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- Le gel a brûlé son visage et son torse
- Le ravioli mou qui a conquis TikTok en trois mois
- En France, les copies sont arrivées avant les originaux
- Quatre fois la limite légale de benzène
- Ce que les infirmières de Glasgow ont vu arriver
- L’enquête française n’a produit aucun rappel
- Le logo au fond de la boîte et l’odeur d’essence
- Le dumpling arrive après le krach de Pop Mart
- Septembre, dans les cours de récréation
Il se presse, il s’étire, il sort d’une boîte opaque qui cache sa couleur jusqu’à l’ouverture, et les exemplaires pailletés se revendent déjà une centaine d’euros entre collectionneurs. Le Squishy Dumpling, ravioli en mousse fabriqué dans le Massachusetts, a traversé l’Atlantique cet été ; ses contrefaçons l’avaient précédé sur les étals français. Glasgow en a saisi 5 900, et le régulateur britannique a rappelé un clone chargé de benzène à quatre fois la limite légale. Aucune fiche de rappel ne vise encore ces jouets en France.
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Le gel a brûlé son visage et son torse
Le 24 juillet, à Saint-Omer, dans le Pas-de-Calais, une balle antistress a explosé entre les mains d’un garçon de huit ans prénommé Melvyn. Sa mère lui avait offert ce jouet pour son anniversaire, acheté chez Smyths Toys.
L’objet appartient à une famille très large de jouets sensoriels : une enveloppe souple remplie de gel, que l’on malaxe pour se détendre. Le Squishy Dumpling américain en fait partie. Ce n’était pas celui-là, la balle de Melvyn ne portait pas la marque Crazy Fun, mais les deux objets partagent le même principe physique, une poche de matière molle comprimée par la main.
Brûlé au deuxième degré au visage et au torse, le garçon a été transporté en urgence au service des grands brûlés du CHU de Lille. Une greffe de peau est prévue. Sa mère a déposé plainte le 1er août au commissariat de Saint-Omer, puis publié son récit le 3 août sur les réseaux sociaux, relayé le lendemain par France 3 Hauts-de-France. Elle y décrit un enfant qui manipulait simplement l’objet, un éclatement brutal, et un gel « aussi acide que du vinaigre ».
La Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) a ouvert une enquête et saisi ses laboratoires. D’autres signalements d’irritations cutanées et de brûlures plus légères avaient été recensés au cours des mois précédents.
Deux dangers différents se superposent sur ces produits. Le premier tient à la composition chimique des copies bon marché, chargées de substances interdites. Le second tient à la mécanique de l’objet lui-même : une poche de gel sous pression peut se rompre et projeter son contenu, quelle que soit sa provenance. Melvyn a été blessé par un jouet acheté dans une enseigne établie.
Ces analyses ont démarré la semaine même où le Squishy Dumpling atteignait les rayons français, sept semaines après l’annonce de son arrivée par la Grande Récré.
Le ravioli mou qui a conquis TikTok en trois mois
L’entreprise américaine RMS International, basée dans le Massachusetts, fabrique le Squishy Dumpling sous sa marque Crazy Fun. La pièce de mousse compressible reproduit la forme d’un bao, la brioche vapeur chinoise, et se vend dans une boîte opaque imitant un panier vapeur. L’acheteur ne découvre couleur et rareté qu’après avoir payé.
Pop Mart a bâti la fortune de ses figurines Labubu sur ce même procédé de la boîte-surprise, où le client achète sans savoir ce qu’il obtient. RMS International l’applique à un prix nettement inférieur. Les modèles unis forment le fond de la collection. Les versions arc-en-ciel et holographiques valent davantage. Quant aux exemplaires pailletés, jugés ultra-rares, ils se revendent plusieurs dizaines de dollars entre particuliers, parfois une centaine.
Parti des réseaux sociaux américains, le produit a atteint en quelques mois le Canada, le Royaume-Uni, l’Espagne et l’Allemagne. Au Québec, les vidéos de déballage cumulent des millions de vues sur TikTok et les boutiques de jouets de Montréal ont été dévalisées par de jeunes collectionneurs, dont certains jugent l’engouement supérieur à celui du Labubu. La presse allemande a rendu compte de la percée du « Knautschball », porté par le hashtag #SquishyDumplings. La France figure en bout de chaîne, atteinte à l’été 2026.
