Combien gagne Michel-Edouard Leclerc ?

Combien gagne vraiment Michel-Édouard Leclerc ? Entre 1,5 million d'euros de dividendes et un impôt de 270 000 euros déclaré, l'enquête sur ses revenus réels.

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Aucun autre patron de la grande distribution française ne s’exprime aussi souvent sur le porte-monnaie des Français. Aucun, non plus, n’a construit un montage financier personnel aussi singulier pour organiser ses propres revenus. Entre les comptes déposés au greffe et les chiffres qu’il avance lui-même, un écart demeure. Voici ce qu’il est possible d’établir sur l’homme et sur son argent.

Le mot qu’il ne dément plus

« Je n’exclus pas l’idée d’être candidat à la présidentielle. » La phrase, prononcée par Michel-Édouard Leclerc sur CNews le 14 juin 2026, n’a rien d’un dérapage isolé. Trois semaines plus tard, les 5 et 6 juillet, il revient sur le sujet sur BFMTV et RMC. Entre les deux, le 16 juin, l’institut IFOP-Fiducial le classe pour le cinquième mois consécutif en tête des personnalités préférées des Français, avec 53% de bonnes opinions pour Sud Radio et Paris Match, deux points de plus qu’en mai.

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L’homme est partout. Le 30 juin, sur RTL, il promet que le prix des fournitures scolaires « ne sera pas impacté » à la rentrée. Le 2 juillet, il annonce le retour d’une opération carburant à prix coûtant et un tarif de recharge électrique à 19 centimes le kilowattheure. Le 3 juillet, il commente sur TF1 les tendances de consommation et l’impact de la canicule sur les départs en vacances. Le 6 juillet, son enseigne dévoile un plan d’investissement de 2,3 milliards d’euros dans la transition écologique d’ici 2030.

Un homme aussi présent dans le débat sur le pouvoir d’achat, et désormais candidat potentiel à la présidence de la République, n’a pourtant jamais eu à détailler son propre statut comme le ferait un dirigeant coté en Bourse. Combien gagne-t-il, lui, et à quel titre ?

Un statut construit sur mesure

Michel-Édouard Leclerc est né le 25 mai 1952 à Landerneau, dans le Finistère. Il a 74 ans. Cette date fait débat : plusieurs sources secondaires, dont Wikipedia en anglais ou le magazine Gala, indiquent le 23 mai. Le site personnel de MEL et la biographie officielle du mouvement E.Leclerc retiennent le 25.

Il n’est pas salarié. « Je ne suis plus salarié du mouvement depuis 2015, date à laquelle j’ai créé ma propre structure », a-t-il déclaré à Challenges en décembre 2024. La rupture est nette, mais le processus qui y mène est plus ancien. Dès 2012, il se désengage des comités opérationnels du groupe, Scamark, Siplec, Galec, sans pour autant quitter son statut de salarié, qu’il conserve encore trois ans.

Aujourd’hui, son titre est celui de président du comité stratégique des centres E.Leclerc. Cet organe débat des grandes orientations du mouvement, sans pouvoir de direction opérationnelle. Dans un message adressé à l’AFP en octobre 2024, MEL décrit lui-même sa fonction comme celle d’un « influenceur, fédérateur, animateur du réseau et bien sûr représentant de l’enseigne auprès des institutions, de la presse et du public ».

Une fortune qui vient d’ailleurs

La marque Leclerc a changé de mains fin 2003. Édouard Leclerc, le père de Michel-Édouard, cède alors le nom et l’ensemble de ses dérivés à l’ACDLec, l’association des centres distributeurs. Le montant de la transaction est estimé à 120 millions d’euros par LSA, cité par Le Monde en janvier 2004 ; Linéaires évoque, le même mois, un chiffre légèrement inférieur, 115 millions.

