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La Bretagne continue d’attirer familles et jeunes actifs en quête d’une vie plus douce sur ses côtes. Ses pharmacies de proximité, elles, disparaissent. Dans une région où l’on rêve de s’installer, le premier filet de soins se déchire.
En 2024, six officines ont fermé pour un million d’habitants en Bretagne, un taux qu’aucune autre région française n’atteint. La moyenne nationale s’établit à 3,8.
L’Île-de-France arrive pourtant en tête des fermetures en valeur absolue, avec 47 officines disparues sur l’année, devant l’Auvergne-Rhône-Alpes (33) et la Nouvelle-Aquitaine (27). Ces trois régions comptent parmi les plus peuplées de France. Rapportées à leur population, leurs fermetures les placent loin derrière la Bretagne.
Parmi les fermetures recensées à l’échelle nationale, 60,4 % sont définitives. Aucun pharmacien voisin ne rachète alors la clientèle de celui qui s’en va, et le fonds disparaît pour de bon. La Bretagne conserve 976 officines en activité.
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Combien gagne un pharmacien en officine ?
Quatre-vingts pharmacies encore tenues par leur patron
Quatre-vingts. C’est le nombre de pharmacies bretonnes dont le pharmacien reste seul propriétaire de son fonds. Les 735 autres, soit 75,3 % du parc régional, sont exploitées en société d’exercice libéral, une forme juridique qui ouvre le capital de l’officine à plusieurs associés.
Ce taux rapproche la Bretagne de l’Île-de-France (77 %) et la place loin devant les Pays de la Loire (68,2 %) ou l’Auvergne-Rhône-Alpes (70,1 %). Au-dessus de ces sociétés, 439 holdings, appelées sociétés de participations financières de professions libérales, détiennent des parts d’officines bretonnes et permettent à un même groupe d’en contrôler plusieurs. L’Île-de-France en compte 1 222, l’Auvergne-Rhône-Alpes 984 ; ramené à la taille du parc breton, ce total hisse la région dans le haut du tableau national.
Ces montages facilitent les rachats groupés et les fusions au profit des grosses officines. Faute d’acquéreur pour les petites pharmacies de quartier ou de bourg, ces fonds rejoignent la colonne des fermetures définitives plutôt que celle des reventes.
Les futurs patrons se forment ailleurs
Trente-huit pharmaciens titulaires, les propriétaires d’officine, se sont inscrits pour la première fois en Bretagne en 2024. Pour 976 pharmacies à reprendre, le compte n’y est pas.
Sur les 1 267 titulaires en exercice dans la région, 543 ont décroché leur diplôme dans une faculté située hors de Bretagne, soit 42,9 %. Le Grand Est fonctionne à l’inverse, avec 91 % de titulaires formés sur place et 7 % seulement venus d’ailleurs. Une seule région devance la Bretagne sur ce terrain, le Centre-Val de Loire, où 43,8 % des titulaires ont étudié hors de leur territoire.
Quand un pharmacien breton part à la retraite sans successeur formé dans la région, son officine ferme sèchement.
Au comptoir, les salariés tiennent encore
La Bretagne emploie 1 418 pharmaciens adjoints salariés, soit 1,45 par officine, tout près de la moyenne nationale (1,5). Le littoral retient encore ces salariés au comptoir, quand plusieurs départements du centre et de l’ouest sont déjà passés sous la barre d’un adjoint par pharmacie : l’Indre (0,84), le Cher (0,82), la Creuse (0,82), le Cantal (0,80).
Dans ces départements, le titulaire reste souvent seul et finit par baisser le rideau à son tour. La Bretagne y échappe pour l’instant. Ses comptoirs restent tenus, mais aucun salarié ne rachète l’officine dont le propriétaire s’en va : la région ferme ses pharmacies tout en gardant ses pharmaciens.
À l’hôpital, un poste sur cinq est vacant
En Bretagne, 19,3 % des postes de praticien hospitalier en pharmacie, les pharmaciens salariés de l’hôpital public, restent vacants, contre 16,9 % dans le reste du pays. L’internat n’a offert que 15 affectations en pharmacie hospitalière bretonne en 2024. Faute de diplômés formés sur place, les hôpitaux de la région recrutent ailleurs, et 60,8 % de leurs pharmaciens hospitaliers viennent d’une autre région ou de l’étranger.
Chaque hôpital dispose d’une pharmacie interne, chargée de préparer et de distribuer les médicaments aux patients hospitalisés. Dans 41 % de ces pharmacies internes en France, un seul pharmacien assure la gestion, une proportion qui grimpe à 70 % dans les Alpes-de-Haute-Provence. Les Côtes-d’Armor affichent le meilleur ratio du pays, avec 12 %.
Un hôpital peut aller chercher un pharmacien à l’autre bout de la France. Une officine de bourg sans repreneur, elle, n’a d’autre issue que la fermeture.


