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- 920 euros, et pas un euro d’impôt sur le revenu
- Pourquoi Eurostat écrit 1 073 et Lisbonne 920
- 1 073 euros, exactement comme la Grèce
- Ce que valent 5,7 % de hausse face à 3,0 % d’inflation
- Aux Açores, le minimum grimpe à 966 euros
- 1 050 euros, le contre-chiffre de la CGTP
- Cinquante euros par an jusqu’en 2028
- À Lisbonne, 818,80 euros ne paient pas un studio
À Lisbonne, la location d’un studio en périphérie commence à 930 euros par mois. Un salarié payé au minimum légal portugais n’en gagne pas autant. Huit pays européens sur vingt-neuf ont relevé leur plancher salarial au premier semestre, le Portugal n’en fait pas partie, quand l’INE mesurait encore 3,0 % d’inflation en juillet. La CGTP, qui a refusé de signer l’accord de revenus, réclame 1 050 euros.
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920 euros, et pas un euro d’impôt sur le revenu
Le salaire minimum portugais s’élève à 920 euros bruts par mois en 2026. Le Décret-Loi n° 139/2025 du 29 décembre 2025, publié au Diário da República, l’a fixé à ce niveau à compter du 1er janvier. Le texte lui donne son nom officiel, Retribuição Mínima Mensal Garantida, la RMMG, et le réserve au Portugal continental.
Ce montant tombe quatorze fois dans l’année. Aux douze mois de salaire de base s’ajoutent le subside de vacances et le subside de Noël, l’un et l’autre inscrits au Code du travail et dus par l’employeur sans marge d’appréciation. Le revenu annuel brut atteint donc 12 880 euros. À l’heure travaillée, le minimum légal s’établit à 5,31 euros bruts pour un temps plein.
Sur le compte en banque, un salarié au minimum légal encaisse environ 818,80 euros par mois. Une seule ligne réduit son brut, la cotisation de Sécurité sociale, au taux de 11 %. L’IRS, l’impôt sur le revenu portugais, n’est pas prélevé à ce niveau de rémunération. Entre le brut et le net, 101,20 euros de différence.
Sur un an, le montant a gagné 50 euros, soit 5,7 %.
Pourquoi Eurostat écrit 1 073 et Lisbonne 920
Eurostat retient pour le Portugal un montant de 1 073 euros bruts mensuels. L’office statistique de l’Union européenne ramène chaque salaire minimum national à un équivalent douze mois, quel que soit le nombre de versements prévu par le droit local.
Les 12 880 euros annuels, divisés par douze, donnent 1 073 euros. Sur sa fiche de paie, le salarié lit toujours 920 euros, sauf les mois où s’ajoutent les deux subsides.
L’Espagne verse elle aussi son salaire minimum sur quatorze mois et subit le même retraitement dans les tableaux d’Eurostat. Les 153 euros qui séparent les deux chiffres portugais ne correspondent à aucun euro supplémentaire versé à un salarié de Porto ou de Setúbal.
1 073 euros, exactement comme la Grèce
Euronews Business a publié début août 2026 un classement fondé sur les données Eurostat du premier semestre. Le Portugal y occupe le sixième rang d’un groupe intermédiaire de huit pays, à 1 073 euros bruts en équivalent douze mois.
| Pays | Salaire minimum brut (équiv. 12 mois, mi-2026) |
|---|---|
| Slovénie | 1 482 € |
| Espagne | 1 425 € |
| Lituanie | 1 153 € |
| Pologne | 1 119 € |
| Chypre | 1 088 € |
| Portugal | 1 073 € |
| Grèce | 1 073 € |
| Croatie | 1 050 € |
La Grèce affiche le même montant, à l’euro près. Athènes et Lisbonne, sorties l’une et l’autre de programmes d’assistance financière au cours de la décennie précédente, versent aujourd’hui à leurs salariés les moins payés exactement la même somme.
Madrid verse 1 425 euros, soit 352 euros de plus chaque mois pour une économie voisine. La Slovénie mène ce groupe avec 1 482 euros, la Croatie le ferme avec 1 050 euros.
En France, le SMIC atteint 1 867,02 euros bruts mensuels, soit 12,31 euros de l’heure. Deux revalorisations l’ont porté à ce niveau en 2026, une hausse réglementaire au 1er janvier puis un relèvement automatique de 2,41 % au 1er juin, déclenché par la progression des prix de l’énergie. Un smicard français touche 794 euros de plus par mois que son homologue portugais, en équivalent douze mois.
Ce que valent 5,7 % de hausse face à 3,0 % d’inflation
Les 920 euros n’ont pas bougé depuis le 1er janvier. Huit pays sur les vingt-neuf suivis par Euronews Business ont relevé leur salaire minimum brut entre janvier et juillet 2026, le Portugal ne figure pas parmi eux. Sur la même période, l’inflation moyenne de la zone euro a dépassé 3 %.
L’Institut national de statistique portugais, l’INE, a diffusé le 12 août son communiqué définitif sur les prix de juillet. L’indice annuel s’y établit à 3,0 %, en repli de 0,2 point sur les 3,2 % de juin, ce qui confirme l’estimation rapide de fin juillet. Les transports et la restauration-hébergement pèsent le plus lourd dans cette hausse, aux côtés des produits alimentaires et boissons non alcoolisées, trois postes que le budget d’un salarié à 818,80 euros nets ne comprime pas facilement. L’information-communication et l’habillement-chaussures ont tiré l’indice en sens inverse.
