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Dans le secteur du carrelage mondial, la compétition se joue sur les grands formats, les volumes et les coûts de production. Une fabrique familiale du Nord a pris le parti inverse, il y a plus d’un siècle, et n’en a jamais dévié. Ce choix, que ses concurrents ont longtemps regardé comme une limitation, s’est révélé être le seul terrain sur lequel aucun géant industriel ne pouvait les concurrencer par les prix. Le résultat dépasse ce que la taille de l’entreprise laissait prévoir.
Des carreaux de Lomme à Sydney et Shanghai
Le Journal des Entreprises Hauts-de-France a publié en 2025 un chiffre d’affaires de 14 millions d’euros pour Winckelmans, contre 11,5 millions en 2020, selon la revue Entreprendre. L’entreprise emploie entre 120 et 130 salariés. Son site de production est unique, installé à Lomme, commune limitrophe de Lille. Cette même année, 63 % de l’activité était réalisée hors de France, toujours selon Le Journal des Entreprises.
Ces chiffres méritent d’être posés d’emblée parce qu’ils contredisent l’image ordinaire d’une PME régionale. La progression de 2,5 millions d’euros en cinq ans, avec des effectifs quasi stables, ne s’explique pas par une augmentation du nombre de carreaux produits. Elle s’explique par une hausse du prix de chaque carreau vendu, un mouvement engagé sur plusieurs décennies, pas sur plusieurs trimestres.
L’usine que cinq générations n’ont pas déplacée
Théophile Winckelmans crée l’entreprise en 1894 à Lomme, avec un savoir-faire centré sur le grès cérame fin vitrifié et les carreaux non émaillés. Cent trente ans plus tard, Barbara Winckelmans dirige la maison, cinquième génération de la famille à sa tête, selon les sources institutionnelles et la presse économique régionale consultées.
Le label Entreprise du Patrimoine Vivant, accordé par les pouvoirs publics français à des entreprises détenant un savoir-faire artisanal ou industriel d’excellence, a distingué Winckelmans. Ce label ne récompense pas l’ancienneté en soi. Il certifie que le savoir-faire est actif, transmis et maîtrisé.
Dans le secteur du carrelage, largement restructuré depuis les années 1990 au profit de la production en Espagne, en Italie et en Asie, maintenir une fabrication en France pendant un siècle et demi suppose des choix stratégiques répétés à chaque génération. Ce que Barbara Winckelmans dirige aujourd’hui, c’est aussi l’accumulation de ces décisions successives de ne pas partir.
Un segment que ses concurrents ont abandonné
Le marché mondial du carrelage s’est réorganisé autour du grand format. Les industriels italiens et espagnols, puis les fabricants chinois, ont investi massivement dans des lignes capables de produire des dalles de 60, 80, 120 centimètres de côté à des coûts unitaires très faibles. Le petit format, les carreaux de quelques centimètres et les mosaïques, n’offre pas les mêmes économies d’échelle. La plupart des grands acteurs l’ont progressivement délaissé. Winckelmans y est restée.
Ses carreaux sont en grès cérame non émaillé, teintés dans la masse, c’est-à-dire que la couleur traverse l’épaisseur du carreau, elle ne se limite pas à une couche de surface. Résistance aux taches, au gel, à la chaleur, aux passages intensifs : ces propriétés répondent à des contraintes que le carrelage grand format standard ne couvre pas dans les mêmes conditions d’usage. En se maintenant sur ce segment, l’entreprise s’est placée hors de portée d’une concurrence qui joue sur les volumes et les prix. Aucun fabricant low-cost n’est venu la chercher là.
Architectes et hôteliers, pas grandes surfaces
Les produits Winckelmans ne se vendent pas en rayon de grande surface de bricolage. Architectes, décorateurs d’intérieur, maîtres d’ouvrage engagés dans des projets patrimoniaux ou haut de gamme, exploitants d’hôtels et de commerces soumis à des passages intensifs : la clientèle décrite dans les sources professionnelles et institutionnelles consultées est celle de la prescription, autrement dit des professionnels qui choisissent les matériaux pour le compte de leurs clients, bien avant le début des travaux.
En 2021, Winckelmans a ouvert un showroom à Paris, documenté par la presse économique régionale. Un espace a par ailleurs été ouvert dans le Vieux-Lille, selon des contenus plus récents. Ces deux implantations physiques servent à entretenir une relation directe avec les bureaux d’architecture et les agences de décoration, là où se décident les prescriptions, avant tout chantier.
Les sources institutionnelles et professionnelles consultées mentionnent des demeures patrimoniales et des projets dans l’univers du luxe, sans que les noms des clients soient précisés. Ce niveau de discrétion est cohérent avec une clientèle qui ne souhaite pas nécessairement publiciser ses choix de fournisseurs.
Les deux tiers de la production partent à l’étranger
Le Royaume-Uni, l’Australie, la Nouvelle-Zélande, les États-Unis, la Chine, la Russie et plusieurs marchés européens figurent parmi les destinations régulièrement citées par les organismes de valorisation patrimoniale, la presse économique et les réseaux consulaires français qui ont documenté l’activité internationale de Winckelmans.
Depuis le début des années 2020, l’entreprise réalise entre 60 et 75 % de son chiffre d’affaires hors de France selon les années et les sources publiées, 63 % en 2025 d’après Le Journal des Entreprises Hauts-de-France, 75 % en 2020 et 2023 selon Entreprendre et La Gazette France. Les écarts reflètent des méthodes de calcul différentes selon les publications, non une instabilité du modèle.
Pour exporter à cette échelle sans filiale à l’étranger, Winckelmans s’appuie sur des agents et distributeurs locaux, chargés d’opérer dans des contextes très différents les uns des autres. La demande en carreaux de mosaïque pour un projet patrimonial à Londres n’est pas celle d’un hôtel à Shanghai ou d’une résidence privée à Auckland.
Même site, méthodes révisées
Winckelmans produit à Lomme avec des matières premières d’origine française et européenne, selon les sources institutionnelles consultées. Ce que l’entreprise a fait évoluer au fil des décennies, c’est sa capacité à répondre à des commandes sur mesure : dimensions spécifiques, teintes personnalisées, textures adaptées à des contraintes de restauration ou de conception que le catalogue standard ne peut pas absorber.
Un architecte chargé de rénover un bâtiment classé ne peut pas poser n’importe quel carreau. Un décorateur qui conçoit un hôtel avec une identité visuelle précise non plus. C’est à cette demande que Winckelmans a appris à répondre, et c’est elle qui justifie des prix que les fabricants de masse ne pratiquent pas.
En 2020, le chiffre d’affaires s’établissait à 11,5 millions d’euros selon Entreprendre. En 2023, La Gazette France évoquait environ 12 millions. En 2025, Le Journal des Entreprises publie 14 millions. Sur cette période, les effectifs sont restés dans une fourchette de 120 à 130 salariés : 2,5 millions d’euros de chiffre d’affaires supplémentaires sans embauches significatives, sur un produit vendu au mètre carré depuis 1894.


