Valeurs Actuelles entre à l’antenne de France Inter

La direction de France Inter maintient la chronique dominicale confiée à un dirigeant de Valeurs actuelles, malgré l'opposition de sa rédaction.

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Le 16 janvier 2024, la justice a définitivement condamné le directeur de la publication de Valeurs actuelles pour injure raciste envers une députée. Deux ans et demi plus tard, France Inter a recruté le numéro deux de la rédaction de l’hebdomadaire pour tenir son édito politique du dimanche matin. Les journalistes de la station en ont réclamé l’arrêt ; leur directrice l’a maintenu.

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7 h 42 : la station publique ouvre son édito

Charles Sapin, directeur adjoint de la rédaction de Valeurs actuelles, a pris l’antenne de France Inter ce dimanche 30 août 2026 à 7 h 42, dans la matinale du week-end animée par Eva Roque.

La nouvelle grille de rentrée de la station est entrée en vigueur le lundi 24 août. Deux jours plus tard, la directrice de France Inter, Céline Pigalle, annonçait son recrutement à la rédaction. Quatre jours séparent cette annonce interne de la première diffusion.

Céline Pigalle a porté l’annonce elle-même. Ni la direction des programmes ni un chef de service n’ont servi d’intermédiaire.

France Inter appartient à Radio France, groupe public financé par l’État et tenu par la loi d’assurer le pluralisme de l’expression sur ses antennes.

Les rédactions qui ont rendu compte du dispositif n’en donnent pas la même composition. Le Figaro décrit « un panel d’éditorialistes politiques et économiques où toutes les tendances seront représentées », organisé en duos alternant chaque jour du week-end : Anne Rosencher (L’Express) et Christian Chavagneux (Alternatives économiques) le vendredi, Camille Vigogne Le Coat (Nouvel Obs) et Béatrice Mathieu (L’Express) le samedi, Charles Sapin et Leila Abboud (Financial Times) le dimanche. Le Parisien et Libération n’en recensent que trois, un par jour de week-end. Le nom de Charles Sapin figure dans les deux listes, au même créneau.

Ce que la rédaction reproche à sa directrice

La société des journalistes de France Inter a demandé le retrait de la chronique le samedi 29 août, selon des dépêches reprises par Ouest-France et Le Monde. « Confier une mission d’éditorialisation sur notre antenne au représentant d’un média condamné notamment pour injures racistes est une ligne rouge », a-t-elle indiqué.

Une société des journalistes, ou SDJ, réunit les journalistes d’une rédaction, syndiqués ou non, pour prendre position sur les questions éditoriales. Elle ne dispose d’aucun pouvoir de décision. Ceux que dirige Céline Pigalle contestent donc collectivement une décision qu’elle leur a annoncée trois jours plus tôt.

Deux syndicats s’étaient exprimés avant eux. Le SNJ-CGT de Radio France a dénoncé une « ligne rouge inacceptable » et estimé qu’un cadre d’un « organe de l’extrême droite multicondamné » n’avait pas sa place sur l’antenne publique. Le Syndicat national des journalistes, première organisation de la profession, a également demandé le retrait.

Aucun des trois textes ne réclame un contradicteur ou un droit de réponse. Tous demandent que la chronique quitte la grille du dimanche, ce qui laisse à Céline Pigalle deux réponses possibles et aucune intermédiaire.

La SDJ vise « le représentant » d’un média condamné, le SNJ-CGT « un cadre » d’un organe de presse. Aucun des trois textes ne cite un article signé par Charles Sapin.

Céline Pigalle invoque le pluralisme

La direction de France Inter dit vouloir « organiser la conversation entre toutes les opinions » et présente le panel du week-end comme une réponse à un enjeu de « pluralisme », qu’elle juge « d’autant plus important en année présidentielle ».

Sur Charles Sapin lui-même, elle avance un argument de métier. Il est, selon elle, « un journaliste politique reconnu par ses pairs ». Céline Pigalle place ainsi le débat sur le professionnel, là où la SDJ le place sur l’employeur.

La direction assure enfin détenir « la garantie absolue qu’aucun propos discriminant ou dérapage ne sera toléré à l’antenne ». Elle s’engage donc sur ce qui sera dit chaque dimanche à 7 h 42. Les journalistes, eux, contestent l’attribution du créneau.

Les deux camps invoquent la même échéance. Céline Pigalle fait de la présidentielle la raison d’élargir l’éventail des voix ; Charles Sapin, en arrivant à Valeurs actuelles, en avait fait l’horizon de son engagement dans l’hebdomadaire.

