Danone parie sur la nutrition des adultes

Depuis mai 2025, Danone a signé quatre acquisitions, la dernière le 22 juin 2026. Toutes visent des adultes, aucune le lait premier âge des marques Gallia et Blédina.

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Les injections contre l’obésité ont ouvert un marché mondial de la protéine, et les industriels de l’agroalimentaire s’y disputent des marques à prix fort. Danone a payé sa dernière cible britannique environ quatre fois son chiffre d’affaires annuel, un multiple que le secteur pratique rarement. Ce que le groupe rapporte dans son portefeuille se dilue dans un shaker ou se branche sur une sonde d’hôpital. En 2020, il inscrivait dans ses statuts l’ambition d’« apporter la santé par l’alimentation au plus grand nombre ».

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Danone a annoncé le lundi 22 juin 2026 le rachat du groupe australien Made Group, propriétaire des marques de boissons Cocobella et Rokeby. Le cédant est TPG Capital, un fonds américain qui achète des entreprises pour les revendre quelques années plus tard avec une plus-value. L’accord comporte un second volet, la reprise des 49 % que Danone ne détenait pas encore dans la société laitière Saputo Dairy Australia, dont il partageait jusqu’ici le contrôle. Le groupe n’a pas communiqué de prix. Bloomberg, Reuters et l’Australian Financial Review situent l’ensemble autour de 2 milliards de dollars australiens, soit 1,4 à 1,6 milliard de dollars américains.

La cible a réalisé plus de 300 millions d’euros de ventes sur l’exercice clos en juin 2026, avec une croissance à deux chiffres, selon Jürg Esser, directeur financier adjoint de Danone.

C’est la quatrième acquisition signée par le groupe depuis mai 2025, après l’américain Kate Farms, le belge The Akkermansia Company et le britannique Huel. Aucune des quatre ne concerne le lait infantile, activité que Danone exploite en France sous les marques Gallia et Blédina.

Le titre a clôturé à 72,12 euros le 26 juin, au terme de quatre séances de hausse consécutives. Il était descendu fin mai à 60,64 euros, son plus bas niveau depuis dix-huit mois.

Quatre cibles, aucun nourrisson

Kate Farms fournit des patients hospitalisés qui ne peuvent plus s’alimenter par voie normale. Danone a conclu l’accord en mai 2025 et l’a finalisé le 30 juin de la même année. Le groupe dessert aujourd’hui quelque 1 400 hôpitaux américains sous cette marque.

The Akkermansia Company travaille depuis près de vingt ans sur les bactéries bénéfiques à la flore intestinale et vend des compléments alimentaires à des adultes. La société belge est entrée dans le périmètre du groupe le 25 juin 2025. Danone n’a jamais publié de montant, et les estimations de 200 à 250 millions de dollars qui circulent dans le secteur ne s’appuient sur aucune source officielle ni sur aucune dépêche d’agence.

Huel vend des repas en poudre à diluer et des boissons protéinées, principalement à des consommateurs urbains et à des sportifs. Danone a signé un accord définitif le 23 mars 2026, sous réserve des autorisations réglementaires. Deux sources proches du dossier citées par Reuters évoquent une valeur proche d’un milliard d’euros ; The Guardian retient le même ordre de grandeur, 870 millions de livres. L’entreprise britannique a réalisé en 2024 un chiffre d’affaires de 214 millions de livres, en hausse de 16 %, et dégagé 18 millions de livres de bénéfice d’exploitation avant amortissements, ce que les financiers appellent l’EBITDA. L’acteur Idris Elba et le présentateur de télévision Jonathan Ross figurent à son capital, aux côtés du fondateur Julian Hearn.

Le média spécialisé Dairy Reporter observe que Danone paie environ quatre fois le chiffre d’affaires annuel de Huel. Les transactions se concluent plus souvent autour d’une à deux fois les ventes dans l’agroalimentaire. Antoine de Saint-Affrique, directeur général du groupe, a justifié l’opération en évoquant « une opportunité dans un espace de nutrition à forte croissance ».

Les boissons Cocobella et Rokeby, dernières arrivées, occupent les rayons frais des supermarchés australiens. Sur ces treize mois, Danone n’a annoncé aucun rachat de marque de lait premier âge, aucune prise de participation dans une société de nutrition infantile, aucune extension de capacité industrielle sur cette catégorie.