Le podcast économique américain Planet Money a interrogé le créateur du jouet. Il attribue la percée moins au produit qu’à la logistique : les usines ont absorbé en quelques semaines une demande mondiale déclenchée par un algorithme.
En France, les copies sont arrivées avant les originaux
Dès la mi-juin, la Grande Récré annonçait l’arrivée prochaine du produit dans ses rayons. Le précédent des Pop It et des stylos Legami laissait attendre des ruptures de stock rapides.
Début août, seuls Smyths Toys et la Fnac proposent de véritables références Crazy Fun. JouéClub, King Jouet et La Chaise Longue vendent des produits dérivés qui en reprennent l’apparence, sans être les modèles devenus viraux. Les vidéos TikTok, relayées par RTL et le HuffPost, ont installé le phénomène au cours de l’été 2026 ; les magasins n’ont pas suivi au même rythme.
Les acheteurs se sont rabattus sur Amazon et Cdiscount, où les références se multiplient, ainsi que sur AliExpress, Shein et Temu. Un modèle officiel certifié se négocie entre 5 et 15 euros. Certaines répliques descendent sous les 2 euros.
Le magazine 60 Millions de consommateurs a documenté la vente de contrefaçons sur des marchés français, notamment à Courseulles-sur-Mer, dans le Calvados, avant même que le produit authentique n’arrive officiellement sur le territoire.
Quatre fois la limite légale de benzène
Ces copies, souvent fabriquées sans contrôle en Asie du Sud-Est, contiennent fréquemment des phtalates, des composés qui assouplissent le plastique et perturbent le système hormonal. On y trouve aussi des solvants. Dans les cas les plus graves, du benzène. Le Centre international de recherche sur le cancer range cette substance parmi les cancérogènes avérés pour l’homme, sans dose connue en dessous de laquelle elle serait inoffensive : les limites fixées pour les jouets plafonnent la quantité susceptible de passer du matériau vers la peau ou la bouche de l’enfant.
Les services de contrôle de la consommation de Glasgow, les Trading Standards, ont saisi près de 5 900 jouets contrefaits dans un entrepôt de la ville, sur un stock dont la valeur des marchandises suspectées peut atteindre 10 millions de livres sterling. Le conseil municipal a indiqué y avoir trouvé des phtalates. Le comté du Gloucestershire a mené une saisie distincte de près de 2 000 jouets squishy jugés non conformes, qui dégageaient de fortes odeurs chimiques et ne portaient aucun étiquetage de sécurité. Il leur manquait également le marquage UKCA, l’équivalent britannique du sigle CE, par lequel un fabricant atteste que son produit respecte les normes en vigueur. Début juillet, le conseil municipal de Hull annonçait de son côté avoir retiré plus de 1 000 jouets squishy contenant une substance cancérigène chez des revendeurs locaux.
Le 24 juillet 2026, le jour même de l’accident de Saint-Omer, l’Office for Product Safety and Standards, régulateur britannique de la sécurité des produits, a officialisé le rappel d’un clone commercialisé sous le nom « Squeezy Dumplings » et distribué par un grossiste. Les tests en laboratoire avaient mesuré une concentration de benzène représentant quatre fois la limite légale autorisée outre-Manche.
Londres a versé l’alerte dans Safety Gate, la base de données européenne où chaque pays déclare les produits dangereux qu’il retire de la vente. Les autorités des vingt-sept États membres y ont accès, le public aussi. Guernesey et Swansea l’ont relayée auprès de leurs habitants, les agents de cette dernière rapportant que certains produits saisis dégageaient une odeur chimique comparable à celle de l’essence.
Ce que les infirmières de Glasgow ont vu arriver
Fin juin 2026, le Royal Hospital for Children de Glasgow, rattaché au NHS Greater Glasgow and Clyde, a publié une alerte sur une pratique née des réseaux sociaux : des enfants passent leurs jouets squishy au micro-ondes pour les rendre plus mous.
Sharon Ramsay, infirmière spécialisée en brûlures citée par l’établissement, a indiqué que le chauffage fait monter la pression à l’intérieur du jouet, lequel peut alors exploser et projeter du gel brûlant sur la peau. Son service a déjà pris en charge des brûlures sérieuses causées de cette manière.
Rien n’indique qu’un micro-ondes soit intervenu à Saint-Omer. Le jouet de Melvyn a éclaté sous la seule pression des mains, selon le récit de sa mère. Une même poche de gel, deux façons de la faire céder.
