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La transparence de la vie publique a ses instruments et ses limites. Les déclarations obligatoires déposées à la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique documentent les revenus des élus avec une précision arithmétique, mais elles n’expliquent rien. Pour un parlementaire dont la visibilité institutionnelle ne cesse de croître, une composante de ses revenus officiels a disparu des radars en 2025. La question posée par ce chiffre n’a pas, pour l’instant, de réponse publique.
Sébastien Chenu mouillait son doigt pour tourner les pages. Ce geste, capté par les caméras de Quotidien le 1er octobre 2025, a circulé sur les réseaux sociaux comme une image de retour triomphal. Le député RN du Nord venait d’être réélu vice-président de l’Assemblée nationale, un poste qu’il avait déjà occupé deux ans plus tôt. Ce que personne ne regardait ce jour-là, c’est ce que disait en parallèle sa déclaration déposée à la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique, l’organisme public chargé de recueillir et de publier les revenus et le patrimoine de tous les élus.
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Pour Sébastien Chenu, la déclaration modificative déposée à la HATVP le 3 février 2025 comporte une ligne qui retient l’attention. Au titre de son mandat de conseiller régional des Hauts-de-France, l’élu a déclaré 0 € net perçu en 2025. En 2023, la même ligne affichait 21 311 €.
Ce retour à la vice-présidence du Palais Bourbon s’est joué dès le premier tour de scrutin, le 1er octobre 2025. Chenu a réuni 341 voix, devançant de justesse sa colistière Hélène Laporte (340 voix). Ce poste ouvre droit à une indemnité supplémentaire de 1 099,79 € brut par mois, en sus des 7 637,39 € bruts mensuels perçus par tout député. Sa rémunération institutionnelle visible progressait donc. Mais une autre, plus discrète, s’effaçait, et le mécanisme légal qui régit le cumul des mandats explique peut-être pourquoi.
7 637 € bruts, pas un centime de plus sans règles
Le régime indemnitaire des parlementaires ne laisse rien au hasard. L’indemnité de base d’un député se décompose en trois éléments : l’indemnité principale, une indemnité de résidence à 3% et une indemnité de fonction à 25%, soit 7 637,39 € brut au total, ramené à 5 953,34 € net après déduction des cotisations obligatoires, caisse de pensions incluse.
Un député qui cumule un mandat local peut percevoir des indemnités supplémentaires au titre de ce second mandat. Mais la loi organique de 1992, une loi de rang supérieur qui encadre le fonctionnement des institutions, plafonne la somme globale à une fois et demie l’indemnité parlementaire de base, soit environ 8 434 €. Au-delà, l’écrêtement s’applique : le mécanisme par lequel le surplus est automatiquement reversé au budget de l’État, sans que l’élu puisse y déroger. Chenu n’en est pas le seul concerné, mais il en est, sur la période 2021-2025, l’un des cas les plus documentés.
La Dotation de fonctionnement parlementaire ne figure pas dans ces calculs. Elle atteint 7 238,04 € par mois depuis janvier 2026, uniquement destinée aux dépenses professionnelles, frais de permanence, déplacements, équipement, et non versable à titre personnel. Le crédit collaborateur, 11 463 €/mois, obéit aux mêmes règles. Ces sommes ne sont pas des revenus. Ce cadre posé, les chiffres déclarés par Chenu sur cinq ans prennent un relief particulier.
De 21 000 € à zéro en deux ans
Les déclarations HATVP de Chenu dessinent une courbe régulière, puis une rupture. En 2021, première année de son mandat de conseiller régional, il perçoit 15 772 € net au titre de ce poste. En 2022 : 20 795 €. En 2023 : 21 311 €. Puis, en 2024, la somme tombe à 10 655 €. En 2025 : zéro.
La chute de 2024 coïncide avec la dissolution de l’Assemblée nationale décidée par Emmanuel Macron le 9 juin 2024 : le mandat de Chenu a expiré à cette date, avant qu’il soit réélu député le 30 juin 2024. Durant cette interruption, son statut de parlementaire a été suspendu, modifiant mécaniquement le calcul de l’écrêtement. Mais cet épisode ne suffit pas à expliquer la nullité déclarée pour l’année 2025 entière, une année au cours de laquelle Chenu était bien en fonction, à la fois comme député et comme conseiller régional. Ce que la déclaration acte sans en livrer la raison laisse trois issues ouvertes.
Écrêtement, renoncement ou départ ?
Trois explications mécaniquement possibles coexistent sans qu’aucune puisse être vérifiée. La première : l’écrêtement légal a absorbé l’intégralité de l’indemnité régionale. Avec le retour à la vice-présidence de l’AN en octobre 2025, l’indemnité totale dépasserait le plafond de 8 434 €, forçant le reversement de la totalité du supplément régional. Ce scénario est cohérent avec les trois derniers mois de 2025, mais ne couvre pas l’année entière.
La deuxième explication : une renonciation volontaire à l’indemnité régionale. Cette pratique existe. Elle n’est pas obligatoire. Aucune déclaration publique de Chenu n’a été identifiée sur ce point.
La troisième : une cessation effective du mandat régional, totale ou partielle. La page Facebook officielle de Chenu, consultée en juillet 2026, le présente toujours comme « président délégué du groupe RN au Conseil régional des Hauts-de-France ». Ce titre ne tranche pas la question indemnitaire. Ni la HATVP ni les services de l’Assemblée nationale ne commentent les déclarations individuelles. Et les données qui permettraient de vérifier l’une ou l’autre hypothèse ne sont pas, à ce jour, accessibles en ligne.
Déclaré public, lisible seulement à Lille
Les déclarations HATVP disponibles en open data ne couvrent pas les revenus de la législature en cours, celle qui court depuis le 1er juillet 2024. La Haute Autorité avait annoncé leur publication au cours du second semestre 2025 ; leur mise en ligne n’a pas pu être confirmée lors de la préparation de cet article.
Le titre de « président délégué du groupe RN à l’Assemblée nationale », que revendique Chenu sur ses supports officiels, pose une question supplémentaire : cette fonction interne au groupe parlementaire ouvre-t-elle droit à une indemnité complémentaire, distincte de celle de vice-président de l’AN ? Aucune source ne le confirme.
La déclaration de situation patrimoniale de Chenu pour 2025, le document qui récapitule l’ensemble de son patrimoine immobilier, de ses comptes et de ses placements, a été déposée à la HATVP le 9 septembre 2025. Elle est un document public. Pour la consulter, il faut se rendre physiquement en préfecture du Nord, à Lille, sur rendez-vous.
Les informations relatives aux revenus, patrimoine ou rémunérations mentionnées dans cet article sont issues de sources publiques (déclarations fiscales rendues publiques, rapports officiels, estimations de tiers, déclarations des intéressés eux-mêmes ou de leurs représentants, ainsi que de publications et articles de presse). Ces données sont fournies à titre informatif et peuvent être approximatives, incomplètes ou ne plus refléter la situation actuelle à la date de lecture. Elles ne constituent en aucun cas une évaluation comptable ou juridique certifiée. Toute personne concernée qui souhaiterait apporter un correctif peut contacter la rédaction à l’adresse suivante : redaction @ lessentieldeleco.fr


