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- FIFA Forward Enterprise : le plan de privatisation de la Coupe du monde qui a tout déclenché
- Boycott de l’UEFA, démissions, appels au départ : Infantino isolé
- De Brigue-Glis à la FIFA, l’ascension d’un juriste que personne ne voyait venir
- Un président exécutif là où les réformes prévoyaient un arbitre
- Trump, Poutine, Mohammed VI : la diplomatie personnelle d’un président de la FIFA
- Mondial 2030 : le Maroc, l’Espagne, le Portugal et la bataille de la finale
- Salaire d’Infantino : 4,8 millions de francs en 2025, et 47 millions promis par le plan avorté
- Un Mondial record, des billets contestés, un président à l’image
- Élection FIFA de mars 2027 : un quatrième mandat sans adversaire déclaré
Pendant des années, seuls les initiés du business du sport connaissaient son existence. Ils savaient déjà à quoi s’en tenir : un requin à trois rangées de dents, insatiable, capable de survivre dans les eaux les plus infâmes. Les autres, c’est-à-dire presque tout le monde, ont découvert Gianni Infantino cette année plan de télévision après plan de télévision. Vaniteux à plein temps, joueur de bonneteau très habile du gobelet.
FIFA Forward Enterprise : le plan de privatisation de la Coupe du monde qui a tout déclenché
Quelques jours après avoir organisé le Mondial le plus lucratif de l’histoire, la FIFA a annoncé le 28 juillet la création d’une société distincte, FIFA Forward Enterprise, chargée des droits commerciaux des Coupes du monde masculine et féminine et de la Coupe du monde des clubs, avec l’intention d’y faire entrer des investisseurs minoritaires pour lever jusqu’à 4,2 milliards de dollars. Le partenaire pressenti était Thrive Eternal, dirigé par Joshua Kushner, frère de Jared Kushner, gendre de Donald Trump, J.P. Morgan intervenant comme conseiller.
La réplique européenne est tombée le jour même. L’UEFA a estimé qu’une ligne venait d’être franchie et que la gouvernance du football n’était pas un actif négociable : « Le football n’appartient à personne. Il n’est pas à vendre par la FIFA. » Deux jours plus tard, elle votait le boycott des compétitions de la fédération internationale. Le 31 juillet, le projet était retiré.
Boycott de l’UEFA, démissions, appels au départ : Infantino isolé
Le retrait n’a rien éteint. L’UEFA a maintenu son boycott le 6 août, en exigeant la garantie que la FIFA ne tentera plus jamais de commercialiser la Coupe du monde de cette manière : « Ces conditions n’ont pas été remplies. » L’Angleterre réclame aussi le départ du président, tandis que la CONMEBOL ne l’exige pas mais ne le soutient pas. La FIFPRO, qui représente les joueurs, a condamné la démarche et exigé des réformes de gouvernance.
L’organisation s’est fissurée de l’intérieur. Le conseiller principal Carlos Cordeiro a démissionné, le directeur des opérations Kevin Lamour a déclaré que le personnel avait été trompé par le manque de transparence du président, et Arsène Wenger a pris ses distances avec le projet. Le secrétaire général Mattias Grafström avait lui-même évoqué, dans un courrier interne, une série d’événements affligeante et répréhensible.
Une réunion de crise a été convoquée à Rabat. La FIFA y a reconnu des erreurs, adressé une lettre d’excuses à son Conseil et à ses fédérations, et Grafström a finalement réaffirmé son soutien au président. Le même jour, deux voix extérieures ont porté plus loin. Le premier ministre canadien Mark Carney a dit ne plus avoir confiance en Infantino et qualifié de fatale son absence de consultation des cadres dirigeants. Luis Figo a demandé son départ, en affirmant qu’il avait « avili la fonction ».