L’enquête française n’a produit aucun rappel
Une porte-parole de la DGCCRF, sollicitée par 60 Millions de consommateurs, a déclaré que « des investigations sont en cours, ainsi que des analyses dans nos laboratoires ». Elle a ajouté qu’en cas de non-conformité avérée, « les mesures nécessaires pour protéger les consommateurs seront prises, comme des retraits et rappels, des saisies ou des consignations ».
Au 8 août 2026, RappelConso, le site officiel où l’État publie les rappels de produits, ne comporte aucune fiche visant le Squishy Dumpling ni ces balles antistress. Seules y figurent des alertes plus anciennes concernant d’autres slimes et jouets squishy.
Tout jouet vendu en France doit porter le marquage CE. Le régulateur britannique a rappelé le 24 juillet. La DGCCRF, elle, analyse encore.
Le logo au fond de la boîte et l’odeur d’essence
Le produit authentique porte le logo RMS au fond de sa boîte et présente une base de panier vapeur intacte, sans trou, alors que de nombreuses copies en sont percées. Au toucher, l’original pèse plus lourd et sa matière n’accroche pas à la peau. Les contrefaçons collent et prennent un aspect gélatineux.
Un jouet conforme porte le sigle CE et s’accompagne d’une notice en français. Un prix anormalement bas doit alerter, en particulier sur AliExpress, Shein et Temu, où circulent des modèles génériques dont on ne peut remonter l’origine. Une forte odeur chimique, d’essence, de vinaigre ou de colle, signale la présence possible de solvants ou de phtalates.
Ces jouets ne doivent jamais être passés au micro-ondes, chauffés ou congelés avant d’être pressés. Les services de grands brûlés déconseillent formellement cette pratique virale sur TikTok.
Ces repères servent à écarter les copies. Ils ne protègent pas de l’éclatement, qui reste possible sur un exemplaire conforme : Melvyn a été brûlé par un jouet acheté chez Smyths Toys. Les enseignes identifiées disposant d’un service client offrent en revanche un recours que ne donne pas un vendeur tiers anonyme. La plateforme SignalConso reçoit les signalements de produits suspects ; RappelConso et Safety Gate se consultent avant tout achat en ligne.
Le dumpling arrive après le krach de Pop Mart
Selon eBay, 14 millions de Français collectionnent des figurines, dont 5 millions de manière active. Les analystes évaluent le marché mondial des objets à collectionner à 13,4 milliards de dollars et l’attendent à 19,5 milliards en 2027. Patrice Duchemin, sociologue de la consommation, y voit un mélange de « nostalgie et d’argent », où la rareté de certaines pièces alimente une spéculation comparable à celle des cartes Pokémon anciennes.
C’est sur ce terrain que RMS International place sa boîte à 5 euros, un an après le passage des Labubu dans les mêmes cours de récréation françaises.
Pop Mart en a payé le prix boursier. À l’été 2025, le groupe chinois atteignait une valorisation avoisinant 40 milliards de dollars, au-dessus de Hasbro et de Mattel. Fin mars et début avril 2026, son titre a perdu plusieurs dizaines de milliards de dollars en quelques séances, les investisseurs doutant de sa capacité à prolonger sa croissance après la vague Labubu. Sa capitalisation évolue aujourd’hui entre 25 et 27 milliards de dollars.
Les ventes, elles, n’ont pas décroché : la seule marque Labubu a rapporté 6,14 milliards de yuans au premier semestre 2025, soit plus de 737 millions d’euros.
Septembre, dans les cours de récréation
60 Millions de consommateurs et plusieurs autres médias anticipent que le Squishy Dumpling deviendra « le phénomène de la rentrée » dans les cours de récréation françaises, comme les Labubu l’année précédente.
Les agents de la DGCCRF devront d’abord remonter une filière de contrefaçons installée sur les étals français avant l’arrivée du produit officiel. Le parquet de Saint-Omer, saisi de la plainte du 1er août, aura ensuite à établir les responsabilités dans l’accident de Melvyn.
Les laboratoires de la répression des fraudes n’avaient pas rendu leurs conclusions au 8 août. Elles décideront d’éventuels retraits ou rappels à l’échelle nationale, comme le régulateur britannique en a ordonné un le 24 juillet.


