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Le 13 mai 2026, les éditions Plon publient Un Orient compliqué – Des clés pour mieux comprendre, un ouvrage collectif signé notamment par Brice Teinturier. Aucune interview promotionnelle ni le moindre passage sur un plateau n’a pu être identifié dans les huit semaines qui suivent sa parution. Pour un homme dont le visage revient chaque soir de scrutin sur France 2 depuis 1995, l’absence de bruit autour de sa propre publication détonne.
Sa dernière apparition documentée dans la presse nationale remonte au 13 avril 2026. Dans Le Monde, il cosigne une tribune sur les préoccupations des Français à un an de l’élection présidentielle de 2027, adossée à l’enquête Ipsos BVA-CESI menée avec le Cevipof et la Fondation Jean Jaurès. Cette exposition médiatique constante ne s’accompagne, à aucun moment, d’une information sur ce que touche l’homme qui la produit.
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Trente ans pour gravir les échelons
Brice Teinturier naît le 26 février 1963 à Clermont-Ferrand, fils du professeur Pierre Teinturier, chef de service de chirurgie orthopédique. Hypokhâgne et khâgne à Louis-le-Grand. Sciences Po Paris, diplômé en 1987. Deux DEA suivent : ces diplômes d’études approfondies, ancêtres du master avant la réforme universitaire du milieu des années 2000, sanctionnaient à l’époque un troisième cycle. Un premier en études politiques, un second en philosophie : la biographie officielle du site Savoirsetperspectives situe ce dernier à Paris I, son profil LinkedIn à Paris IV-Sorbonne. L’ambiguïté n’a jamais été tranchée.
Sa carrière débute en 1987 chez Diagnostic Communication, spécialiste des études qualitatives, puis chez Louis Harris. En 1990, il rejoint l’Ifop comme directeur d’études, avant de prendre la tête du département Politique et opinion jusqu’en 1996. Direction TNS Sofres en 1997. Il y devient directeur général adjoint en 2004, et cosigne à partir de cette date-là l’ouvrage collectif annuel L’état de l’opinion, coordonné avec le politologue Olivier Duhamel.
En juin 2010, Brice Teinturier est nommé directeur général délégué d’Ipsos France, lors d’une réorganisation interne du groupe. Ce poste de direction générale change la nature de sa rémunération : un dirigeant à ce niveau perçoit typiquement un salaire fixe complété d’une part variable, contrairement à un cadre salarié classique. Quinze ans plus tard, le 24 juin 2025, son titre s’élargit à « directeur général délégué d’Ipsos BVA », conséquence directe de l’acquisition finalisée de The BVA Family. Entre-temps, il enseigne à l’école de communication de Sciences Po Paris depuis septembre 2007, en parallèle de ses fonctions à plein temps dans le privé.
Le vide juridique qui protège son salaire
Ni élu, ni membre du gouvernement, Brice Teinturier ne dépose aucune déclaration à la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique. Il n’est pas non plus mandataire social, c’est-à-dire dirigeant juridiquement responsable devant les actionnaires, d’une société cotée en Bourse. Faute de l’un ou l’autre statut, aucune obligation de transparence financière ne le concerne en France.
Le droit boursier français impose bien aux sociétés cotées de publier la rémunération de leurs mandataires sociaux, mais uniquement ceux de la société mère. Ipsos SA, cotée en Bourse, publie chaque année un Document d’enregistrement universel déposé auprès de l’Autorité des marchés financiers, le régulateur qui supervise les marchés financiers français. Celui de 2025, mis à disposition le 15 avril 2026, ne détaille que la rémunération du directeur général du groupe mondial. Les directeurs généraux délégués des filiales nationales, comme Ipsos BVA France, n’y figurent jamais.
Aucun chiffre individuel concernant Brice Teinturier ne figure donc dans le domaine public, non par choix d’un service de communication, mais faute d’obligation légale.