De Brigue-Glis à la FIFA, l’ascension d’un juriste que personne ne voyait venir
Il est suisse, né en 1970 de parents italiens émigrés, fils de Calabrais, dans un village de montagne, Brigue-Glis. Enfant d’une famille besogneuse, de santé fragile. Il apprend plusieurs langues, le rire complaisant et l’art de raconter des blagues, faute de dons meilleurs. Il rêve d’être joueur, mais le talent ne lui descend pas jusqu’aux pieds.
Suivent des années de monsieur personne. Il passe inaperçu, cultive les ficelles de l’intrigue par-derrière, apprend à trahir sans que la culpabilité vienne le blesser ensuite. Le droit à l’université de Fribourg lui donne une spécialité : les affaires du football. Il se déplace vite et sans bruit dans le labyrinthe des organisations sportives et de leurs arrière-bureaux.
Le service juridique de l’UEFA de Michel Platini lui sert de tremplin, avant la FIFA de Joseph Blatter. Deux hommes, deux verdicts : le premier l’appelle Machiavel, le second le déteste. Quand éclatent les affaires de corruption qui emportent ses prédécesseurs, il se met de profil et regarde le sol. Puis il s’installe sur le trône du commerce du football mondial et change de peau sans nuance.
Un président exécutif là où les réformes prévoyaient un arbitre
Le mode de gouvernement qui vient de lui exploser au visage n’a rien d’un accident. Infantino exerce en dirigeant exécutif alors que le panel de réformes créé après les scandales de 2015, dont il était membre, recommandait au président de la FIFA un rôle plus honorifique. C’est exactement ce que lui reprochent aujourd’hui les compétitions nationales. L’association des ligues européennes, Premier League, LaLiga et Serie A comprises, a jugé le projet dangereux, réclamé une réforme de la gouvernance et annoncé qu’elle rejetterait toute création ou extension de compétitions, dont le passage à 64 équipes, tant que cette réforme n’aura pas eu lieu.
Trump, Poutine, Mohammed VI : la diplomatie personnelle d’un président de la FIFA
Il réside au Qatar et va de pays en pays en jet privé, comme Tarzan sautait d’un arbre à l’autre en attrapant des lianes. Arriviste de manuel, il dit une chose et son contraire selon ce qui l’arrange. Il se fait paillasson des délires de Trump, masse le sinistre Vladimir Poutine, multiplie les révérences serviles devant Mohammed VI.
La proximité avec Washington a laissé des traces documentées. Le représentant démocrate Jamie Raskin a demandé qu’Infantino soit entendu sur ce qu’il décrit comme des indices de corruption et un possible échange de bons procédés entre la FIFA et l’administration Trump, ce que la FIFA a fermement démenti. Un épisode sportif a nourri le soupçon. La FIFA a suspendu un carton rouge infligé à l’attaquant américain Folarin Balogun après que Trump et son administration lui ont demandé de réexaminer sa décision, ce qui a permis au joueur de disputer le match suivant, perdu par les États-Unis face à la Belgique.
Mondial 2030 : le Maroc, l’Espagne, le Portugal et la bataille de la finale
L’édition suivante est un montage sans précédent. Trois matches d’ouverture se joueront les 8 et 9 juin 2030 en Uruguay, en Argentine et au Paraguay pour le centenaire de la compétition, avant le tournoi proprement dit du 13 juin au 21 juillet en Espagne, au Portugal et au Maroc, première Coupe du monde répartie sur trois continents.
La finale est l’enjeu réel. Le Grand Stade Hassan II, prévu à Benslimane avec 115 000 places et une livraison en 2028, doit accueillir le match d’ouverture et la finale selon le dossier de candidature marocain, quand le Santiago Bernabéu reste en lice côté espagnol. Des médias britanniques ont affirmé qu’Infantino avait offert cette finale au Maroc en échange de soutiens à sa présidence. La FIFA a démenti, son porte-parole jugeant fausse et trompeuse toute affirmation de promesse et indiquant qu’une décision sera prise en temps voulu.