Plusieurs récits médiatiques présentent pourtant Michel-Édouard Leclerc et ses sœurs comme les vendeurs de la marque. Les sources primaires de l’époque, Le Monde et LSA en janvier 2004, désignent le père comme signataire de la cession. Les enfants n’en deviennent bénéficiaires que par succession, après la mort d’Édouard Leclerc, survenue le 18 septembre 2012.

Deux patrimoines coexistent donc chez Michel-Édouard Leclerc. Le premier vient d’une transaction conclue par son père en 2003. Le second provient de l’activité de conseil qu’il facture aujourd’hui, via sa propre société, au mouvement qu’il représente.

Trois sociétés, un seul homme

Trois sociétés organisent aujourd’hui les revenus personnels de Michel-Édouard Leclerc. MEL SDC facture au mouvement E.Leclerc des prestations de conseil en stratégie et communication. MEL Usines, société qui gère son patrimoine personnel et dont il est l’actionnaire unique, reçoit les bénéfices remontés depuis MEL SDC sous forme de dividendes, avant de lui en reverser une partie à titre personnel. MEL Compagnie des Arts gère quant à elle ses investissements dans l’art, estampes et planches originales.

Les comptes de MEL SDC, déposés au greffe en avril 2026 pour les exercices clos au 30 juin 2024 et au 30 juin 2025, permettent de reconstituer une trajectoire précise. En 2022, la société affiche 5,392 millions d’euros de chiffre d’affaires et 2,493 millions de résultat net. En 2023, ces chiffres évoluent peu : 5,387 millions de chiffre d’affaires, mais un résultat net record à 2,517 millions, selon Challenges. En 2024, le chiffre d’affaires grimpe à 5,490 millions, pour un résultat net de 2,480 millions. En 2025, il atteint 5,530 millions, avec un résultat net de 2,460 millions.

La formule souvent reprise dans la presse, un chiffre d’affaires « stable à 5,4 millions depuis 2015 », ne résiste pas à ces données. Sur trois ans, la progression est de 2,6%. Lente, continue, mais réelle.

MEL Usines, elle, affiche un résultat net de 2,17 millions d’euros en 2023, puis 1,94 million en 2024. Ses réserves atteignaient 13,66 millions d’euros à la mi-2023. C’est cette structure qui verse à Michel-Édouard Leclerc ses dividendes personnels : 1,5 million d’euros par an, pour les exercices 2022 et 2023. Pour 2024 et 2025, en revanche, le montant distribué reste introuvable dans les sources publiques consultées.

Le chiffre d’affaires de MEL Compagnie des Arts ne dépasse pas 275 500 euros sur l’exercice 2022-2023, en hausse de 23%. MEL Usines lui verse chaque année une subvention d’équilibre de 332 000 euros, et son résultat net reste légèrement négatif selon les exercices, entre -58 et -1 410 euros. La structure sert avant tout à financer la collection d’art personnelle de Michel-Édouard Leclerc.

Ce qu’il en dit lui-même

Face à France Info, en avril 2024, Michel-Édouard Leclerc a livré sa propre version des choses. « Je ne suis plus salarié, donc c’est plus des dividendes de mes entreprises que je touche », a-t-il indiqué. Il chiffre lui-même son imposition. « Sur les cinq dernières années, j’ai payé en moyenne 39 000 euros d’IFI, l’impôt sur la fortune immobilière, et 270 000 euros d’impôt sur le revenu. Je gagne quelques centaines de milliers d’euros par an, ce qui est beaucoup par rapport au commun des mortels », a-t-il déclaré.

Le consultant Cédric Ducrocq, du cabinet Diamart, avance un chiffre différent : un impôt sur le revenu annuel compris entre 200 000 et 250 000 euros, dans des propos rapportés par Challenges en avril 2024. L’écart avec la déclaration de MEL n’est pas négligeable, même s’il reste dans un ordre de grandeur voisin.

Le patrimoine immobilier déclaré à l’IFI s’élève à environ 5 millions d’euros, sur la base de 2022. Il comprend le manoir familial de La Haye, dans le Finistère, classé aux Monuments historiques. À cela s’ajoute une collection de plus de 8 000 planches de bande dessinée originales, Moebius, Bilal, Pratt, estimée entre 10 et 12 millions d’euros, dont une partie a été prêtée au Centre Pompidou en 2024.

