Mort de Ratko Mladic, le boucher de Bosnie

L'ancien général serbo-bosniaque est mort jeudi à La Haye, à 83 ans. Condamné à perpétuité pour le génocide de Srebrenica.

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Ratko Mladic est mort ce jeudi dans le centre de détention de La Haye, où il était incarcéré depuis mai 2011. Son avocat et un porte-parole des Nations unies ont confirmé le décès. L’ancien général serbo-bosniaque, que son rôle pendant la guerre des Balkans avait fait surnommer le « boucher de Bosnie », avait 83 ans et purgeait depuis novembre 2017 une peine de réclusion à perpétuité pour sa participation au génocide de Srebrenica. Les hospitalisations se succédaient depuis des mois.

La semaine dernière encore, ses avocats ont saisi les juges pour obtenir son transfert en Serbie, au motif qu’il lui restait peu de temps à vivre. La chambre a rejeté la requête. Autoriser ce départ n’était pas « dans l’intérêt de la justice » alors que « les médecins peuvent le soigner dans des conditions parfaites et que sa famille peut lui rendre visite », ont indiqué les juges.

Il avait 53 ans et il distribuait du pain. Entré dans la ville bosniaque de Srebrenica devant les enfants qui s’approchaient de lui, Mladic répétait qu’il ne cherchait que des criminels de guerre. Ses hommes ont ensuite séparé les hommes des femmes, des enfants et des vieillards, tous réfugiés musulmans bosniaques, puis exécuté les premiers par balles. L’opération a duré du 13 au 23 juillet 1995. Environ 8 000 personnes y ont péri, dans la plus grande tuerie commise sur le sol européen depuis la Seconde Guerre mondiale.

Ce que 400 casques bleus n’ont pas empêché

Les Nations unies avaient placé Srebrenica sous leur protection et y avaient déployé quelque 400 casques bleus néerlandais, chargés d’en garantir la sécurité. Les troupes de Mladic les ont neutralisés avant d’entrer dans la ville.

Aux Pays-Bas, les responsables politiques se sont déchirés pendant des années sur le rôle joué par ce contingent. Mark Rutte, alors premier ministre libéral, a présenté en 2022 les excuses du gouvernement néerlandais à ces soldats, envoyés selon lui dans « une mission devenue impossible » et privés de « tout soutien par la suite ».

1 425 jours autour de Sarajevo

Né le 12 mars 1942 près de Sarajevo, dans un territoire alors rattaché à l’État indépendant de Croatie sous contrôle allemand, Mladic est sorti de l’académie militaire en 1965 parmi les officiers les plus capables de sa génération. Il a commandé des unités en Macédoine, puis au Kosovo.

Quand la Croatie a proclamé son indépendance en 1991 et que la confédération yougoslave s’est disloquée, Belgrade l’a envoyé sur place pour reprendre le contrôle du territoire. Il voyait dans les musulmans de Bosnie les héritiers d’envahisseurs venus avec l’occupation ottomane. Ses troupes ont encerclé Sarajevo, la capitale bosniaque, et l’ont assiégée 1 425 jours. Quelque 13 000 civils y sont morts sous les balles et les bombes. Les frappes de l’OTAN ont brisé le siège en 1995. La même année, il a lancé ses hommes sur Srebrenica.

Marié, père d’un fils et d’une fille, il avait perdu celle-ci, qui s’est tuée avec le pistolet préféré de son père.

Sarajevo et Srebrenica procédaient d’un même projet, a tranché le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie. Mladic, Radovan Karadzic et le président serbe Slobodan Milosevic, mort depuis, agissaient dans le cadre d’une conspiration criminelle destinée à l’exécuter.

Karadzic, supérieur politique direct de Mladic et condamné à la perpétuité en 2019, en était l’idéologue. Les juges ont établi en 2021 que « les actes décisifs à la commission des crimes n’auraient pas pu être perpétrés sans Mladic ». Les deux hommes ont fait appel et demandé leur acquittement. Les deux condamnations ont été confirmées.

Deux pistolets chargés et aucune résistance

Recherchés par la justice internationale, les deux hommes se sont d’abord montrés presque ouvertement en Serbie, où on les traitait en héros de guerre. Puis ils sont passés dans la clandestinité. Jusqu’à son arrestation, Mladic est resté l’obstacle sur lequel butaient les négociations d’adhésion de la Serbie à l’Union européenne.

Trois unités spéciales sont venues le chercher à l’aube, un matin de mai 2011, à Lazarevo, en Voïvodine, au nord du pays. Il avait 69 ans, il avait subi un accident vasculaire cérébral pendant sa cavale et ne comptait plus que sur quelques membres de sa famille pour le cacher. Deux pistolets chargés se trouvaient à portée de sa main. Il n’a pas résisté.

Il lisait le journal pendant les dépositions

Devant le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie, les audiences ont occupé plus de 500 jours. Six cents témoins ont déposé, 10 000 pièces à conviction ont été analysées.

Pendant que des rescapés décrivaient les viols et les exécutions commis de nuit dans des fossés ou en plein jour dans des enceintes isolées, l’accusé lisait parfois le journal. Il lui arrivait aussi d’agiter une vieille casquette militaire et de réclamer son acquittement en criant.

Les condamnés du tribunal purgent en principe leur peine dans un pays tiers. Mladic est resté quinze ans à La Haye, dans une cellule des Nations unies installée au sein du complexe pénitentiaire qui abrite l’ancien siège du tribunal, en raison de son état de santé et des litiges juridiques sur le lieu de sa détention.

Trente et un ans après le massacre, les enterrements continuent. Les familles inhument chaque 11 juillet de nouveaux restes exhumés des fosses communes où les corps de 8 000 hommes, adolescents et vieillards avaient été dissimulés.



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