Gianni Infantino : les coulisses d’un naufrage

Crise à la FIFA : après le retrait du projet d'ouverture du capital le 1er août, Gianni Infantino a perdu ses premiers soutiens pour l'élection de mars 2027. Les coulisses de six jours décisif

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Un communiqué diffusé à 2 heures du matin, un samedi, sans nom de responsable ni excuse. Gianni Infantino y enterre le projet qu’il défendait encore trois jours plus tôt : ouvrir à des investisseurs privés le capital commercial de la FIFA, Coupe du monde comprise. Entre les deux, cinquante-cinq fédérations européennes ont voté un boycott, deux dirigeants de son cercle rapproché ont claqué la porte et l’UEFA a mis ses avocats sur le dossier. Rien de tout cela ne s’est joué en public.

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La Fédération galloise de football a annoncé le 3 août 2026 qu’elle retirait son soutien à la candidature de Gianni Infantino pour l’élection présidentielle de mars 2027. Son communiqué énumère six manquements, parmi lesquels des « défaillances de bonne gouvernance, de leadership, de valeurs (…) et de discernement ». Aucun ne vise le projet d’ouverture du capital commercial de la FIFA à des investisseurs privés, que le président avait pourtant abandonné quarante-huit heures plus tôt.

Ces soutiens ne s’expriment pas en séance publique : chaque fédération adresse au siège zurichois une lettre d’engagement, et plus de 200 des 211 associations membres en avaient signé une avant le 28 juillet. Selon des sources internes à l’UEFA, plusieurs fédérations européennes ont depuis engagé la démarche inverse.

Andy Burnham, responsable politique britannique, a répété le même jour qu’il ne jugeait pas Infantino « apte à diriger » le football mondial. Claudius Schaefer, directeur du World Leagues Forum, organisation qui rassemble 53 ligues professionnelles, avait déclaré la veille que sa position était devenue « intenable ».

Au calendrier officiel de la FIFA, la clôture des candidatures tombe le 18 novembre 2026, pour un scrutin le 18 mars 2027 au congrès de Rabat. Cent sept jours.

Un communiqué à 2 heures du matin

Dans la nuit du vendredi 31 juillet au samedi 1er août, la FIFA a diffusé un texte annonçant l’abandon du projet FIFA Forward Enterprise. « Après avoir écouté attentivement tous les points de vue, il est devenu clair que le projet a créé des divisions (…) qui ne sont plus dans l’intérêt de l’objectif initial. Cette proposition ne sera donc pas retenue », a indiqué Gianni Infantino. Le communiqué ne désigne aucun responsable et ne comporte aucune excuse.

Soixante-douze heures plus tôt, le même dirigeant défendait une opération que la banque JP Morgan valorisait à 20 milliards de dollars.

L’UEFA et la Concacaf, qui regroupent respectivement les fédérations européennes et celles d’Amérique du Nord, d’Amérique centrale et des Caraïbes, ont publié dans la journée du 1er août une déclaration commune affirmant avoir « perdu confiance » dans la direction de la FIFA. La confédération nord-américaine y reproche à cette direction d’avoir « cessé de faire passer le football en premier » et exige un « règlement de comptes complet ». En reculant à 2 heures du matin, Infantino a montré à ses adversaires qu’il pouvait plier.

Le dîner de gala qui n’a pas eu lieu

FIFA Forward Enterprise devait rassembler dans une société unique tous les droits attachés à la Coupe du monde et aux autres compétitions de la fédération : droits télévisés, sponsoring, licences. La FIFA restait une organisation à but non lucratif et gardait la majorité de cette société, mais en vendait jusqu’à 21 % à des investisseurs extérieurs, qui percevraient dès lors une part des revenus du Mondial. La FIFA a enregistré près de 15 milliards de dollars de recettes sur le cycle 2023-2026 ; les 4,2 milliards de dollars attendus de la vente étaient présentés aux fédérations comme immédiatement redistribuables.

Selon The Athletic, le lancement officiel était programmé au Waldorf Astoria de New York, la veille de la finale du Mondial organisé par les États-Unis, le Canada et le Mexique. Reuters a publié l’existence du dossier le mardi 28 juillet. La FIFA a confirmé dans la journée, contrainte de dévoiler par communiqué ce qu’elle réservait à un dîner de gala.

