Équipe de France : Zidane veut tout changer

Zidane veut un meneur créatif, vingt-cinq collaborateurs et un salaire record chez les Bleus. La FFF négocie chaque ligne avant une signature calée au 23 juillet.

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Autour du 23 juillet, à quelques jours de la fin de la Coupe du monde, Zinédine Zidane apposera sa signature au bas d’un contrat de sélectionneur de l’équipe de France, selon Footmercato et Goal.com. Sa prise de fonctions est fixée à septembre 2026, pour la première fenêtre de Ligue des nations. Absent des bancs de touche depuis son départ du Real Madrid en mai 2021, l’ancien meneur de jeu répétait à intervalles réguliers son souhait d’entraîner les Bleus.

L’accord verbal remonte à décembre 2025. Alain Migliaccio, son agent de toujours, en négocie les derniers termes depuis des semaines.

Battus en demi-finale par l’Espagne (0-2) le 14 juillet à Dallas, les Bleus ont quitté le tournoi nord-américain à une marche de la finale. Didier Deschamps les dirigera une dernière fois le 18 juillet à Miami, pour la petite finale contre l’Angleterre, pendant que la Fédération règle sa succession à Paris.

Philippe Diallo, président de l’instance, a laissé entendre qu’il connaissait déjà le nom de son prochain sélectionneur. Kylian Mbappé s’était montré plus direct dès septembre 2025. « C’est Zidane. Personne ne va dire non. S’il vient, ce serait avec grand plaisir », a déclaré le capitaine des Bleus.

En janvier 2025, Deschamps avait ouvert cette voie en annonçant son départ après le Mondial. Quatorze années d’une même méthode s’achèvent, que Zidane a prévu de reprendre pièce par pièce. Le mois suivant son annonce, dans L’Équipe, Deschamps soutenait publiquement la candidature de son successeur. « Zizou est un très bon candidat, naturel et j’ajouterai attendu », y indiquait-il.

300 000 euros et une loi en travers

Le média Foot01 avance une rémunération de 300 000 à 450 000 euros mensuels, primes de résultats comprises, soit 3,6 à 5,4 millions d’euros bruts par an. L’Équipe ne cite aucun chiffre mais juge « peu vraisemblable » de proposer à Zidane moins que Deschamps, payé entre 275 000 et 300 000 euros fixes par mois, hors primes, soit environ 3,8 millions d’euros bruts annuels tout compris.

Dans la hiérarchie des sélectionneurs européens, Zidane se situerait dans la moyenne haute, derrière l’Anglais Gareth Southgate, autour de 5,8 millions d’euros, et l’Allemand Julian Nagelsmann, à 4,8 millions, mais devant le Portugais Roberto Martínez, proche de 4 millions.

Ce salaire reste pourtant très en dessous de ce que Zidane gagnait ailleurs. Au Real Madrid, son dernier club, il touchait 12 millions d’euros nets par an, selon El Confidencial. Le club saoudien Al-Hilal lui a proposé 100 millions d’euros pour une seule saison ; il a décliné. En rejoignant la sélection, l’ancien numéro 10 accepte une baisse de rémunération de l’ordre de 70 à 80 %.

Modeste au regard de sa carrière, ce salaire dépasse en revanche largement ce que la loi française autorise désormais. Le 8 juillet 2026, la commission mixte paritaire, l’instance qui réunit sept sénateurs et sept députés pour trouver un compromis sur un texte, a fixé, dans la proposition de loi sur la gouvernance du sport professionnel, un plafond de 450 000 euros bruts annuels pour les salariés des fédérations sportives, soit à peine 37 500 euros par mois. Fin juin, lors de son premier examen du texte, l’Assemblée avait voté un seuil encore plus bas, à 140 000 euros, avant que la commission ne le relève.

Quel que soit le montant retenu pour Zidane, sa rémunération dépasserait ce plafond dans un rapport d’un à dix, voire davantage. Des observateurs juridiques cités par Le Parisien qualifient l’écart de « vertigineux ». Le texte doit encore être voté par le Sénat et l’Assemblée autour des 20 et 21 juillet, avant sa publication au Journal officiel, qui le rendra applicable.

D’où la course contre la montre de la Fédération, qui pousse pour boucler la signature avant cette date. Une fois la loi en vigueur, tout salaire supérieur à 450 000 euros annuels exigerait une dérogation expresse de la ministre des Sports, Marina Ferrari.

Interrogée à plusieurs reprises, la ministre a estimé que Zidane représentait « un bon profil » pour les Bleus, tout en répétant qu’il « n’appartient pas au ministre des Sports de se positionner sur le choix du sélectionneur ». En accordant ou en refusant la dérogation, elle disposerait pourtant d’un droit de regard indirect sur la nomination du futur coach national.

Cherki, le numéro 10 et le contre-pressing

Zidane a remporté trois Ligues des champions consécutives avec le Real Madrid, de 2016 à 2018, en imposant un rapport précis au ballon. « Ma conception est d’essayer de jouer quoi qu’il arrive, depuis l’arrière, en ressortant rapidement, en conservant la possession du ballon et en jouant dans le camp adverse », résumait-il.

