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Douze fois plus de cas de dengue en quatre mois. Un moustique tigre qui progresse désormais au-delà du Sud. Et des sprays aux huiles essentielles dont les tests mesurent, chaque saison, un écart croissant avec les promesses inscrites sur les étiquettes. Ce que révèlent les bancs d’essai justifie de regarder les rayons autrement.
La dengue, douze fois plus présente qu’en 2023
Le moustique tigre (Aedes albopictus), l’insecte capable de transmettre le virus en piquant, est aujourd’hui présent sur la quasi-totalité du territoire français selon les données du ministère de la Santé.
Face à cette progression, le ministère a revu ses fiches grand public sur la dengue. Il ne se contente plus de recommander la moustiquaire et les vêtements couvrants : il mentionne désormais explicitement l’usage de répulsifs cutanés homologués, appliqués sur toutes les zones de peau découvertes, renouvelés après la baignade ou selon les indications de la notice. En 2024, la Direction générale de la santé a rappelé ces mesures dans une communication nationale, signal que la protection individuelle contre le moustique tigre relevait désormais de la prévention sanitaire et non du seul confort estival.
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Les tests : dix heures de protection, ou deux ?
Le protocole utilisé par l’UFC-Que Choisir et 60 Millions de consommateurs repose sur le même principe : des volontaires enduisent leurs avant-bras d’une quantité standardisée de produit, la même pour tous les produits testés, comme le prescrivent les normes européennes d’évaluation des répulsifs, puis introduisent leur bras dans des cages remplies de moustiques tigres élevés en laboratoire. Les testeurs mesurent le temps qui s’écoule avant les premières piqûres, évaluent la toxicité des formulations et vérifient si les allégations inscrites sur l’emballage correspondent aux résultats obtenus.
Dans le comparatif UFC-Que Choisir, le spray Insect Écran Zones infestées, formulé à 50 % de DEET, obtient la note de 18,1/20, meilleur score du panel, avec une durée de protection mesurée supérieure à neuf heures contre le moustique tigre. Moustidose Zones tropicales et à risques, à base de DEET à 30 %, arrive en deuxième position avec 17,7/20 et une protection proche de neuf heures. Paranix Zones tropiques (DEET 50 %) complète le podium à 17,4/20, avec un détail qui mérite attention : la durée de protection mesurée par les testeurs dépasse huit heures trente, alors que l’emballage n’affiche qu’une allégation de quatre heures.
Le test de 60 Millions de consommateurs, publié dans le numéro de juillet-août 2024 et portant sur quinze répulsifs cutanés, place en tête un produit à base d’IR3535 plutôt que de DEET. Cinq sur Cinq Spray Famille (IR3535 20 %) obtient 16,8/20, avec une durée de protection dépassant onze heures contre moustiques tigres et moustiques communs, meilleur résultat du panel. Moustifluid Haute Protection zones à risques arrive en deuxième position (16,4/20), avec neuf à dix heures de protection. Mousti K.O (15,5/20) ferme le podium avec plus de huit heures mesurées.
Deux produits contenant tous les deux 20 % d’IR3535 n’offrent pourtant pas la même durée de protection : plus de onze heures pour Cinq sur Cinq Spray Famille, environ huit heures trente pour son concurrent. La différence tient à la formulation complète du produit, la texture, les ingrédients qui accompagnent la molécule active, la façon dont le tout est conditionné, et non au seul pourcentage d’actif affiché. Le chiffre sur l’étiquette ne suffit pas.
L’UFC-Que Choisir signale par ailleurs le spray Forclaz noir de Décathlon, formulé à 10 % d’huile d’eucalyptus citronné (PMD), comme un compromis notable : plus de six heures trente de protection, toxicité jugée moindre que les produits au DEET, bien que l’efficacité brute reste inférieure à celle des leaders du classement.
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Ce que font les quatre molécules qui protègent vraiment
Les produits les mieux notés dans ces tests ont tous un point commun : ils contiennent l’une des quatre molécules actives validées par les autorités sanitaires. Comprendre ce que fait chacune aide à choisir selon la destination, l’âge et la durée d’exposition.
Le DEET (dont le nom complet est N,N-diéthyl-m-toluamide) est l’insectifuge le plus ancien et le mieux documenté. Son spectre d’action couvre les moustiques, les tiques, les phlébotomes, un type de petit moucheron présent surtout autour du bassin méditerranéen et sous les tropiques, et les aoûtats, les larves d’acariens responsables de démangeaisons intenses en fin d’été. Pour les voyages en zones de paludisme, les recommandations françaises situent la concentration utile entre 30 % et 50 % selon la durée d’exposition. Son image est parfois anxiogène, mais les données d’innocuité accumulées depuis des décennies le placent parmi les molécules les mieux évaluées.
L’IR3535 est souvent perçu comme moins puissant que le DEET. Les tests de 60 Millions contredisent cette perception : correctement formulé, il protège plus longtemps que la plupart des produits au DEET testés dans le même panel. Sa texture est jugée agréable, peu odorant, non gras, et son profil de tolérance est favorable. Les tableaux de l’ARS Paca indiquent une concentration maximale de 20 % pour les enfants de six mois à deux ans, avec des restrictions sur le nombre d’applications quotidiennes.
