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« Ils jouent avec le feu. Les conséquences peuvent être totalement imprévisibles, y compris pour eux-mêmes », a déclaré jeudi Maria Zakharova, porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères, en visant le Royaume-Uni, la France et l’Allemagne pour leur soutien militaire à l’Ukraine. Quarante-huit heures plus tôt, le directeur de la CIA, John Ratcliffe, se trouvait à Moscou, où il venait selon la presse américaine faire échouer des projets russes d’attaque contre l’est de l’Union européenne.
Ce que Moscou reproche exactement à Londres
Moscou a rappelé son ambassadeur à Londres il y a un mois. Le ministère russe des Affaires étrangères accuse aujourd’hui le gouvernement britannique de « fournir aux entreprises ukrainiennes les données permettant l’assemblage autonome de missiles de croisière Scalp/Storm Shadow », c’est-à-dire de leur donner les moyens de fabriquer elles-mêmes cette arme conçue en commun par Paris et Londres, qui permet de frapper loin derrière la ligne de front.
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« Nous avons prévenu à plusieurs reprises que toute installation ou tout équipement militaire britannique situé en Ukraine ou ailleurs pourrait faire l’objet de représailles, en réponse aux frappes ukrainiennes menées avec des armes britanniques contre le territoire russe », a indiqué Maria Zakharova. Aucun périmètre géographique n’est précisé.
Le pays du pétrole qui achète son carburant
Ces frappes visent depuis le début de l’année les raffineries russes et les entrepôts des grandes plateformes russes de vente en ligne. Les pertes économiques sont lourdes et la pénurie de carburant telle que la Russie, l’un des premiers producteurs mondiaux de pétrole, doit désormais importer du combustible. Le pays est au bord de la stagflation, cette conjonction d’une inflation forte et d’une croissance à l’arrêt. La moitié du budget fédéral part dans les dépenses militaires et le remboursement de la dette.
Les soutiens que Moscou ne mentionne pas
La diplomatie russe range Berlin, Paris et Londres sous une même étiquette, la « Troïka européenne », accusée d’« attiser et d’aggraver la crise ukrainienne ». « L’Allemagne rêve de créer l’armée la plus puissante d’Europe, tandis que la France et le Royaume-Uni annoncent des mesures pour transférer des technologies militaires à [Volodymyr] Zelensky », a déclaré Maria Zakharova.
Depuis le début de son invasion, la Russie a reçu de la technologie militaire iranienne et chinoise, ainsi que des milliers de soldats et d’obus nord-coréens. La porte-parole n’en a pas fait mention.
La liste publiée en avril par les espions russes
Les services de renseignement russes ont publié en avril une liste d’entreprises européennes qui produisent des composants pour les drones et les missiles ukrainiens, parmi lesquelles le groupe espagnol Oesía, et menacé d’en faire leurs prochaines cibles. En quatre ans et demi de guerre, le Kremlin a annoncé plusieurs limites de ce type à ne pas franchir, qui ont semé le doute chez les Européens sur les livraisons d’armes à Kiev.
Mardi, le jour même du passage de John Ratcliffe à Moscou, le ministère russe des Affaires étrangères s’en est pris aux exercices militaires programmés en octobre et novembre sur le territoire de l’Union européenne frontalier de l’Ukraine, à distance des frontières russes. « Ces manœuvres représentent un pas de plus vers une implication accrue dans un conflit qu’ils disent vouloir résoudre et pour lequel ils exigent une place à la table des négociations », a déclaré Maria Zakharova.
Bucarest avait déclaré un diplomate russe persona non grata il y a un mois, une mesure qui contraint l’intéressé à quitter le pays, après des apparitions répétées de drones dans le ciel roumain. La Russie convoque à son tour la chargée d’affaires de Roumanie à Moscou, la diplomate qui dirige l’ambassade en l’absence d’ambassadeur. La Roumanie est membre de l’OTAN.
Le message que Washington est venu porter
Moscou et Washington ont confirmé la rencontre de mardi entre John Ratcliffe et Sergueï Narychkine, chef du Service de renseignement extérieur russe (SVR). Selon des sources du Wall Street Journal, ce déplacement inattendu visait à avertir le Kremlin de n’attaquer aucun membre de l’OTAN, dont font partie l’Estonie, la Lettonie et la Lituanie. Le quotidien américain rapporte que le président russe, Vladimir Poutine, et son entourage envisagent « une incursion limitée » dans ces trois pays baltes, pour contraindre l’Europe à négocier son soutien à Kiev alors que l’offensive en Ukraine s’enlise. Bloomberg indique de son côté que l’hypothèse d’employer sur le front une arme nucléaire tactique, de puissance réduite et destinée au champ de bataille, gagne des partisans dans le cercle présidentiel.
Vladimir Poutine n’a pas reçu le directeur de la CIA, assure le Kremlin, alors que l’agenda du président russe avait été intégralement suspendu ce jour-là. « Les réunions entre directeurs d’agences de renseignement de différents pays sont une pratique courante », a déclaré jeudi Sergueï Narychkine, qui a ajouté que les deux hommes n’avaient traité que de questions de renseignement, « assez délicates et particulières ». Aucune source officielle n’a détaillé le contenu de l’entretien. Le même jour, Maria Zakharova désignait publiquement trois capitales européennes.
L’hiver 2021, quand l’alerte n’a pas suffi
Le dernier directeur de la CIA à s’être rendu à Moscou avant lui y portait, à la fin de l’année 2021, un message sans ambiguïté. Washington savait que la Russie s’apprêtait à envahir l’Ukraine et en exigeait l’annulation. Vladimir Poutine a lancé l’offensive le 24 février 2022.
Le président américain, Donald Trump, a laissé entendre que la rencontre de mardi pouvait avoir servi de cadre à une avancée dans des négociations de paix gelées depuis son sommet manqué avec son homologue russe en Alaska, il y a un an. « Quelque chose pourrait en sortir. Nous travaillons d’arrache-pied pour mettre fin à cette guerre », a-t-il déclaré.
Note sur une consigne : l’article ne comporte aucune somme d’argent, la mise en gras des montants n’a donc trouvé à s’appliquer nulle part. Les deux données chiffrées disponibles dans la source sont la part du budget fédéral russe consacrée aux dépenses militaires et à la dette, exprimée en proportion et non en euros ou en roubles, et la date du 24 février 2022.


