Rennes : avec son nouveau satellite, la pépite bretonne Unseenlabs change de dimension

Avec BRO-31, premier satellite d'une nouvelle génération, la PME bretonne Unseenlabs quitte sa niche maritime pour un marché bien plus vaste.

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Quatre-vingt-un satellites ont décollé mardi depuis la base de Vandenberg, en Californie, à bord d’une fusée Falcon 9 de SpaceX. Parmi eux, BRO-31, premier satellite de la génération GEN-2 conçue par Unseenlabs, entreprise rennaise spécialisée dans la détection de signaux radiofréquence, une technologie qui permet de repérer un navire ou un objet même lorsqu’il a coupé ses systèmes de localisation classiques. La mission, baptisée Transporter-17, embarquait des charges utiles commerciales et gouvernementales issues de cinq pays : France, Inde, Pays-Bas, Espagne, États-Unis. Son intégration a été assurée par l’allemand Exolaunch, et son déploiement est intervenu après 58 minutes de vol, dans une séquence qui comprenait également un satellite EarthDaily-8 de l’américain Loft Orbital.

Le booster utilisé, un Falcon 9 immatriculé B1097, effectuait son onzième vol. Il s’est posé quelques minutes plus tard sur la barge Of Course I Still Love You, dans le Pacifique. Un mois plus tôt, le 12 juin, Unseenlabs avait déjà lancé un satellite, BRO-22, depuis le Japon, mais d’une tout autre génération. Ce vol-là marquait une double première : celle d’une entreprise privée étrangère embarquée sur le lanceur japonais H3, lors de son retour en vol après l’échec de décembre 2025, et celle de la nouvelle configuration 30S, sans boosters latéraux, opérée depuis le complexe de Tanegashima par Space BD Inc., partenaire de l’agence spatiale japonaise JAXA.

Dix fois plus lourd, et tout change

150 kilogrammes. C’est le poids de BRO-31, contre 15 kilogrammes pour les satellites de la génération précédente. Cette masse supplémentaire loge des instruments capables de capter des signaux jusqu’à 12 gigahertz, contre une plage bien plus étroite auparavant. Unseenlabs, jusqu’ici cantonnée à la surveillance maritime, peut désormais détecter des émissions radiofréquence sur terre et dans l’espace.

L’entreprise vise une vingtaine de satellites pour cette nouvelle constellation. Clément Galic, PDG et cofondateur d’Unseenlabs, a indiqué à La Tribune qu’il ne s’interdisait pas de porter cette flotte à 30 ou 40 engins si l’activité commerciale le justifiait. Chaque satellite fonctionne seul, sans avoir besoin de se coordonner avec d’autres engins pour localiser une source radio. HawkEye 360, principal concurrent américain, mobilise à l’inverse des groupes de trois satellites, qui doivent croiser leurs mesures pour repérer la même source.

Deux ans plus tôt, la PME a doublé ses effectifs

Près de 150 salariés travaillent aujourd’hui pour Unseenlabs. Ils étaient 60 il y a deux ans. L’entreprise vise 100 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2029 et revendique une marge supérieure à 10 %, un niveau de rentabilité que Clément Galic présente comme la condition même de la pérennité du modèle.

En février 2024, Unseenlabs a clôturé une levée de fonds de 85 millions d’euros, portant le financement cumulé de la société à environ 120 millions d’euros depuis sa création en 2015. Cette somme a permis de financer deux années de développement de GEN-2. Le tour de table a été mené par le Fonds Innovation Défense, créé par l’Agence de l’innovation de défense et géré par Bpifrance, aux côtés de Supernova Invest et d’ISALT. Des investisseurs historiques y ont participé : 360 Capital, Omnes, Bpifrance, Breizh Up, S2G Ventures. Le ministère des Armées accompagne Unseenlabs depuis 2018, via la présence de ce fonds au capital de la PME. Pour Clément Galic, la montée en échelle de l’entreprise est déjà derrière elle ; place désormais à la phase d’exploitation commerciale.