Le calendrier a rendu la question brûlante. Fin juillet, la frontière de Ceuta a cédé. Environ 72 000 personnes sont entrées illégalement dans l’enclave en quelques jours, dont 70 000 ont été renvoyées au Maroc selon le ministère espagnol de l’Intérieur, pour une ville qui compte 85 000 habitants sur 20 km². Les bilans humains divergent radicalement. L’Espagne recense au moins 72 morts, le ministère marocain de l’Intérieur onze, et des ONG marocaines de défense des droits humains avançaient le 7 août au moins 141 morts, bilan provisoire auquel s’ajoutent des disparus et des blessés, en réclamant une enquête indépendante. Le précédent de mai 2021, quand 8 000 à 10 000 personnes avaient franchi la frontière à la faveur d’un relâchement des contrôles marocains, avait déjà servi de levier diplomatique dans le dossier du Sahara occidental.
Salaire d’Infantino : 4,8 millions de francs en 2025, et 47 millions promis par le plan avorté
Le rapport annuel voté fin avril 2026 fait état de 4,8 millions de francs perçus en 2025, dont 2,6 millions de part fixe et 2,2 millions de part variable, soit une rémunération triplée en dix ans, contre 1,5 million sans bonus au début du mandat. L’homme avait pourtant commencé par juger la somme indigne de lui : en 2016, il avait qualifié d’insultante une offre de 2 millions de dollars formulée par le président du comité d’audit Domenico Scala, lequel a démissionné dans la foulée de la controverse.
Le projet retiré fin juillet portait une promesse d’un autre ordre. Selon le Times, Infantino aurait pu occuper un poste de commissaire ou de directeur exécutif de la nouvelle société pour 47 millions de livres par an, plus de dix fois son salaire actuel.
Un Mondial record, des billets contestés, un président à l’image
Le tournoi qu’il vient de livrer a tenu ses promesses comptables. La FIFA a engrangé près de 9 milliards de dollars autour de la compétition, avec une fréquentation record de plus de 6,8 millions de spectateurs sur 104 matches, et doit atteindre au moins 13 milliards sur l’ensemble du cycle de quatre ans. L’Espagne a battu l’Argentine 1-0 en finale au MetLife Stadium le 19 juillet, pour son deuxième titre mondial. La contrepartie est arrivée vite : la tarification des billets a valu à la FIFA l’examen d’autorités d’État, notamment à New York et dans le New Jersey.
Lui s’accroche à la célébrité comme une patelle. Il a exigé que les caméras le cadrent au moins une fois lors des matches auxquels il assistait. Certaines vanités ont été fécondes, il faut le reconnaître. Celle de Philippe II a bâti l’Escurial, celle des papes a mis Michel-Ange sur les échafaudages de la chapelle Sixtine, celle de Marie-Antoinette lui a fait perdre la tête, celle de Coco Chanel a révolutionné la mode, celle d’Édith Piaf a jeté par la bouche Non, je ne regrette rien. Chez Infantino, aucun mérite comparable ne se laisse dégager. Sa vanité est frivole, laquais et calculatrice, au point de pouvoir pousser le football au cataclysme.
Élection FIFA de mars 2027 : un quatrième mandat sans adversaire déclaré
Il connaît à fond les ressorts de la corruption : la FIFA dont il a hérité était un master de fumier. Le football lui a servi de perche pour prendre son élan et de pass VIP vers les bureaux ovales de la planète. Reste l’extravagance de l’affaire, qu’un tel homme ait mêlé à ce point le personnel au politique jusqu’à empoisonner la diplomatie entre les pays.
La sanction, si elle vient, viendra des urnes. Infantino vise un quatrième et dernier mandat et se représente en mars, sans avoir attiré le moindre adversaire déclaré à ce stade. D’ici là, une échéance concrète mesurera le coût réel de la crise. Un boycott européen durable menacerait la Coupe du monde féminine prévue au Brésil l’an prochain, privée de nations européennes, championne du monde espagnole comprise.