L’inflation sous-jacente, calculée hors énergie et produits alimentaires non transformés, est passée de 2,5 % en juin à 2,6 % en juillet. Elle progresse quand l’indice global recule. Les prix de l’énergie ont ralenti à +8,7 % sur un an, contre +9,1 % le mois précédent, et ceux des produits alimentaires non transformés à +3,7 %, contre +5,1 %. L’IHPC, indice harmonisé qui sert aux comparaisons entre États membres, atteint 2,7 % sur un an en juillet, contre 2,5 % en juin.
Les 5,7 % accordés sur les 920 euros restent supérieurs aux 3,0 % mesurés en juillet. Les négociateurs de 2024 avaient toutefois arbitré ce montant sur une prévision d’inflation proche de 2 %, soit un point de moins que le chiffre publié par l’INE le 12 août.
Aux Açores, le minimum grimpe à 966 euros
Le Portugal applique quatre salaires minimaux distincts sur son territoire. Aux Açores, le plancher régional atteint 966 euros bruts en 2026, une loi régionale majorant automatiquement de 5 % le montant du continent. À Madère, le Décret législatif régional n° 1/2026/M du 3 février 2026 fixe le minimum à 980 euros, soit 60 euros de plus qu’à Porto ou à Braga.
La fonction publique dispose de son propre plancher, la Base Remuneratória da Administração Pública, la BRAP. Le Decreto-Lei n° 29-A/2026 du 30 janvier 2026 l’a portée de 878,41 euros en 2025 à 934,99 euros, soit 6,44 % de hausse, contre 5,7 % dans le privé. Le texte reprend un Acordo Plurianual signé le 21 janvier 2026 entre le gouvernement et deux fédérations de fonctionnaires, la Fesap et le STE. L’augmentation a pris effet rétroactivement au 1er janvier, mais les agents ne l’ont vue sur leur bulletin qu’à partir du 20 février 2026.
Le privé dépend d’une concertation tripartite renégociée chaque année, la fonction publique d’un accord pluriannuel conclu avec ses propres syndicats. Deux calendriers, et 14,99 euros d’écart entre les deux fiches de paie.
1 050 euros, le contre-chiffre de la CGTP
La CGTP-IN réclame le passage immédiat du salaire minimum à 1 050 euros dès 2026, soit 130 euros au-dessus des 920 euros en vigueur. La centrale, l’une des deux grandes confédérations syndicales portugaises avec l’UGT, a diffusé cette revendication dans un communiqué officiel le 24 juillet 2026, rapporté le même jour par Rádio Renascença, Dinheiro Vivo et Expresso. L’objectif de 970 euros inscrit par le gouvernement pour 2027 y est qualifié d’« insuffisant ». La CGTP a également indiqué demander une hausse d’au moins 15 % pour tous les salaires non révisés dans l’année, avec un plancher de 150 euros.
Ce chiffre de 1 050 euros s’oppose à un accord que la centrale n’a pas signé. Le gouvernement, l’UGT et les organisations patronales ont conclu seuls la concertation sociale dont procède le Décret-Loi n° 139/2025, texte qui renvoie à « l’accord conclu en concertation sociale dès 2024 », formule que le Décret-Loi n° 29-A/2026 reprend mot pour mot en le citant.
Les 1 050 euros demandés dépasseraient de 84 euros le plancher açorien et de 80 euros le montant que l’exécutif prévoit pour l’année suivante.
Cinquante euros par an jusqu’en 2028
Le Décret-Loi n° 139/2025 fixe aussi les étapes suivantes. Il programme 50 euros de hausse par an jusqu’en 2028, année où le salaire minimum portugais atteindrait 1 020 euros. Entre 2024, où il s’élevait à 820 euros, et 2026, le montant a progressé de 12,1 %.
En France, le SMIC est relevé automatiquement dès qu’un seuil légal d’inflation est franchi, ce qui a produit la hausse de 2,41 % du 1er juin 2026, hors de toute décision gouvernementale. Le droit portugais ne prévoit aucun mécanisme de cette nature. L’article 273 du Code du travail impose une fixation par décret-loi annuel, à l’issue d’une concertation tripartite entre gouvernement, syndicats et patronat.
Faute de clause d’indexation, les 920 euros n’ont pas bougé pendant que l’IHPC portugais remontait de 2,5 % à 2,7 % entre juin et juillet. Le prochain montant sera publié en fin d’année, celui de 2026 étant paru le 29 décembre 2025.
À Lisbonne, 818,80 euros ne paient pas un studio
Dans le centre de Lisbonne, un T1, autrement dit un studio, se loue entre 1 210 et 1 367 euros par mois. En périphérie, la fourchette descend entre 930 et 1 023 euros. Un T2 en centre-ville se négocie entre 1 700 et 2 400 euros.
Le studio le moins cher de la couronne lisboète, à 930 euros, dépasse de 111 euros la totalité du revenu mensuel net d’un salarié au minimum légal. Les 818,80 euros ne couvrent aucune des fourchettes relevées, y compris la plus basse.
Le visa numérique D8, ouvert aux travailleurs à distance étrangers, exige du demandeur principal 3 680 euros de revenus mensuels, un seuil confirmé à l’identique par cinq sources spécialisées indépendantes. Le barème ajoute 460 euros pour un conjoint et 276 euros par enfant à charge. Ces 3 680 euros valent quatre fois les 920 euros du salaire minimum national.
L’État portugais réclame donc d’un résident étranger non salarié quatre fois le revenu qu’il garantit à ses propres travailleurs. Ces 3 680 euros, versés par des employeurs américains, allemands ou britanniques, se portent sur le même marché locatif lisboète que les 818,80 euros nets du minimum légal.


