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L’Intelligence Artificielle Générative s’est installée dans les usages quotidiens de milliers de personnes et de salariés. Selon le baromètre du Numérique 2026 de l’Arcom, 48 % des français l’utilisent alors qu’ils n’étaient que 23 % en 2023.
Portée par des géants du numériques comme OpenAI, Anthropic, Google, ou encore Mistral AI, cette technologie pourrait, selon plusieurs experts, être bientôt dépassée par une nouvelle forme d’Intelligence Artificielle appelée Générale : s’il est encore théorique, ce modèle d’IA cristallise déjà des interrogations éthiques majeures et nourrit des inquiétudes existentielles.
Quand l’IA imite le cerveau humain
L’idée d’une Intelligence Artificielle Générale (IAG) remonte à 1950 lorsque le mathématicien britannique Alan Turing s’interroge sur la capacité d’une machine à penser. Pour y répondre, il crée le test de Turing destiné à évaluer la capacité d’une machine à imiter un humain dans une conversation. Dépassés par des freins techniques et financiers, les chercheurs se tournent par la suite vers le développement d’une IA spécialisée et mettent de côté la théorie de l’IAG.
Grâce aux progrès réalisés en puissance de calcul et à la capacité des modèles actuels à traiter d’immenses volumes de données, l’IAG refait surface dans les conversations. Une Intelligence Artificielle Générale ne se contenterait pas de dépasser les capacités des IA spécialisées dans certaines tâches ciblées comme la traduction, la reconnaissance d’images ou bien l’assistance vocale. Elle serait capable de reproduire et d’imiter les principales capacités cognitives du cerveau humain dans des domaines tels que l’apprentissage, le raisonnement ou la résolution de problèmes.
De la théorie à la pratique
L’IAG s’appuie sur trois principes théoriques : l’apprentissage multitâche, l’intelligence émergente et la modélisation cognitive. Ces fondamentaux lui permettent d’être autonome sur certaines tâches grâce à l’imitation de capacités humaines comme la mémoire ou l’apprentissage.
Dans le domaine médical et la recherche scientifique, l’IAG serait une révolution. Capable de mettre au point des technologies avancées, elle pourrait prévenir des épidémies ou anticiper l’apparition de maladies. En novembre 2023, une étude publiée dans le New England Journal of Medicine démontrait que GPT-4 avait la capacité de diagnostiquer avec justesse 52,7 % des cas cliniques complexes. Une performance qui dépasse celle des lecteurs de revues médicales qui n’ont su en diagnostiquer que 36 %.
Pour ce qui est des enjeux de compétitivité, l’IAG est perçue par les États et les entreprises comme un avantage décisif en matière de productivité, d’innovation et de recherche. Elle s’inscrit déjà au cœur des stratégies industrielles et de souveraineté étatiques.
Progrès technologique ou valeurs humaines, quel arbitrage ?
L’IAG est aujourd’hui grandement contestée. Elle pourrait être la cause d’une désinformation de masse, un phénomène qui s’est déjà accentué depuis l’arrivée des IA Génératives. Elle remplacerait de nombreux emplois et engendrerait une précarité sans précédent pour les personnes dont les compétences deviendraient obsolètes.
Dans des secteurs sensibles et critiques comme la finance, la défense, les services publiques ou l’énergie, faire confiance à une IAG et se passer de vérification humaine reviendrait à jouer avec le feu. Non exempte de commettre des erreurs, elle pourrait également être la cause de cyberattaques ou de fuite de données. À cela s’ajoute la question de la responsabilité : en cas de défaillance, qui est responsable ? L’entreprise qui utilise la technologie ou celle qui l’a conçue ?
L’IAG soulève également des questions éthiques et morales. Elle pourrait générer des biais algorithmiques et provoquer des injustices à grande échelle en raison de l’absence d’intelligence émotionnelle et sociale propre à l’humain. Selon Yoshua Bengio, Geoffrey Hinton et Stuart Russell, tous trois chercheurs en IA, elle présente des risques de perte de contrôle dont les conséquences pourraient être graves et mener potentiellement à la fin de l’humanité. Pour Sam Altman, PDG d’OpenAI ou Shane Legg, co-fondateur de DeepMind, il est fort probable que l’IAG se concrétise d’ici à 2028, une échéance extrêmement courte à l’échelle des politiques publiques et des régulations internationales.
Bien qu’aucune IAG n’ait été reconnue à ce jour, les progrès fulgurants des géants de la Tech et leurs prédictions nous laissent penser qu’ils n’en sont peut-être plus très loin. Compte-tenu de son potentiel, l’enjeu est de s’interroger dès aujourd’hui sur sa régulation afin de déterminer le cadre dans lequel elle pourra se développer au service de l’intérêt général.