L’icaridine (également connue sous le nom de picaridine) est recommandée par l’Organisation mondiale de la santé à des concentrations de 20 à 25 % contre moustiques et tiques. Son statut réglementaire varie selon les pays, non pas parce que sa dangerosité est en débat, les études disponibles lui reconnaissent un bon profil de tolérance, mais parce que les autorités nationales appliquent des niveaux de précaution différents. Les référentiels français privilégient IR3535, DEET et PMD chez les plus jeunes enfants. Au Canada et au Québec, certains guides autorisent l’icaridine à 20 % dès l’âge de six mois, sous conditions strictes : une application par jour sur des surfaces limitées. Cette divergence reflète des approches réglementaires différentes, pas un désaccord scientifique sur la nocivité du produit.
Le PMD, extrait de l’eucalyptus citronné puis transformé chimiquement, est la seule molécule d’origine végétale à figurer dans ce groupe. Dosé à 20-30 %, son efficacité contre les moustiques est parfois comparable à celle du DEET selon les études. Plusieurs sources, dont les fiches de l’ARS Paca, déconseillent néanmoins son usage avant trois ans en raison d’un risque d’irritation oculaire et cutanée.
Les résultats de la Stiftung Warentest, l’équivalent allemand de 60 Millions de consommateurs, vont dans le même sens. L’organisme a testé dix sprays en exposant des volontaires à plus de 3 000 moustiques et 2 400 tiques. Le spray Anti Brumm Forte, à base de DEET, arrive en tête avec environ sept heures trente de protection, pour un coût de 1,58 euro aux dix millilitres. Autan Multi Insect, formulé à base d’icaridine, est distingué pour son rapport qualité-prix : au moins cinq heures trente de protection contre les moustiques et six heures contre les tiques, à 0,64 euro les dix millilitres.
Citronnelle, géranium, lavande : ce que mesurent les tests
Aucune de ces plantes n’appartient aux quatre familles de molécules précédemment décrites. Leurs extraits ne figurent dans aucune liste de répulsifs validés par l’OMS. Les bancs d’essai confirment cet écart.
Dans les tests de l’UFC-Que Choisir et de 60 Millions de consommateurs, la plupart des produits formulés à base d’huiles essentielles de citronnelle, géranium ou lavande n’ont pas dépassé deux à quatre heures de protection en conditions standardisées. Les allégations marketing de certains d’entre eux suggéraient une durée nettement supérieure.
Un consommateur qui se croit protégé pendant sept ou huit heures avec un spray naturel, et qui l’est en réalité pendant deux, prend des décisions différentes sur sa durée d’exposition ou le renouvellement de son application.
Que Choisir, France Assos Santé et l’ARS Paca signalent par ailleurs que certaines huiles essentielles, notamment celles de citronnelle et d’eucalyptus non transformé, peuvent provoquer des irritations cutanées, une sensibilité accrue au soleil ou des réactions allergiques, des effets documentés en particulier chez les jeunes enfants et les femmes enceintes. Leur encadrement réglementaire est moins strict que celui des molécules de synthèse validées par l’OMS, ce qui autorise des allégations moins contrôlées sur les emballages.
Le PMD fait exception. Obtenu par transformation chimique à partir de l’eucalyptus citronné, il ne se compare pas à une huile essentielle de citronnelle brute. Le Forclaz noir de Décathlon, qui le contient, a obtenu plus de six heures trente dans le test UFC-Que Choisir, un résultat qui le sépare nettement du reste des produits à dominante végétale.
Enfants, nourrissons, femmes enceintes : ce que recommandent les autorités
Le choix de la molécule dépend aussi du profil de la personne qui l’utilise. Les recommandations françaises établissent une hiérarchie précise selon l’âge.
Avant six mois, aucun répulsif cutané n’est recommandé. Les autorités françaises, ministère de la Santé, Direction générale de la santé, ARS, prescrivent exclusivement moustiquaires, vêtements couvrants et limitation des expositions aux horaires à risque, principalement l’aube et le crépuscule.
Entre six mois et deux ans, les documents français privilégient l’IR3535 à 20 % au maximum, avec un nombre d’applications par jour limité selon la notice. Le DEET à faible concentration et le PMD peuvent être envisagés dans certains contextes, notamment pour des voyages en zones de circulation virale avérée, mais toujours sur avis médical. L’icaridine reste peu mise en avant dans les recommandations françaises pour cette tranche d’âge, même si elle est autorisée de manière encadrée dans certains pays nord-américains dès six mois.
À partir de deux ans, les options s’élargissent : IR3535 jusqu’à 35 %, DEET entre 20 % et 30 % en France métropolitaine (jusqu’à 50 % en zones de paludisme), icaridine à 20-25 %, PMD à 20-30 % selon les contextes.
Pour les femmes enceintes, France Assos Santé recommande de limiter au maximum toute exposition chimique. Mais en situation de risque infectieux avéré, dengue, paludisme, Zika, les autorités sanitaires françaises considèrent l’usage de DEET ou d’IR3535 comme acceptable sous encadrement médical : le danger lié à la maladie dépasse, dans ces cas, celui du répulsif.
L’Anses, l’agence nationale chargée de la sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail, attire l’attention sur une exposition moins visible que celle liée aux moustiques. Les insecticides diffusés en intérieur, bombes aérosols ou appareils électriques à base de pyréthrinoïdes, une famille de molécules chimiques largement utilisée pour tuer les insectes, font l’objet d’études pointant un lien possible entre exposition prénatale et troubles neuro-comportementaux chez l’enfant. Un répulsif cutané bien choisi, appliqué sur les zones exposées, présente un profil de risque plus favorable qu’un diffuseur actif en continu dans les pièces de vie.


