l’échelle du globe. Une totale survient quelque part tous les dix-huit mois environ, mais l’ombre ne balaie qu’un ruban étroit, et un même lieu attend en moyenne quatre siècles entre deux passages. La dernière visible depuis la France remonte au 11 août 1999. L’Europe en a connu une autre le 20 mars 2015, depuis les îles Féroé et le Svalbard seulement.

Pourquoi la nuit ne tombera pas

Une éclipse de Soleil se produit quand la Lune passe exactement entre le Soleil et l’observateur, et lui coupe la lumière. Alignement parfait, le disque disparaît et les étoiles s’allument en plein jour. Alignement approximatif, une portion du Soleil reste visible, et cette portion suffit à éclairer le paysage.

Mercredi, avec 90 à 99 % de la surface masquée, la luminosité baissera nettement et prendra une teinte métallique inhabituelle. La température perdra quelques degrés. Le vent tombe souvent, les oiseaux se taisent. Rien qui ressemble à la nuit, plutôt un crépuscule avancé de deux heures.

Reste un troisième cas de figure, lié à la forme de l’orbite lunaire, qui est une ellipse : la distance Terre-Lune varie de 356 000 à 406 000 kilomètres. Lorsque la Lune se trouve au plus loin, son disque paraît trop petit pour recouvrir entièrement le Soleil et laisse un anneau de lumière, d’où le nom d’éclipse annulaire. Quand c’est la Terre qui s’intercale entre le Soleil et la Lune, celle-ci s’assombrit en traversant l’ombre terrestre. Un observateur posté sur le sol lunaire verrait alors le Soleil occulté par la Terre.

2027, 2028, puis plus rien avant 2081

Le 2 août 2027, une éclipse totale traversera le sud de l’Espagne et l’Afrique du Nord. Depuis la France, elle restera partielle, en fin de matinée, avec 51 % du Soleil masqué à Paris et 76 % à Perpignan. Le 26 janvier 2028, une annulaire sera visible en totalité depuis la Guyane, et partielle en métropole, à 57 % à Paris et 81 % à Perpignan.

Pour revoir l’ombre de la Lune balayer le territoire métropolitain, il faudra attendre le 3 septembre 2081. Elle traversera le pays au petit matin, de la Bretagne et de la Normandie jusqu’à la Bourgogne-Franche-Comté et l’Alsace, avant de filer vers la Suisse et l’Italie du Nord. Les enfants qui regarderont mercredi soir auront alors dépassé les soixante ans.

Sources : IMCCE et Observatoire de Paris-PSL ; Association française d’astronomie ; Société astronomique de France ; Météo-France ; Santé publique France ; communiqué interministériel du 23 juillet 2026 ; DGCCRF ; Que Choisir ; ESA et NASA.



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