Combien gagne Sonia Mabrouk sur BFMTV ?

Un million d'euros par an ou 480 000 ? Le salaire de Sonia Mabrouk sur BFMTV repose sur une seule source, qui en a donné deux versions. Enquête sur un chiffre invérifié.

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Un million ou 480 000 euros, selon les jours

Le 20 février 2026, BFMTV a annoncé l’arrivée de Sonia Mabrouk dans ses équipes. La chaîne appartient depuis 2024 à CMA Média, le pôle audiovisuel du groupe dirigé par Rodolphe Saadé, patron de l’armateur marseillais CMA CGM. Interrogée le jour même par Le Figaro, la journaliste a indiqué se réjouir de rejoindre les équipes de la chaîne. Sur les conditions financières, le communiqué n’a rien dit. La direction n’a rien ajouté depuis.

Le soir même, sur W9, Cyril Hanouna a avancé un montant dans « Tout beau tout n9uf », l’émission qu’il anime. Une rémunération annuelle « aux alentours d’un million d’euros ». L’animateur a précisé que BFMTV était « allé un peu plus loin dans le salaire » pour emporter la décision, soit environ 200 000 euros de plus que ce que percevait la journaliste dans le groupe Canal+, l’ensemble contrôlé par Vincent Bolloré auquel appartiennent CNews, Europe 1 et Le Journal du Dimanche.

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Quelques jours plus tard, dans « Touche pas à mon poste », l’autre émission qu’il présente, le même Cyril Hanouna a livré un calcul différent. Cette fois, 40 000 euros bruts par mois, versés sur douze mois, pour la seule antenne de BFMTV. L’animateur a évoqué une possible « rallonge », c’est-à-dire un complément versé si la journaliste devait travailler pour d’autres supports du groupe. La multiplication donne 480 000 euros. Les reprises de presse ont arrondi à 500 000.

La première version tient debout arithmétiquement. Les 800 000 euros que la presse attribue à son contrat chez Bolloré, augmentés des 200 000 euros supplémentaires évoqués sur W9, donnent le million annoncé. La seconde version, elle, situe la journaliste 320 000 euros en dessous de ce qu’elle gagnait avant. Le même homme a formulé les deux à quelques jours d’intervalle, sur deux antennes différentes, sans en retirer aucune.

Ni la direction de BFMTV ni Sonia Mabrouk n’ont validé l’une ou l’autre. Aucun contrat n’a été rendu public.

Le chiffre vient d’un animateur de W9

Cyril Hanouna a été, dans les deux cas, la source unique. Aucun autre média n’a produit de document, de témoignage direct ou de source interne à CMA Média venant étayer le million ou les 40 000 euros mensuels.

Les sites people ont repris l’antenne de W9 dans les heures qui ont suivi. La presse généraliste a repris les sites people. À chaque étape, la formulation s’est raffermie, passant de « selon Cyril Hanouna » à « le salaire annoncé d’un million d’euros par an », sans qu’un élément nouveau vienne s’ajouter au dossier. Le Parisien, en rapportant les réactions internes à BFMTV, a repris ce même montant sans le sourcer autrement.

BFMTV n’a pas démenti. Sonia Mabrouk non plus. Une partie de la presse a lu cette absence de réaction comme une confirmation implicite. Aucune chaîne d’information privée ne commente pourtant publiquement la rémunération de ses présentateurs vedettes, quel qu’en soit le montant.

Il manque toujours, à ce stade, un bulletin de paie, un contrat, une déclaration de la direction de CMA Média ou une confirmation de l’intéressée. Aucun des titres qui ont relayé le million n’a rendu publique une demande en ce sens.

Ce que le groupe Bolloré lui versait avant

Le Parisien et plusieurs autres titres ont avancé le chiffre de 800 000 euros par an pour son contrat précédent. Ce montant couvrait quatre activités distinctes : la présentation de « Midi News » sur CNews, l’interview politique de la matinale d’Europe 1, une collaboration au Journal du Dimanche et la direction de la collection « Pensée libre » chez Fayard.

Les 480 000 euros évoqués dans TPMP portent, eux, sur la seule antenne de BFMTV. Rapportés aux 800 000 euros précédents, ils représentent 60 % de son ancienne rémunération pour une seule des quatre activités qu’elle exerçait. La version à un million lui ferait gagner davantage qu’avant en ne faisant qu’un quart du travail.

