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Pour une génération de jeunes pharmaciens, le poste fixe a cessé d’être un horizon. Ils enchaînent les remplacements par choix et refusent les gardes du dimanche. Dans les grandes villes, les pharmacies se disputent ces remplaçants quand, dans les villages, personne ne répond au téléphone. Le pharmacien de quartier, visage familier du malade chronique, pourrait devenir le premier absent de cette liberté-là.
Ce choix en dit long sur ce que rapportent réellement les études de santé, au regard d’un cursus de six à neuf ans et d’un coût de préparation qui peut atteindre plusieurs milliers d’euros par an.
Jamais autant de remplaçants en pharmacie
Quatre mille dix-huit pharmaciens adjoints exerçaient en intérim en 2024, selon l’Ordre national des pharmaciens, un record. Salariés d’une officine sans en être propriétaires, ces professionnels enchaînent les remplacements au lieu d’occuper un poste fixe. Ils n’étaient que 2 700 en 2020, au plus fort de la crise sanitaire. Leur nombre a bondi de 11,9 % sur la seule année écoulée, après une hausse de 15,7 % un an plus tôt, soit près de 48,8 % gagnés en quatre ans.
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Les moins de 36 ans représentent 29 % des intérimaires, soit 1 178 professionnels en activité. Ils ne considèrent plus le remplacement comme un sas avant l’installation à leur compte ou l’obtention d’un poste d’adjoint stable. Beaucoup en ont fait leur mode d’exercice pour plusieurs années.
Ils y gagnent la maîtrise de leur emploi du temps et changent de région sans passer par une démission. Les gardes du week-end et les plannings imposés restent, eux, attachés au poste fixe qu’ils écartent.
Les pharmaciens de 56 ans et plus forment 41 % des intérimaires, souvent pour arrondir une pension de retraite ou aménager une fin de carrière. Le gros des bataillons reste donc âgé. Mais ces seniors terminent une carrière quand les moins de 36 ans commencent la leur par le remplacement.
Vaccins et antibiotiques dopent la demande
Un pharmacien peut désormais délivrer des antibiotiques sans ordonnance, après un test rapide effectué au comptoir, positif à l’angine ou à la cystite. Il vaccine contre un éventail de maladies élargi chaque année. Les bilans de prévention se sont ajoutés à sa charge de travail.
Depuis l’ajout de ces missions, aucune officine ne tient le comptoir sans un adjoint présent en permanence. Les pharmacies en emploient 1,5 en moyenne sur l’ensemble du territoire et se tournent vers les intérimaires pour absorber les pics de patients sans épuiser leurs équipes. Les jeunes qui fuient le poste fixe n’ont, dès lors, aucune peine à remplir leur agenda.
À Paris oui, dans la Creuse jamais
Paris, cœur universitaire de la pharmacie française, concentre 258 intérimaires ; les Hauts-de-Seine en comptent 163. Les Bouches-du-Rhône, prisées pour leur littoral, en recensent 169.
Ces jeunes remplaçants choisissent la métropole et le bord de mer, jamais la « diagonale du vide », cette bande de territoires ruraux peu peuplés qui traverse le pays du nord-est au sud-ouest. En Creuse comme en Lozère, ils ne sont que cinq ; le Territoire de Belfort n’en aligne que six. Le titulaire d’une pharmacie de village qui cherche quelqu’un pour un jour de fermeture appelle dans le vide, faute de candidats prêts à s’y déplacer. La liberté géographique que ces diplômés revendiquent les tient à distance des zones qui en auraient le plus besoin.
Rester libre ou se fixer, le dilemme des trentenaires
Le jeune intérimaire qui change d’officine chaque semaine ne suit aucun patient dans la durée. Le malade chronique, qui retire son traitement au même comptoir depuis des années, ne retrouve plus le même visage d’une visite à l’autre. Le pharmacien de famille, celui qui connaît les ordonnances de longue date, s’efface derrière une succession de remplaçants que le patient ne reconnaît pas.
Pour ramener ces trentenaires vers le poste fixe, les pharmacies devront revoir les salaires et les perspectives d’évolution qu’elles y attachent. Tant qu’elles ne l’auront pas fait, les diplômés de moins de 36 ans continueront de préférer leur agenda de remplaçant au poste stable qu’on leur propose.


