Ukraine : 6,1 milliards d’euros pour la défense aérienne

L'Union européenne finance 6,1 milliards d'euros de défense aérienne pour l'Ukraine. Objectif : intercepter des frappes russes qui ont atteint un record en juillet 2026.

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Des batteries antimissiles ukrainiennes n’ont pas tiré depuis six semaines. Volodymyr Zelensky affirme recevoir cinq fois moins de munitions américaines qu’il n’en faudrait pour tenir jusqu’au printemps. L’Union européenne s’est décidée à financer ce que Washington ne livre plus. Reste à trouver qui fabriquera les missiles.

La Commission européenne a approuvé le 24 août l’achat, pour l’Ukraine, de systèmes de défense aérienne et antimissile, de missiles, de munitions et de radars. Le montant atteint 6,1 milliards d’euros. Aucun euro n’ira au soutien budgétaire ni à la reconstruction.

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L’annonce est tombée le jour du 35e anniversaire de la proclamation d’indépendance de l’Ukraine, le 24 août 1991. Bruxelles a revendiqué la coïncidence.

Les radars repèrent la trajectoire d’un missile russe, les intercepteurs la coupent. Les quatre postes financés couvrent la totalité de cette chaîne, du capteur au tir.

Selon le communiqué de la Commission, ces 6,1 milliards s’ajoutent à 16 milliards d’euros d’achats d’armement déjà validés au profit de Kiev depuis la mise en place du dispositif européen. Bruxelles en a effectivement versé 8,35 milliards. Les 7,65 milliards restants sont approuvés mais n’ont pas encore quitté les caisses européennes.

Le même document mentionne une ligne distincte de 28,3 milliards d’euros pour l’année 2026. Cet argent-là ne va pas à l’Ukraine : il finance les usines d’armement européennes.

376 missiles russes en un mois

L’AFP a compté 376 missiles tirés par la Russie sur l’Ukraine au mois de juillet 2026, à partir des rapports quotidiens de l’armée de l’air ukrainienne. Le total de juin était inférieur de moitié. Depuis février 2022, aucun mois n’avait atteint ce niveau.

La Commission européenne a repris ce décompte dans le communiqué par lequel elle annonce les 6,1 milliards d’euros, pour justifier le caractère urgent de l’enveloppe. Un chiffre d’agence de presse devenu argument budgétaire.

Le 5 août 2026, l’armée russe a tiré sur le territoire ukrainien 24 missiles balistiques et 4 missiles Zircon, des engins hypersoniques que Moscou présente comme impossibles à abattre. Aucun des 28 n’a été intercepté.

Les Patriot muets depuis six semaines

Une batterie Patriot se compose d’un radar, de lanceurs et de missiles intercepteurs. Les deux premiers durent des années. Les troisièmes disparaissent à chaque tir et doivent être remplacés un par un, à raison de plusieurs millions de dollars l’unité.

La guerre entre Israël et l’Iran a mobilisé une large part des stocks américains de ces intercepteurs. Washington livre depuis au compte-gouttes.

CNN a rapporté que certaines batteries Patriot déployées en Ukraine n’avaient pas tiré depuis six semaines, faute de munitions. Les radars tournent, les lanceurs sont vides. Des pans entiers du territoire se retrouvent sans couverture antimissile, exposés à des frappes qui ne rencontrent aucune opposition.

Volodymyr Zelensky a chiffré ce déficit publiquement. L’Ukraine reçoit environ 1 % du stock américain d’intercepteurs, alors qu’il lui en faudrait 5 % pour tenir pendant l’hiver, a déclaré le président ukrainien. Reuters a de son côté rapporté que les livraisons étaient tombées au tiers de leur niveau de 2025.

Dans les mêmes propos, le chef de l’État ukrainien a évoqué l’hypothèse d’un ralentissement délibéré, destiné à rendre Kiev « plus disposée à faire des compromis » dans d’éventuelles négociations de paix. Il n’a produit aucun élément à l’appui.

Les 6,1 milliards d’euros approuvés le 24 août doivent servir à acheter ces munitions introuvables.

Le SAMP/T franco-italien en embuscade

Selon Euractiv, la majeure partie des achats financés par les 6,1 milliards d’euros doit être passée auprès d’industriels installés dans l’Union européenne. Bruxelles cherche des fournisseurs que la pénurie américaine n’affecte pas.