Trois éléments de son parcours pèsent dans une négociation de ce niveau. D’abord une antériorité de dix-huit ans : entrée à Jeune Afrique en 2005 sous la direction de Béchir Ben Yahmed, repérée en 2008 par le journaliste Jean-Pierre Elkabbach qui la fait passer à Public Sénat, elle rejoint Europe 1 en 2013 puis CNews en 2017. Ensuite l’interview politique, exercice pour lequel les chaînes d’information paient le plus cher, qu’elle pratique quotidiennement depuis treize ans. Enfin un statut d’autrice, avec plusieurs essais publiés dont « Insoumission française » et « Reconquérir le sacré », qui prolonge sa notoriété hors antenne.

BFMTV recrute par ailleurs une présentatrice devenue, en 2008, la première journaliste tunisienne à présenter un journal télévisé sur une chaîne nationale française. Née le 17 décembre 1977 à Tunis, naturalisée française en 2010, elle a été identifiée pendant neuf ans aux antennes de Vincent Bolloré, avec le public qui va avec.

Interrogée en janvier 2026 sur ses revenus chez CNews, la journaliste avait refusé de donner un chiffre. Elle s’était bornée à indiquer qu’elle disposait d’un niveau de vie confortable, sans détailler sa fiche de paie.

La presse people cite, à titre indicatif, une fourchette de 10 000 à 25 000 euros bruts mensuels pour une présentatrice expérimentée cumulant plusieurs antennes sur une chaîne d’information privée. Cet ordre de grandeur n’a jamais été rapporté spécifiquement à son cas. À 40 000 euros par mois, elle se situerait à plus du double du haut de cette fourchette.

Elle a quitté CNews sans rien négocier

Le vendredi 6 février 2026, Sonia Mabrouk a transmis à l’Agence France-Presse un communiqué annonçant sa démission de CNews. Elle y dénonçait le maintien à l’antenne de Jean-Marc Morandini, condamné définitivement pour corruption de mineurs. Trois semaines de tensions internes avaient précédé cette décision.

Une semaine plus tard, le vendredi 13 février, elle a quitté Europe 1 par le même canal, invoquant un « souci de cohérence » avec sa décision précédente. En sept jours, elle avait renoncé aux deux principales sources de sa rémunération.

Dans un entretien à Paris Match, elle a précisé être partie sans compensation financière. « Je n’ai rien négocié, rien anticipé, rien calculé », a-t-elle déclaré, présentant l’affaire Morandini comme « un accélérateur » de son départ plutôt que comme sa cause unique. Une journaliste qui rompt son contrat sans indemnité se présente devant une chaîne concurrente sans employeur, mais avec un créneau libre.

BFMTV signait par ailleurs avec une présentatrice dont une émission venait d’être sanctionnée. Le 30 décembre 2025, l’Arcom, le régulateur de l’audiovisuel français, a publié au Journal officiel une décision mettant CNews en demeure, un avertissement formel qui expose la chaîne à une sanction en cas de récidive, pour deux séquences jugées incitatives à la discrimination. L’une d’elles avait été diffusée le 29 janvier 2025 dans « La Grande Interview », alors animée par Sonia Mabrouk. Le régulateur a relevé que les propos d’une invitée sur les auteurs d’attaques au couteau n’avaient « suscité aucune réaction de la part de l’animatrice ».

Selon Cyril Hanouna, les discussions avec BFMTV avaient commencé environ un an avant l’officialisation du 20 février. La chaîne aurait relancé son offre après un premier refus. L’Ojim, un site d’observation des médias, confirme ce refus initial et rappelle qu’elle avait écarté « une offre alléchante pour rejoindre BFMTV » avant de l’accepter. Une chaîne qui revient à la charge après un premier échec ne revient pas avec la même somme.

Ce que la chaîne paie : 490 heures de direct

Ce que BFMTV a obtenu en échange figure dans sa grille de rentrée 2026-2027, dévoilée le 13 août. Sonia Mabrouk y reçoit « 100% Mabrouk », un rendez-vous quotidien diffusé du dimanche au jeudi de 18h45 à 21h00. Le Monde retient un démarrage à 18h50.

Une interview politique d’une vingtaine de minutes ouvre à 19h30. Suit un débat quotidien, « Libre opinion », qui réunit des intervenants réguliers présentés par la chaîne comme des « caractères » : le sondeur Jérôme Sainte-Marie, l’avocate Caroline Mecary, l’essayiste Chloé Morin, l’écrivain Omar Youssef Souleimane. Le créneau retenu, celui de l’access prime time, la tranche qui précède la soirée entre 18 heures et 21 heures, concentre les plus fortes audiences de la journée sur les chaînes d’information.