Directeur adjoint de « VA », éditorialiste d’Inter

Charles Sapin dirige la rédaction de Valeurs actuelles aux côtés de Tugdual Denis depuis cet été. Il tient depuis ce dimanche l’édito politique de France Inter. Le même homme choisit chaque semaine la ligne d’un hebdomadaire et commente l’actualité sur une antenne publique.

Il a travaillé au Figaro, puis au Point, avant de rejoindre l’hebdomadaire. Il suit le Rassemblement national et les droites radicales, spécialité que recherche une antenne en quête d’un éditorialiste politique à l’approche du scrutin.

Quelques semaines séparent son entrée à la direction de Valeurs actuelles de son recrutement par le service public. Le SNJ-CGT et la SDJ datent de ce passage leur opposition à la chronique.

Charles Sapin récuse le qualificatif d’« extrême droite » appliqué au titre qu’il codirige et lui préfère celui de « nationaliste ». Le SNJ-CGT fonde précisément sa demande de retrait sur le premier de ces deux mots.

Sur X, lors de sa nomination, il s’est dit « fier » d’épauler Tugdual Denis « à l’orée de cette présidentielle décisive ». Le message est antérieur à son recrutement par France Inter et ne le mentionne pas.

Le titre qu’Inter fait entrer à son antenne

Le journal dont Charles Sapin est le numéro deux a été poursuivi dans deux affaires que citent aujourd’hui les opposants à sa chronique. Une seule s’est achevée par une condamnation définitive.

En août 2020, l’hebdomadaire publie un récit-fiction de sept pages représentant Danièle Obono, députée de La France insoumise, en esclave du XVIII? siècle, un collier de fer au cou. Le tribunal correctionnel de Paris condamne en 2021, en première instance, le directeur de la publication Erik Monjalous et le rédacteur de l’article pour injure publique à caractère raciste, une infraction qui vise l’expression méprisante ou outrageante visant une personne en raison de son origine. Chacun écope de 1 500 euros d’amende. Le magazine doit verser 5 000 euros de dommages et intérêts à la députée.

Deux responsabilités distinctes existent à la tête d’un journal. Le directeur de la publication répond devant la justice de tout ce qui paraît dans le titre ; le directeur de la rédaction dirige l’équipe qui le fabrique. La cour d’appel de Paris confirme le 17 novembre 2022 la condamnation du premier, Erik Monjalous, ainsi que celle du rédacteur, et ramène l’amende à 1 000 euros avec sursis. Elle met hors de cause le second, Geoffroy Lejeune, qui occupait alors le poste de directeur de la rédaction, celui que tient aujourd’hui Tugdual Denis, secondé par Charles Sapin. Le magazine se pourvoit en cassation. La Cour de cassation rejette ce recours le 16 janvier 2024, rendant la condamnation définitive.

Valeurs actuelles avait déjà été poursuivi pour une couverture de 2013, une Marianne voilée sous le titre « Naturalisés : l’invasion qu’on cache ». Yves de Kerdrel, directeur de la publication à l’époque, avait été condamné pour provocation à la haine raciale, une infraction plus grave que l’injure puisqu’elle suppose un appel adressé au public. La Cour de cassation a annulé cette condamnation. Aucune peine n’en subsiste.

Le SNJ-CGT écrit « multicondamné ». Une seule décision est définitive à ce jour, prononcée contre un directeur de la publication et un rédacteur, le directeur de la rédaction ayant été mis hors de cause. Charles Sapin écrivait alors au Point et n’exerçait aucune fonction dans l’hebdomadaire. C’est le titre, et la place qu’il y occupe depuis cet été, que la SDJ oppose à son arrivée sur l’antenne publique.

Chaque dimanche jusqu’à la présidentielle

Entre le 26 et le 30 août, Céline Pigalle n’a modifié ni la grille du week-end ni le nom du chroniqueur du dimanche.

Les opposants n’ont, à ce jour, ni voté de motion ni saisi la présidence de Radio France. Ils n’ont pas davantage sollicité l’Arcom, l’autorité publique chargée de contrôler le respect du pluralisme sur les antennes.

Le directeur adjoint de Valeurs actuelles revient sur France Inter dimanche prochain, puis le suivant. La garantie donnée par la direction, « aucun propos discriminant ou dérapage », se vérifiera diffusion après diffusion.



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