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Depuis huit ans, le prince Harry mène une guerre judiciaire contre les tabloïds britanniques, convaincu qu’ils portent la responsabilité de la mort de sa mère. Cette croisade vient de subir son échec le plus sévère devant la justice londonienne. Les juges n’ont pas mis en doute la sincérité du duc de Sussex, titre porté par Harry depuis son mariage avec Meghan Markle en 2018, mais l’absence de preuves matérielles a suffi à balayer son dossier. Reste à savoir ce qu’il subsiste de sa stratégie, face à une presse qui, elle, sort renforcée.
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La Haute Cour de Londres a rejeté, mardi 7 juillet, l’intégralité des 97 plaintes déposées par le prince Harry, Elton John et cinq autres personnalités contre Associated Newspapers, éditeur du Daily Mail et du Mail on Sunday. Les juges ont estimé que les plaignants n’avaient pas apporté la preuve des agissements illégaux allégués : écoutes de conversations, interceptions de messages vocaux, recours à des détectives privés, obtention frauduleuse de données personnelles. Le tribunal décrit Paul Dacre, rédacteur en chef du Daily Mail pendant vingt-six ans, comme un « témoin franc et généralement prudent », resté calme tout au long de son témoignage. Associated Newspapers a salué dans un communiqué « une victoire écrasante pour le Daily Mail et ses journalistes, ainsi que pour la liberté de la presse en général ».
Un homme ayant détaillé dans ses mémoires sa consommation de drogue, sa vie sexuelle et le nombre de talibans qu’il dit avoir tués sur le terrain se plaint aujourd’hui d’atteintes à sa vie privée : l’argument circule depuis mardi dans la presse conservatrice, relayé par des soutiens d’Associated Newspapers.
Le procès qui devait tout changer
Ce procès devait servir de test pour l’ensemble des accusations de collecte illégale d’informations, à l’origine de plusieurs dizaines d’articles publiés entre les années 1990 et 2010. Harry avait engagé sa première procédure contre la presse en 2018 ; huit ans et trois grands procès plus tard, celui-ci était présenté comme le plus emblématique de tous. Il visait un objectif dépassant sa réparation personnelle : obliger les dirigeants des grands groupes de presse à rendre des comptes. Devant la Haute Cour, il avait formulé les termes de sa démarche sous serment. « Il y a évidemment un aspect personnel à cette plainte, motivée par la vérité, la justice et la responsabilité, mais il ne s’agit pas seulement de moi », avait-il déclaré. « Il y a aussi un aspect social concernant toutes ces milliers de personnes dont la vie a été bouleversée par la cupidité, car si le groupe de presse le plus influent parvient à échapper à la justice, alors à mon avis, tout le pays est condamné ».
De Diana à Meghan, la genèse d’une guerre
Harry n’a jamais caché son aversion pour une partie des médias britanniques, qui remonte à 1997. Il avait douze ans lorsque sa mère, la princesse Diana, est morte dans un accident de voiture à Paris, le véhicule fuyant des photographes. Il tient depuis la presse pour responsable de cette mort et affirme que l’intrusion continue des journaux dans sa vie privée a détruit certaines de ses amitiés, ainsi que sa relation avec son ex-compagne Chelsy Davy.
Harry a basculé vers l’action judiciaire ailleurs : dans la campagne médiatique contre son épouse Meghan Markle. Il l’accuse d’avoir été la cible de propos misogynes et racistes de la part de plusieurs titres. Lors de son témoignage contre Associated Newspapers, il avait peiné à retenir ses larmes, expliquant qu’en prenant position contre ces journaux, il restait la cible de leurs attaques et que ceux-ci avaient fait de la vie de sa femme « un enfer ». C’est cette conviction, née de la mort de Diana et durcie par le traitement réservé à Meghan, qui l’a poussé à intenter 97 plaintes contre Associated Newspapers, celles-là mêmes que la Haute Cour vient de rejeter en bloc.