Le carnet d’adresses entre aussi dans ce que la chaîne rémunère. Pour la première, lundi 24 août 2026, Sonia Mabrouk a réuni sur son plateau le député insoumis Alexis Corbière et l’eurodéputé Les Républicains François-Xavier Bellamy, puis reçu le député RN Jean-Philippe Tanguy et l’ancien Premier ministre François Bayrou. Quatre invités de premier rang le soir d’un lancement, ce qui se négocie rarement sans notoriété personnelle.

BFMTV présente le rendez-vous comme un « programme d’actualité, d’analyse et de débats », avec l’ambition de « faire dialoguer plutôt que s’affronter ». Le titre du programme, construit sur le patronyme de la présentatrice, a suscité des critiques avant la première diffusion. Interrogée par Le Parisien la veille de son retour à l’écran, la journaliste a évoqué son état d’esprit sans aborder la question de sa rémunération.

Le million qui a glacé la rédaction

Le Parisien a recueilli le témoignage d’un reporter de BFMTV, qui a qualifié de « glacial » l’accueil réservé à l’arrivée de la journaliste. Le même article fait état d’une « forme d’inquiétude voire même d’énervement chez certains » au sein des équipes.

Les témoignages rapportés par le quotidien placent le montant annoncé au premier rang des griefs, devant la ligne éditoriale de la nouvelle recrue. Le chiffre d’un million d’euros par an y revient comme élément déclencheur du malaise.

Des syndicats internes ont publiquement mis ce niveau de rémunération en regard des restrictions décidées dans la rédaction, où les embauches ont été réduites et les piges, les missions confiées aux journalistes indépendants et payées à la tâche, diminuées. Plusieurs titres de presse ont confirmé l’existence de cette tension. Les délégués négocient donc face à une somme livrée sur un plateau de W9, dont ils n’ont pas plus vérifié l’exactitude que les journalistes qui l’ont reprise.

Pourquoi Rodolphe Saadé peut mettre ce prix

Médiamétrie, l’institut qui mesure les audiences de la télévision française, a publié le 3 août 2026 les résultats de juillet. BFMTV domine le marché des chaînes d’information en continu pour le cinquième mois consécutif, avec 3,2 % de part d’audience, soit un peu plus de trois téléspectateurs sur cent devant leur poste. Sa progression atteint 0,3 point sur un mois et 0,5 point sur un an.

LCI a pris la deuxième place avec 2,7 %, en hausse de 0,7 point sur un an. CNews recule à 2,4 %, soit 0,7 point de moins qu’un an plus tôt et 0,4 point de moins qu’en juin. Les Échos ont relevé que BFMTV n’avait pas creusé un tel écart avec sa première concurrente depuis trois ans.

Rodolphe Saadé signe donc le contrat le plus commenté du marché alors que sa chaîne mène depuis cinq mois. Il paie pour verrouiller un créneau qu’il tient déjà, en recrutant une présentatrice dont les téléspectateurs regardent aujourd’hui CNews, la seule des trois chaînes à perdre de l’audience.

Sur ce créneau du soir, Sonia Mabrouk affronte Christine Kelly puis Pascal Praud sur CNews, David Pujadas et Darius Rochebin sur LCI, cinq soirs par semaine. Entre la première et la troisième chaîne du marché, l’écart s’établissait en juillet à 0,8 point d’audience.

Médiamétrie publiera les résultats de septembre au début du mois d’octobre. À un million comme à 480 000 euros par an, le prix du dixième de point gagné par « 100% Mabrouk » deviendra alors calculable, à défaut du salaire lui-même.

Précisions de la rédaction

Les montants cités proviennent de déclarations publiques de Cyril Hanouna sur les antennes de W9 et de C8, reprises ensuite par la presse. Ce sont des estimations journalistiques, non des faits établis : aucun contrat ni document comptable n'a été consulté, et ni BFMTV, ni CMA Média, ni Sonia Mabrouk ne les ont confirmés.

Les citations de la journaliste sont extraites de ses communiqués à l'AFP et d'entretiens accordés à Paris Match et au Parisien. M. Jean-Marc Morandini n'est cité que parce que Sonia Mabrouk a invoqué son cas pour justifier sa démission, dans un communiqué transmis à l'AFP le 6 février 2026.

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