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- Pourquoi Giscard d’Estaing a quitté Club Med
- 1950, Majorque : deux cents tentes pour rêver
- Comment Trigano a transformé les tentes en empire
- Cap Skirring, 1992 : le crash qui ébranle tout
- 940 millions d’euros : la victoire de Fosun
- 2,09 milliards d’euros, la preuve par les chiffres
- Pas encore neutre en carbone
En 1950, deux cents tentes de surplus américains s’alignent sur une plage de Majorque, autour d’un projet porté par un ancien champion belge de water-polo qui rêve d’effacer les hiérarchies sociales le temps de quelques semaines de vacances. Soixante-quinze ans plus tard, c’est un actionnaire chinois qui tranche seul l’avenir stratégique de cette même marque. Entre les deux, l’entreprise traverse une crise financière et un crash aérien meurtrier avant de devenir un empire mondial du tout compris premium. Cent pour cent des resorts affichent aujourd’hui l’étiquette Premium ou Exclusive Collection, à des années-lumière du confort sommaire d’Alcúdia.
Pourquoi Giscard d’Estaing a quitté Club Med
Le 21 juillet 2025, le conseil d’administration de Club Med Holding nomme Stéphane Maquaire président-directeur général du groupe, avec effet immédiat. Quelques jours plus tôt, Henri Giscard d’Estaing annonce son départ après vingt-trois ans passés à la tête de l’entreprise. L’ancien dirigeant déclare avoir été écarté de fait par Fosun, le conglomérat chinois qui détient le contrôle de Club Med depuis 2015. Plusieurs médias économiques évoquent, dans les jours qui suivent, un désaccord persistant entre les deux hommes sur l’avenir capitalistique du groupe, en particulier sur l’hypothèse d’un retour de Club Med à la Bourse de Paris.
Henri Giscard d’Estaing avait pris la direction de Club Med en 2002, en pleine crise post-11-Septembre. En partant, il ferme un cycle de plus de vingt ans. Fosun installe à sa place un dirigeant désigné selon ses propres critères.
Club Med conserve son siège social à Paris. Soixante-quinze ans après la création de l’association loi 1901 par le fondateur Gérard Blitz, c’est Fosun qui arbitre, depuis Shanghai, les choix stratégiques du groupe.
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1950, Majorque : deux cents tentes pour rêver
Le 27 avril 1950, le Club Méditerranée naît sous la forme d’une association loi de 1901. Le premier village ouvre quelques semaines plus tard à Alcúdia, à Majorque : environ deux cents tentes de surplus américains, sur un site encore dépourvu de tout confort moderne. Le forfait s’élève à environ 16 800 anciens francs pour deux semaines, transport compris. Dès cette première saison, environ 2 400 vacanciers découvrent la formule, selon l’histoire officielle du groupe.
L’organisateur Dimitri Philippoff lance en Corse, dans les années 1930, le camp de plein air « Ours blanc », dans un esprit de camaraderie et de simplicité. Gérard Blitz, ancien champion belge de water-polo, observe ce type d’expérience à la fin des années 1940 et en tire un projet plus ambitieux : réunir, dans une même formule, l’hébergement, les repas, le sport et la convivialité.
Les vacanciers de la première heure partagent de grandes tablées, pratiquent le sport en groupe et effacent, le temps d’un séjour, les hiérarchies sociales de l’Europe d’après-guerre. Gilbert Trigano, fournisseur de tentes auprès du jeune Club, devient rapidement l’organisateur central du dispositif. Les G.O. et les G.M. entrent dans le vocabulaire courant, tout comme le collier-bar et les grandes tablées, rites transmis de saison en saison.
Comment Trigano a transformé les tentes en empire
Le Club connaît une première crise financière à la fin des années 1950. Le banquier Edmond de Rothschild entre au capital au début des années 1960 et la structure se transforme en société anonyme. Sur cette base professionnalisée, Gilbert Trigano pilote l’expansion du groupe pendant plus de trente ans.
Sous son impulsion, le Club abandonne peu à peu les tentes au profit de bungalows, puis de villages en dur. Le Club Med s’implante en Méditerranée et en Afrique du Nord, avant de gagner la Polynésie. Dès 1957, le premier village de sports d’hiver ouvre à Leysin, en Suisse : la montagne entre tôt dans le modèle, bien avant d’en devenir un pilier.
Le groupe entre en Bourse en 1965. Le Mini Club voit le jour en 1967, pensé pour fidéliser les familles dès le plus jeune âge. Le Club Med vend désormais l’animation et le sport comme des produits à part entière, au même titre que l’hébergement.