Deschamps a bâti ses quatorze années à la tête des Bleus sur l’efficacité défensive et les transitions rapides, une équipe solide derrière qui frappe vite en attaque. Ses tentatives de football ultra offensif ont été ridiculisées par le collectif espagnol en demi-finale de la Coupe du monde.

Zidane devrait rappeler un meneur de jeu créatif, ce joueur d’axe chargé d’inventer les offensives, un profil que Deschamps n’a jamais pleinement employé. Rayan Cherki et Michael Olise seront les hommes clés du nouveau dispositif mis en place par Zidane.

L’ancien Madrilène devrait leur laisser une marge d’initiative que la sélection n’avait plus connue depuis très longtemps.

Zidane a fait du contre-pressing sa signature tactique, cette manière de récupérer le ballon immédiatement après l’avoir perdu, en pressant l’adversaire plutôt qu’en se repliant. « Le contre-pressing, les joueurs adoraient le faire », déclarait-il en janvier 2026. L’exercice réclame une intensité physique et mentale que les courtes fenêtres de la Ligue des nations rendront plus difficile à installer. Sa première liste de joueurs, attendue en septembre, donnera le premier signe concret de ce virage.

Vingt-cinq personnes et les fidèles de Madrid

Zidane réclame un staff de vingt-cinq personnes, dont plusieurs spécialistes de la donnée et de l’analyse vidéo. Ses prédécesseurs sur le banc des Bleus travaillaient avec des équipes bien plus réduites. Pour financer l’ensemble, la Fédération a sondé ses partenaires commerciaux.

En retour, ces partenaires anticipent un « effet Zizou » sur le sponsoring, le marketing et les droits médias, susceptible de rapporter davantage que le dispositif ne coûtera.

Deux hommes sont déjà attachés au projet. David Bettoni, ami d’enfance de Zidane au centre de formation de Cannes, a été son adjoint et le concepteur du jeu lors des trois Ligues des champions madrilènes. Hamidou Msaidie, au profil rare, mêle kinésithérapie, fasciathérapie et préparation mentale.

Deux autres noms circulent : Alain Boghossian, déjà présent dans le staff tricolore entre 2008 et 2012 sous Raymond Domenech puis Laurent Blanc, et Bernard Diomède, autre champion du monde 1998. Zidane envisagerait par ailleurs d’ouvrir certains postes à des femmes, une première pour la sélection masculine française.

Zidane se garde d’annoncer ses titulaires à l’avance. « Un entraîneur ne peut pas savoir le lundi qui va jouer le samedi. Sinon, c’est bidon pour ceux qui jouent moins souvent », a-t-il déclaré. Au Real, il plaçait ses joueurs devant son encadrement. « On n’avait pas d’ego mal placé : on était là pour les joueurs. Ce sont eux sur le terrain », indiquait-il.

Au Real Madrid, il imposait des séances de quatre-vingt-dix minutes à haute intensité, toujours avec ballon, ponctuées de matchs internes qu’il arbitrait lui-même les semaines sans compétition. Transposé aux rassemblements de Clairefontaine, le centre national des Bleus, ce rythme quotidien romprait avec les habitudes installées depuis 2012.

Turquie, Italie, et Mbappé pour juge de paix

Le 25 septembre 2026, Zidane lancera son mandat par un déplacement en Turquie, pour l’entrée des Bleus en Ligue des nations. Le premier match à domicile suivra le 2 octobre, contre l’Italie, l’adversaire de la finale du Mondial 2006, celle du coup de tête de Berlin. La France partage un groupe difficile, aux côtés de la Belgique et de l’Italie, deux nations de premier plan, que les observateurs surnomment déjà le « groupe de la mort ».

La phase de groupes court jusqu’au 15 novembre 2026, les quarts de finale sont programmés fin mars 2027, le tour final en juin 2027. Ces résultats détermineront le tirage des éliminatoires de l’Euro 2028, organisé au Royaume-Uni, dont la finale se jouera à Wembley le 9 juillet 2028.

De tout ce que Zidane veut modifier, sa relation avec Kylian Mbappé restera l’inconnue qu’aucune décision de staff ni aucun schéma de jeu ne règle d’avance. Les deux hommes se respectent et tiennent leurs échanges à distance des projecteurs. « Ils auront besoin l’un de l’autre. Zizou a besoin de Mbappé, Mbappé aura besoin de Zizou », estiment Christophe Dugarry et Jérôme Rothen, anciens internationaux et consultants sur RMC. Zidane l’avait dit sans détour en juin 2023. « Quand vous êtes entraîneur et qu’il y a un joueur comme Kylian, bien sûr qu’on a envie de l’entraîner », déclarait-il.

Deux finales de Coupe du monde en dix ans ont porté les attentes françaises à un niveau difficile à tenir. Le 25 septembre en Turquie, Zidane livrera son premier résultat, et la première mesure du prix payé pour tout changer.



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