L’injection qui a créé un marché

Reuters replace ces rachats dans une course engagée par les industriels de l’agroalimentaire pour capter la demande mondiale de protéines. Les traitements de type GLP-1, ces injections prescrites contre l’obésité et le diabète, coupent l’appétit. Les patients qui les suivent réduisent leurs quantités et doivent concentrer leurs apports dans des aliments denses en protéines, sous peine de perdre de la masse musculaire en même temps que de la graisse. Un débouché qui n’existait pas il y a cinq ans s’est ouvert pour les poudres à diluer et les boissons enrichies.

L’agence de presse est seule à formuler cette analyse. Danone n’a pas présenté publiquement ses acquisitions comme une réponse à la diffusion de ces traitements.

Les clients de Huel comparent des étiquettes, commandent en ligne et changent de formule d’une semaine à l’autre. Ceux de Cocobella arbitrent devant un rayon frais. Un nourrisson boit une formule unique, choisie par ses parents ou prescrite par un pédiatre, pendant plusieurs mois. La catégorie que Danone continue d’exploiter sans y investir est aussi celle où le consommateur ne peut ni comparer, ni renouveler, ni tester.

Le jour où trois concurrents ont rappelé ensemble

Danone a retiré des rayons français, le 22 janvier 2026, des lots de Gallia Calisma Relais et de Blédilait premier âge. Le retrait visait la céréulide, une toxine produite par la bactérie Bacillus cereus. Le ministère de l’Agriculture a rattaché l’alerte à un même ingrédient provenant d’une usine chinoise, à l’origine de retraits dans plusieurs pays.

Nestlé et Lactalis ont rappelé au même moment des produits liés à cette toxine. Les trois premiers acteurs européens du lait infantile ont été touchés par un seul ingrédient acheté à une source commune. RappelConso, le site public qui recense les produits retirés de la vente, a comptabilisé 19 références pour la seule France. Le cabinet d’expertise en sécurité alimentaire Qualyse recense plus de 60 pays touchés depuis la fin 2025.

Danone a publié ses résultats trimestriels le 22 avril, quatre-vingt-dix jours après le premier retrait. Le chiffre d’affaires atteint 6,708 milliards d’euros, en recul de 2 % en données publiées, une fois pris en compte les effets de change et les cessions d’activités, mais en progression de 2,7 % à périmètre constant, la mesure que suivent les investisseurs. Sur ces 2,7 points, 1,5 provient des volumes vendus et de la composition de la gamme, 1,2 des hausses de prix. Le groupe a dépassé les prévisions moyennes des analystes et confirmé ses objectifs annuels, a relevé Boursorama.

Le communiqué consacre une incise à l’épisode sanitaire, en faisant état d’une performance résiliente en Europe, au Moyen-Orient et en Afrique « dans un contexte marqué par les rappels » de laits infantiles. Onze semaines plus tard, Danone signait pour Made Group.

Ce que Danone a cessé de promettre

Danone est devenu en 2020 la première entreprise du CAC 40 à adopter le statut de société à mission, un cadre juridique créé en 2019 qui oblige une entreprise à inscrire dans ses statuts un objectif social ou environnemental et à en rendre compte chaque année.

Le conseil d’administration a évincé Emmanuel Faber en mars 2021, moins d’un an après l’adoption de ce statut dont il était l’artisan, sous la pression de fonds d’investissement qui jugeaient la performance boursière insuffisante. La réorganisation lancée dans la foulée a confirmé 1 850 suppressions de postes dans le monde, selon les chiffres officiels rapportés par BFMTV. Les syndicats du groupe datent de ce moment le passage à une gestion pilotée par les ratios financiers. Les quatre acquisitions signées depuis mai 2025 visent les catégories à plus forte croissance du marché de la nutrition.

En septembre 2024, Danone a retiré le Nutri-Score de cinq marques, dont Actimel, Activia et Danonino, après la dégradation de leur note par la réforme du mode de calcul, selon TF1 Info et Le Parisien. L’État n’impose pas ce logo aux industriels français. Une tribune signée par 36 nutritionnistes et emmenée par Serge Hercberg, l’épidémiologiste qui a conçu le Nutri-Score, a écrit en janvier 2025 que des boissons comme l’Actimel+ contiennent « autant de sucre qu’un soda classique », rapporte le magazine Capital. Les cinq marques sont toujours vendues sans note nutritionnelle sur l’emballage.

Gallia et Blédina restent en rayon, comme Actimel et Activia. L’argent, lui, part vers des sachets de poudre à diluer.



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