En 1978, la sortie du film Les Bronzés fixe durablement, dans l’imaginaire collectif français, la figure du village Club comme théâtre social de la France des Trente Glorieuses finissantes.
Cap Skirring, 1992 : le crash qui ébranle tout
Au début des années 1990, la guerre du Golfe pèse sur la demande touristique et le parc immobilier de Club Med vieillit. Les vacanciers réclament davantage de confort et d’intimité, denrée rare dans des villages conçus pour la vie en collectivité. Le groupe devient une marque hybride. Trop chère pour le tourisme standardisé, elle reste insuffisamment haut de gamme pour la clientèle du luxe.
En 1992, le crash aérien de Cap Skirring, au Sénégal, coûte la vie à plusieurs dizaines de clients du groupe. L’accident marque durablement l’histoire de la marque, bien au-delà du seul bilan financier des années suivantes.
Gilbert Trigano passe la main à son fils, Serge Trigano. Celui-ci ne parvient pas à enrayer la dégradation financière du groupe. Sous la pression des actionnaires, dont la famille italienne Agnelli, il quitte la direction en 1997.
Philippe Bourguignon, venu d’EuroDisney, lui succède et lance une diversification tous azimuts. Le Gymnase Club et Club Med World élargissent le portefeuille de marques, rejoints par les villages Oyyo, positionnés sur un segment plus économique. Ces nouvelles enseignes brouillent l’identité du Club Med d’origine. Les attentats du 11 septembre 2001, en frappant de plein fouet le tourisme mondial, rendent cette stratégie intenable.
940 millions d’euros : la victoire de Fosun
En 2002, Henri Giscard d’Estaing prend la direction de Club Med et impose un changement de cap : sortir du milieu de gamme pour repositionner le groupe sur le segment premium familial. Le groupe ferme ou rénove lourdement de nombreux villages et relève son niveau de service.
Club Med adopte parallèlement un modèle immobilier dit « asset light » : des investisseurs ou des partenaires fonciers portent désormais les murs, pendant que le groupe se concentre sur l’exploitation et la commercialisation des resorts. Ce modèle finance ainsi la modernisation du parc sans alourdir excessivement le bilan.
Entre 2013 et 2015, Fosun et l’investisseur italien Andrea Bonomi se livrent la bataille boursière la plus longue de la place de Paris. Fosun, déjà actionnaire depuis 2010, finit par l’emporter. Le conglomérat chinois prend le contrôle de Club Med pour une valorisation d’environ 940 millions d’euros et retire le groupe de la cote parisienne, où il était présent depuis cinquante ans.
Cette acquisition ouvre une nouvelle phase d’expansion, tournée vers l’Asie. Dix ans plus tard, ce même actionnaire écarte Henri Giscard d’Estaing de la direction du groupe.
2,09 milliards d’euros, la preuve par les chiffres
Sous le contrôle de Fosun, Club Med renforce sa présence en Asie, en particulier en Chine. La montagne devient l’un des principaux relais de croissance du groupe, aux côtés des resorts balnéaires.
Club Med affiche, en 2024, un volume d’affaires record de 2,09 milliards d’euros, en hausse de 7 % à taux de change constant par rapport à 2023. La montagne pèse 35 % de ce volume d’affaires, avec une croissance de 20 % sur l’année. Le prix moyen par jour atteint 232 euros et le groupe accueille 1,5 million de clients.
Depuis avril 2024, 100 % des resorts du groupe sont classés Premium ou Exclusive Collection. Le Club Med du milieu de gamme a disparu des catalogues.
Pas encore neutre en carbone
Club Med met en avant son programme « Happy to Care », construit autour de la réduction des déchets et de l’efficacité énergétique, complété par un approvisionnement local renforcé. Le dossier de presse 2025 du groupe fixe une trajectoire de réduction de 80 % des émissions liées à l’énergie dans les resorts, à l’horizon 2050.
Les certifications Green Globe, référence internationale du tourisme durable, se multiplient dans le parc, parallèlement à la poursuite de Bye-Bye Plastic, le programme de réduction du plastique du groupe. À partir de 2026, le groupe vise 400 tonnes de produits frais sourcés localement chaque année.
À la date du 30 juin 2026, Club Med communique sur des objectifs et des trajectoires de réduction d’impact. Aucune neutralité carbone n’est aujourd’hui atteinte ni démontrée à l’échelle de l’ensemble des activités du groupe.
Cette feuille de route s’adresse à une clientèle qui paie en moyenne 232 euros par jour pour un séjour classé Premium ou Exclusive Collection. Stéphane Maquaire hérite de ce chantier écologique en même temps que des arbitrages capitalistiques de Fosun.


