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Dans les centres-bourgs, la croix verte s’éteint et le rideau de fer ne se relève plus. Derrière chaque fermeture, un titulaire qui s’en va et des habitants contraints de prendre la voiture pour le moindre médicament. Le village perd son dernier point de santé accessible sans rendez-vous, quand les officines des villes tiennent le choc. Radiographie d’un maillage qui craque là où il tenait encore.
260 officines effacées en un an
La France métropolitaine comptait 19 887 officines à la fin de 2023. Un an plus tard, l’Ordre national des pharmaciens n’en recensait plus que 19 627. Deux cent soixante pharmacies ont fermé leurs portes en douze mois.
Depuis 2014, 2 145 officines ont disparu, soit près d’une sur dix. Chaque pharmacie encore ouverte dessert désormais 3 368 habitants, contre 3 037 dix ans plus tôt : les files d’attente s’allongent au comptoir. Cette moyenne nationale masque une fracture, car la saignée frappe d’abord les petites communes.
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Quand le pharmacien part, personne ne reprend
Les communes de moins de 5 000 habitants abritent 34,6 % des officines françaises, le cœur du maillage de proximité. Elles en ont pourtant perdu 8,8 % en dix ans, davantage que la moyenne nationale.
En 2024, 250 pharmacies ont fermé. D’ordinaire, le pharmacien qui part à la retraite revend son officine à un successeur. Dans 60,4 % des cas l’an dernier, aucun acheteur ne s’est présenté : la pharmacie a fermé pour de bon, et le titulaire est parti sans rien toucher pour son fonds.
Sur ces officines fermées en 2024, 45 % réalisaient entre 500 000 et un million d’euros de chiffre d’affaires, et 17 % moins de 500 000 euros. À ce niveau de recettes, les charges deviennent difficiles à couvrir et les repreneurs se détournent de ces petites structures. Elles disparaissent au profit des officines des villes, plus rentables.
De l’Allier à la Bretagne, la carte du décrochage
L’Allier a perdu 23 % de ses officines en dix ans. Aucun département ne fait pire. La Saône-et-Loire suit à –20 %, devant l’Ariège, l’Yonne et le Gers, à –19 %.
La Bretagne a connu, en 2024, 6 fermetures pour un million d’habitants, contre 3,8 en moyenne nationale, le taux relatif le plus élevé de France.
Le Haut-Rhin, le Bas-Rhin et les Hautes-Alpes ont, eux, préservé leur réseau.
Dans ces mêmes départements ruraux, le pharmacien travaille souvent seul. Une officine française emploie en moyenne 1,5 pharmacien adjoint salarié. Dans le Cantal, ce ratio tombe à 0,80. Le Cher et la Creuse plafonnent à 0,82, l’Indre à 0,84.
Sous cette barre, le titulaire assure seul le comptoir et les gardes de nuit. À bout, il renonce, et l’officine ferme sans repreneur.
Antennes et TROD, les remèdes d’urgence
Les agences régionales de santé (ARS) rédigent des arrêtés délimitant des «\u202fterritoires fragiles\u202f». Ces zones rurales, jugées trop mal pourvues en médicaments, pourront accueillir une nouvelle officine par dérogation aux règles habituelles, qui limitent d’ordinaire les ouvertures selon la population.
Depuis l’été 2024, le village de Cozzano, en Corse, teste une autre voie. Un cadre légal, dit «\u202farticle 51\u202f», autorise ce type d’expérimentation. Quand une commune perd son unique pharmacie sans trouver de repreneur, une officine voisine y ouvre une antenne, au minimum deux demi-journées par semaine. Les habitants les plus éloignés y trouvent leurs médicaments courants.
Les pharmaciens vaccinent désormais et réalisent des bilans de prévention. Ils peuvent aussi délivrer certains antibiotiques sans ordonnance, après un test rapide qui confirme une angine ou une cystite. Dans un village sans médecin, le titulaire devient le premier interlocuteur de santé.
Encore faut-il une officine ouverte à proximité. Dans le Cantal ou l’Allier, elle a parfois disparu.