Mirror, Sun, Mail : un bilan à trois vitesses
Trois procédures majeures, un seul succès net. En décembre 2023, Harry a obtenu une décision condamnant la société éditrice du Daily Mirror pour usage illégal de méthodes de collecte d’informations, assortie d’indemnités versées. En janvier 2025, l’affaire contre News Group Newspapers, la filiale britannique du groupe de presse de Rupert Murdoch, également propriétaire de News UK, qui publie le Sun, s’est terminée par un accord transactionnel : le groupe a présenté des excuses « complètes et sans équivoque » et accepté de verser une indemnité à huit chiffres, en livres sterling, évitant ainsi un procès au fond. Harry avait alors parlé d’une « admission historique » de la part du groupe Murdoch.
La troisième bataille de Harry contre un grand groupe de presse s’est soldée, le 7 juillet 2026, par un rejet total de la Haute Cour.
Ses adversaires toujours en poste
Paul Dacre, Piers Morgan et Rebekah Brooks figurent parmi les cibles déclarées de Harry depuis huit ans. Rebekah Brooks, ex-rédactrice en chef du Sun devenue dirigeante de News UK, reste à la tête du groupe ; le prince la qualifie de « crapaud répugnant » dans ses mémoires. Piers Morgan, ancien rédacteur en chef du Daily Mirror, anime aujourd’hui la chaîne YouTube Piers Morgan Uncensored, qui réunit plusieurs millions d’abonnés.
Le jugement concernant Mirror Group Newspapers avait établi que des rédacteurs du journal avaient connaissance en interne des pratiques de piratage téléphonique, sans nommer explicitement Morgan, qui a toujours nié y avoir pris part. La police n’a pas rouvert d’enquête criminelle malgré les demandes du prince. Aucun journaliste n’a été inculpé dans l’affaire News Group Newspapers.
Pourquoi les preuves ont manqué
Les faits reprochés à Associated Newspapers remontent parfois aux années 1990. Les juges exigent des preuves matérielles précises : documents internes, factures de détectives privés. Les traces techniques d’écoutes, elles, sont plus difficiles encore à retrouver des décennies plus tard. Pour l’avocat spécialisé en droit des médias Mark Stephens, le secteur a profondément changé depuis l’époque de Diana. « Du point de vue d’Harry, c’est un homme qui pense avoir perdu sa mère, qui croit l’avoir perdue, à cause d’un harcèlement médiatique agressif », a-t-il déclaré. « Je pense qu’il essaie psychologiquement de réparer cette injustice ».
Les entreprises de presse ont, depuis le scandale des écoutes téléphoniques illégales révélé en 2011, des journalistes accédant aux messageries vocales de célébrités et de victimes de crimes pour alimenter leurs articles, nettoyé leur gouvernance et verrouillé l’accès à leurs archives sensibles.
Le prix : des millions, une famille brisée
Les documents présentés à la Haute Cour évoquent des frais de justice se chiffrant en dizaines de millions de livres pour le seul procès contre le Daily Mail, avec un coût global avoisinant les 40 à 50 millions pour l’ensemble des parties. Harry a quitté ses fonctions royales en 2020 pour s’installer en Californie. Il a nourri, avec ces critiques, sa rupture publique avec son frère William et avec son père Charles, en accusant certains membres de sa famille d’avoir « pactisé avec le diable » en échange d’une couverture favorable.
Charles l’avait pourtant averti, selon les mots mêmes de Harry, que s’attaquer à la presse « était probablement une mission suicide ». Le verdict du 7 juillet confirme cette mise en garde, formulée des années plus tôt.
Une deuxième défaite face à l’État
En mai 2025, Harry a été débouté en appel dans son recours contre la décision du gouvernement de rétrograder sa protection policière lors de ses séjours au Royaume-Uni. La Cour d’appel s’est dite sensible aux « arguments puissants et émouvants » du duc de Sussex, avant de juger que ses griefs ne constituaient pas un argument juridique suffisant pour annuler la décision des autorités.
Un appel reste théoriquement possible dans l’affaire Associated Newspapers. De nombreux spécialistes du droit des médias jugent toutefois les chances de renverser une décision fondée sur l’absence de preuve matérielle très limitées.