Ce que gagne, en moyenne, un poste comme le sien
À défaut de chiffre individuel, les données de marché offrent un repère. Selon une étude publiée en mars 2026 par le cabinet Waage PRO, fondée sur 950 000 données salariales, un directeur général délégué ou adjoint perçoit en moyenne 249 454 euros bruts par an en France, toutes tailles d’entreprise confondues. Ce montant se décompose en 172 021 euros de fixe, 27 141 euros de variable direct (primes et bonus), 25 030 euros de rémunération long terme, souvent sous forme d’actions gratuites, et 19 300 euros d’avantages divers, mutuelle et retraite supplémentaire compris.
Glassdoor, de son côté, situait en 2024 le package médian d’un DGD à environ 132 500 euros annuels, soit près de moitié moins que la moyenne Waage. Cet écart tient à la forte dispersion des rémunérations selon la taille de l’entreprise. Ipsos BVA, née de la fusion de deux instituts de sondage parmi les plus importants du marché français, se positionne plutôt dans le haut de cette fourchette. Rien, cependant, ne permet de l’affirmer avec certitude pour Teinturier lui-même.
1,54 million d’euros, le repère venu d’en haut
Ben Page, directeur général du groupe Ipsos jusqu’au 15 septembre 2025, a perçu 1,54 million d’euros de rémunération totale sur le dernier exercice documenté, dont environ 711 000 euros de fixe, soit 46,2 % du total. C’est le seul chiffre individuel réellement disponible dans tout l’écosystème Ipsos, mais il concerne la tête du groupe mondial coté en Bourse, un échelon bien au-dessus du poste de directeur général délégué d’une filiale française qu’occupe Teinturier. Les données relatives à l’exercice 2024 apparaissent, elles, comme non renseignées dans les bases financières consultées.
Lors de l’assemblée générale du 21 mai 2025, cette rémunération n’a recueilli que 65,17 % de votes favorables des actionnaires, un score jugé bas pour une entreprise du SBF 120, l’indice qui regroupe les 120 plus grandes sociétés cotées à Paris, où ce type de résolution dépasse généralement les 90 %.
Jean-Laurent Poitou lui a succédé à la tête du groupe le 15 septembre 2025. Sa politique de rémunération a été votée lors de l’assemblée générale du 20 mai 2026, mais le montant individualisé de son salaire n’a pas été rendu public. Avant Ben Page, Didier Truchot, fondateur du groupe, percevait 540 836 euros par an comme PDG en 2020, puis 272 850 euros à partir d’octobre 2021 après être devenu président non exécutif du conseil d’administration. Ces montants concernent la direction du groupe mondial, à mille lieues du périmètre français que dirige Brice Teinturier.
Conférences, cours, livres : la part invisible
Brice Teinturier est référencé comme conférencier rémunéré par au moins quatre agences spécialisées : Premium Communication, Speakers Entertainment, Intervenants.fr et Simone & Nelson, une activité qu’il exerce depuis plus de vingt ans auprès de dirigeants d’entreprise. Aucun tarif n’a été publié par ces agences.
Depuis septembre 2007, il enseigne à l’école de communication de Sciences Po Paris, au statut de vacataire, non titulaire, donc rémunéré à l’heure ou à la mission plutôt qu’au salaire fixe. Le montant de ces vacations n’a jamais filtré.
L’état de l’opinion, coécrit chaque année entre 2004 et 2010, Plus rien à faire, plus rien à foutre – La vraie crise de la démocratie, publié le 23 février 2017 chez Robert Laffont et récompensé la même année par le Prix du livre politique, Au-delà des apparences – Des raisons d’être optimistes en France, paru le 5 novembre 2025 au Cherche Midi et vendu 19,90 euros, et le dernier ouvrage collectif de mai 2026 : la bibliographie de Brice Teinturier s’étend sur plus de vingt ans. Aucun chiffre de vente, aucun montant de droits d’auteur perçus n’a été communiqué pour un seul de ces titres.
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