Le SAMP/T NG, système sol-air conçu par la France et l’Italie, figure parmi les candidats à ces commandes. Il vise le même usage que le Patriot américain de RTX, dont la production ne suit pas la demande mondiale.

Bruxelles paie donc les commandes ukrainiennes d’un côté et, à hauteur de 28,3 milliards d’euros pour la seule année 2026, les usines européennes censées les honorer.

Euractiv ne fait état d’aucun contrat ni d’aucune promesse d’achat adossés à l’enveloppe du 24 août. Aucun industriel européen n’a annoncé de commande ferme depuis l’annonce.

La licence promise par Trump

Le 8 juillet 2026, en marge du sommet de l’OTAN à Ankara, Donald Trump a reçu Volodymyr Zelensky en tête-à-tête. Le président des États-Unis lui a annoncé son feu vert à une licence autorisant l’Ukraine à fabriquer sur son sol ses propres PAC-3, la version la plus récente du missile intercepteur Patriot.

ABC News a rapporté un détail qui a limité la portée de l’annonce. RTX, le fabricant du système, n’avait pas été informé de cette décision au moment où elle a été rendue publique, a indiqué Donald Trump lui-même. Aucun calendrier n’a été arrêté.

Les industriels du secteur estiment qu’une telle ligne de production réclamerait plusieurs années avant de livrer son premier missile.

L’enveloppe européenne du 24 août sert à acheter des missiles déjà fabriqués. La licence promise à Ankara suppose une usine qui n’existe pas.

Un ex-patron de Naftogaz à Kiev

Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, a déclaré le 24 août que « l’Europe se tient aux côtés de l’Ukraine » et a indiqué que l’Union fournirait à Kiev ce dont elle a besoin au moment où elle en a besoin.

Andrius Kubilius, commissaire européen à la défense et à l’espace et ancien Premier ministre lituanien, a précisé l’usage attendu des fonds. L’enveloppe doit permettre à l’Ukraine d’acquérir « en urgence » les missiles et les systèmes de défense aérienne nécessaires à la protection de sa population et à la défense de sa souveraineté.

Sergii Koretskyi a salué l’annonce sur le réseau social X. C’est son gouvernement qui passera les commandes financées par les 6,1 milliards. La Rada, le Parlement ukrainien, l’a nommé Premier ministre le 16 juillet 2026 en remplacement de Ioulia Svyrydenko, sans qu’il ait jamais exercé de mandat électif ni appartenu à un parti. Ingénieur et économiste de formation, il dirigeait jusque-là Naftogaz, le géant gazier public.

Budapest a bloqué, Bruxelles a contourné

L’Union européenne a accordé à l’Ukraine un prêt de soutien de 90 milliards d’euros pour la période 2026-2027, dont 30 milliards d’aide budgétaire et 60 milliards de dépenses militaires. Les 6,1 milliards annoncés le 24 août représentent environ un dixième de ce volet militaire.

En février 2026, la Hongrie a opposé son veto à ce financement et l’a maintenu plusieurs semaines. Budapest liait son blocage à un différend portant sur le transit du pétrole russe par l’oléoduc Droujba. Le premier versement, prévu début avril, a été retardé.

Vingt-quatre des vingt-sept États membres ont fini par s’accorder entre eux, en laissant de côté les récalcitrants. La Hongrie, la Slovaquie et la République tchèque demeurent en dehors du financement commun. Prague comptait jusqu’ici parmi les soutiens les plus constants de Kiev en Europe centrale.

Les avoirs russes, chantier sans issue

L’Union européenne et ses États membres ont mobilisé plus de 220,2 milliards d’euros en faveur de l’Ukraine depuis 2022, selon les chiffres publiés par la Commission. Les 6,1 milliards du 24 août pèsent 2,7 % de ce total.

Sur ces 220,2 milliards, 3,8 milliards proviennent des avoirs russes immobilisés en Europe. Il s’agit uniquement des intérêts produits par ces fonds, dont le capital reste gelé et intouché. La part russe dans l’effort européen atteint ainsi 1,7 %.

Les États membres discutent au Conseil européen d’un « prêt de réparation » qui serait gagé, cette fois, sur la totalité des actifs russes bloqués dans l’Union et au sein du G7. Le montage juridique et politique n’a produit aucun consensus à ce jour.

Les intercepteurs commandés le 24 août seront donc payés sur le prêt commun de 90 milliards d’euros souscrit par vingt-quatre pays européens.



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