Michel-Édouard Leclerc affirme ne pas figurer parmi les mille plus grandes fortunes françaises. Il dit ne posséder « ni jets ni bateaux ».

Ce qu’on touche chez Bompard, ce qu’on ignore chez Leclerc

Alexandre Bompard, PDG de Carrefour, a perçu 3,37 millions d’euros au titre de l’exercice 2024, fixe et variable confondus. L’assemblée générale de mai 2025 a approuvé cette rémunération à 61% des voix. En intégrant le plan d’actions de long terme, le total grimpe à environ 7,275 millions d’euros, selon Remunerations.fr.

L’assemblée générale du 23 mai 2026 approuve pour Bompard une rémunération de 3,5 millions d’euros au titre de l’exercice 2025, à laquelle s’ajouteront, sous conditions de performance, des actions valorisées jusqu’à 5,6 millions d’euros. Le même jour, les actionnaires reconduisent son mandat de PDG pour trois ans.

Le ratio entre la rémunération du PDG et celle du salarié médian atteint 361 pour 1 chez Carrefour en 2024, selon un rapport publié par Oxfam France et La Relève et la Peste en juin 2026. Aucun ratio équivalent n’existe chez Leclerc, l’enseigne n’étant pas cotée en Bourse.

« Je ne suis pas en Bourse, je ne suis pas un investisseur », a déclaré Michel-Édouard Leclerc, propos repris par L’Essentiel de l’Éco en novembre 2025. Intermarché et Système U, deux autres enseignes non cotées du secteur, ne publient aucune donnée équivalente sur la rémunération de leurs dirigeants. Leclerc reste, parmi les trois, le seul à avoir accepté de s’expliquer publiquement, même partiellement.

Contesté jusque dans ses propres magasins

En décembre 2022, la CGT et la CFDT appellent à une grève nationale dans les magasins Leclerc, réclamant une hausse de salaire de 10%. Des syndicalistes dénoncent alors l’écart entre les dividendes personnels touchés par le patron du réseau et les fiches de paie de ses employés : une salariée avec 27 ans d’ancienneté ne touchait, selon eux, que 19 centimes de plus que le SMIC.

Au magasin de Montbéliard, des salariés ont saisi les prud’hommes. Leur reproche : la non-application d’une charte censée organiser le partage de 25% des bénéfices du magasin avec les équipes, un partage local, distinct du circuit de facturation qui alimente, lui, les dividendes personnels de Michel-Édouard Leclerc.

En février 2026, la Nouvelle Vie Ouvrière, publication de la CGT, revient à la charge. Elle publie un texte intitulé « Michel-Édouard Leclerc : bilan social et jeu avec la presse », qui met en cause les pratiques sociales dans le réseau des franchisés, en plein climat de rumeurs sur une candidature présidentielle.

Michel-Édouard Leclerc situe sa position à distance des grands noms du CAC 40. Il évoque des « niveaux indécents » de rémunération chez d’autres patrons, sans jamais préciser où se situe, sur cette échelle, son propre million et demi d’euros de dividendes annuels. Il a par ailleurs déclaré à France Info mener « une vie très confortable ».

Les données relatives aux revenus, cachets ou rémunérations citées dans cet article proviennent de sources publiques : déclarations des intéressés ou de leurs représentants, articles de presse, ouvrages publiés, ou estimations émanant de tiers. Elles sont reproduites à titre indicatif et peuvent, selon les cas, être approximatives, partielles, ou ne plus correspondre à la situation actuelle au moment de la lecture. Ces éléments ne constituent ni une expertise comptable ni une évaluation juridique certifiée. Toute personne citée souhaitant faire valoir une rectification peut contacter la rédaction à l'adresse suivante : redaction @ lessentieldeleco.fr


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