La mer ne suffit plus, direction la terre

Une équipe commerciale d’une vingtaine de personnes a été constituée. Deux bureaux ont ouvert à l’international. Celui de Singapour, inauguré en février 2025 lors de la Global Space and Technology Convention & Exhibition, en présence du vice-Premier ministre singapourien Gan Kim Yong, fait d’Unseenlabs la première entreprise de détection RF présente commercialement dans la cité-État. Celui des États-Unis est dirigé depuis début 2026 par Craig Brower, sur les marchés de la défense, du renseignement et du maritime commercial.

Clément Galic anticipe une accélération à partir de 2027, avec un effet sur le chiffre d’affaires qui pourrait aller jusqu’à doubler celui-ci. L’activité maritime historique croît pourtant déjà de plus de 80 % par an, portée par un portefeuille de clients existants. Le dirigeant assure que ces mêmes clients, fidèles sur la surveillance maritime, se montrent pour la plupart désireux d’étendre leur usage à la partie terrestre.

Deux à six tirs par an, une mécanique bien huilée

Clément Galic vise entre deux et six lancements annuels pour déployer GEN-2. Les plateformes sont fabriquées par le toulousain U-Space et le danois GomSpace. Le 1er juillet 2026, GomSpace a annoncé un nouveau contrat de 2,2 millions d’euros portant sur deux CubeSats supplémentaires, de petits satellites miniaturisés assemblés à partir de modules standardisés, livrables en 2027. Le fabricant danois totalise ainsi 16 CubeSats commandés par Unseenlabs depuis 2022.

Trois contrats distincts couvrent par ailleurs la fabrication des microsatellites GEN-2 : un premier en mai 2024, à 2,9 millions d’euros, complété en décembre 2024 à hauteur de 5,3 millions d’euros, puis un contrat de suivi en avril 2026, à 5,5 millions d’euros. Jonathan Galic, cofondateur et directeur technique de l’entreprise, explique ce choix par la continuité industrielle : reconduire la même plateforme éprouvée renforce, selon lui, la fiabilité durable des services fournis par Unseenlabs. La charge utile, elle, reste conçue et assemblée en Bretagne, où l’entreprise revendique la maîtrise complète de cette brique, du matériel au logiciel, pour livrer un produit fini à ses clients.

Bruxelles valide, le Bengale le prouve

L’Union européenne a sélectionné Unseenlabs en 2025 comme mission contributrice au programme Copernicus, au niveau le plus élevé prévu pour ce type de contribution. L’annonce a eu lieu en juin, lors du Living Planet Symposium à Vienne, en présence de représentants de l’agence spatiale européenne et de la direction de la Commission européenne chargée de l’espace et de la défense. Des données radiofréquence entrent ainsi pour la première fois dans le programme européen d’observation de la Terre, aux côtés des capteurs optiques et radar. L’ESA a depuis ouvert un accès à ces données pour la communauté scientifique internationale, jusqu’à fin 2026.

Cette reconnaissance suit une démonstration publiée en juillet 2025 : une campagne de surveillance de 16 jours dans le golfe du Bengale a permis de suivre 1 897 navires par leurs seules émissions radiofréquence. 9,6 % d’entre eux naviguaient sans émettre de signal AIS, le système de géolocalisation que les navires doivent en principe activer en permanence. Parmi ces bâtiments invisibles aux systèmes traditionnels figurait un navire de recherche chinois, repéré à environ 120 milles nautiques des côtes indiennes et suivi plusieurs jours grâce à sa seule signature électromagnétique.

HawkEye et Spire, le duel n’aura pas lieu

HawkEye 360, soutenu par les agences de renseignement américaines, opère par clusters de trois satellites pour géolocaliser un signal. Spire Global, coté en bourse et opérateur de plus de 100 CubeSats, cible plutôt les signaux coopératifs, l’AIS pour les navires, l’ADS-B pour les avions.

Unseenlabs mise sur la détection non coopérative de signaux, sur mer, sur terre et dans l’espace à la fois. Aucun de ses satellites n’a besoin d’un autre pour fonctionner. Un argument à confirmer désormais sur une vingtaine de satellites, et non plus sur un seul démonstrateur.



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