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Les urgences saturées et les lits fermés reviennent chaque hiver dans les journaux télévisés. Une autre pénurie progresse dans les mêmes hôpitaux, à l’écart des caméras. Elle touche les praticiens qui veillent sur les médicaments les plus surveillés du système de soins. La profession redoute désormais pour la sécurité des malades.
Ces vacances de postes se préparent dix ans en amont, au moment de la sélection en première année de santé, où la pharmacie n’obtient que 6,5 % des places ouvertes en deuxième année.
Un poste sur six sans pharmacien
Les hôpitaux publics de France métropolitaine comptent 3 429 postes de pharmaciens à pourvoir ; 579 n’ont trouvé aucun titulaire, selon les données du Centre national de gestion (CNG). Le taux de vacance atteint 16,9 %, soit près d’un poste sur six resté vide. Ces praticiens assurent l’approvisionnement des services, préparent les chimiothérapies anticancéreuses, stérilisent les dispositifs médicaux et contrôlent les thérapies innovantes avant leur administration. Les centres hospitaliers généraux, ces hôpitaux de ville présents dans chaque département, regroupent 72 % de ces postes, contre 26 % pour les grands centres universitaires. Les établissements de proximité supportent donc la plus grande part du déficit.
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Quelle retraite pour les pharmaciens ?
Du simple au triple selon la région
Le Centre-Val de Loire affiche le taux de vacance le plus élevé du pays, à 23,5 %. Près d’un quart de ses postes de pharmaciens restent vides. La Corse suit avec 21,2 %, devant la Bourgogne-Franche-Comté (20,9 %) et l’Île-de-France (19,3 %). À l’autre bout, les Pays de la Loire contiennent leur déficit à 9,4 % et Provence-Alpes-Côte d’Azur à environ 9 %. Le Centre-Val de Loire laisse ainsi vides, en proportion, deux fois et demie plus de postes que les Pays de la Loire.
Les laboratoires d’analyses des hôpitaux publics reposent eux aussi sur des pharmaciens, spécialisés en biologie médicale, et 494 de leurs postes restaient vacants. Le taux, 20,5 %, dépasse encore les 16,9 % de la pharmacie hospitalière. Dans ces laboratoires publics, 50,7 % des biologistes ont moins de 45 ans, contre 30,3 % dans le privé. Ces jeunes diplômés choisissent l’hôpital plus volontiers que leurs aînés. Trop peu nombreux, ils ne suffisent pas à compenser les départs.
L’hôpital forme, le privé recrute
Le nombre de places au concours de l’internat pour le diplôme d’études spécialisées de pharmacie hospitalière est passé de 293 en 2014 à 480 pour la rentrée 2025-2026, une hausse de 63,8 % en dix ans. À la sortie de ces études, 9 % des anciens internes rejoignent l’industrie, la recherche ou l’administration sanitaire plutôt que l’hôpital. Les cliniques et hôpitaux privés ont recruté 83 jeunes pharmaciens issus de l’internat en 2024, contre 59 l’année précédente, une progression de 40,6 % en douze mois. L’hôpital public diplôme davantage de pharmaciens qu’il y a dix ans, mais ne retient pas ceux qu’il forme, faute de carrières assez attractives.
Ces pharmacies internes tenues par un seul praticien
Chaque hôpital dispose d’une pharmacie à usage intérieur, invisible du patient, qui prépare et délivre les traitements administrés dans ses murs. En un an, les fusions et les fermetures faute de recrutement en ont ramené le nombre à 2 235 en métropole, un recul de 2,3 %. Aujourd’hui, 312 de ces pharmacies publiques fonctionnent avec un seul pharmacien inscrit à leur registre. Un arrêt maladie ou un congé maternité suffit alors à placer l’établissement dans l’impossibilité légale de délivrer les traitements complexes à ses patients hospitalisés. La profession réclame des passerelles permettant aux pharmaciens d’officine, ceux des pharmacies de quartier, de se reconvertir vers l’hôpital. Sans revalorisation des carrières publiques ni amélioration des conditions de travail, ces départs se poursuivront.