Aucune des 211 fédérations n’avait été consultée. L’UEFA a dénoncé quatre jours plus tard des « projets secrets, élaborés dans l’urgence, concoctés par des personnes anonymes ».

Le nom de Kushner dans le montage

Thrive Capital, société fondée par Joshua Kushner, frère de Jared Kushner, gendre de Donald Trump, était le fonds visé pour entrer au capital. JP Morgan conseillait l’opération. Greg Maffei, ancien président-directeur général du groupe de médias américain Liberty Media, comptait parmi les partenaires financiers. Le cabinet de conseil OpenEconomics a lui aussi travaillé sur le dossier ; son rôle n’est apparu qu’à la lecture de la mise en demeure envoyée par l’UEFA.

Donald Trump a déclaré le 31 juillet n’avoir jamais évoqué le projet avec Gianni Infantino. Le président de la FIFA lui avait remis un « prix de la paix » le 5 décembre 2025. Les deux hommes posaient encore ensemble sous les confettis de la finale, mi-juillet.

53 jours pour dire oui, 40 millions à la clé

Gianni Infantino a écrit aux 211 fédérations le mercredi 29 juillet pour leur fixer au 19 septembre la date limite de leur réponse. Cinquante-trois jours. Sa lettre promettait 40 millions de dollars à chaque association acceptant dans ce délai, contre un versement sensiblement inférieur aux autres.

« Cela dit tout ce qu’il faut savoir sur ce plan », a réagi l’UEFA.

Réunies en urgence le jeudi 30 juillet, les 55 fédérations européennes ont voté à l’unanimité le boycott total des compétitions de la FIFA, une décision qui priverait la Coupe du monde de l’Espagne, de la France, de l’Angleterre et de toutes les autres sélections du continent. Cinquante-cinq associations que tout sépare, du budget aux alliances politiques, se sont alignées en une seule séance. La Concacaf, réunie le même jour, a également rejeté le plan, des sources internes citées par Reuters faisant état d’une défiance quasi générale envers le président.

Deux départs venus du premier cercle

Carlos Cordeiro a démissionné le vendredi 31 juillet. Conseiller principal du président et ancien patron de la fédération américaine, il assurait la liaison entre Zurich et la Maison Blanche. « Je ne peux pas rester les bras croisés alors que la FIFA envisage de vendre une participation dans la Coupe du monde », a-t-il écrit, ajoutant n’avoir eu « aucune implication dans cette proposition » et s’y opposer « sans équivoque ».

Le plus proche conseiller du président affirme n’avoir pris aucune part à un montage préparé sous l’autorité de celui-ci.

Kevin Lamour, directeur général et numéro trois de l’organisation, s’est exprimé publiquement dans les mêmes heures. Il a dénoncé « un manque de confiance, un manque de transparence, un manque de discernement, un manque de bonne gouvernance et un profond manque de respect », et déclaré que le personnel de la FIFA avait été « trompé ». Le directeur général et le conseiller principal du président disent donc l’un et l’autre avoir été tenus à l’écart d’une opération à 20 milliards de dollars.

Les avocats de l’UEFA écrivent à Zurich

L’UEFA a fait adresser une mise en demeure à Gianni Infantino, Joshua Kushner, Greg Maffei, JP Morgan et au cabinet OpenEconomics, selon le Telegraph, information confirmée par Reuters. Envoyé sous l’impulsion d’Aleksander Čeferin, président de la confédération européenne, le courrier évoque d’éventuelles « actions en justice, un arbitrage et/ou des plaintes réglementaires ». Il exige la conservation de toutes les pièces du dossier sous peine de « spoliation de preuves », formule par laquelle un juge peut retenir contre une partie la destruction de documents.

Čeferin prépare donc un contentieux que l’abandon du projet n’a pas suspendu.

Emmanuel Macron s’est engagé aux côtés de l’UEFA sans jamais s’exprimer publiquement sur le dossier. La Commission européenne examine de son côté si le montage contrevenait au droit européen de la concurrence, rapporte l’Independent. Une cinquantaine de députés européens avaient saisi la commission d’éthique de la FIFA avant même l’ouverture de la crise. Andy Burnham demeure à ce jour le seul responsable politique à avoir réclamé publiquement le départ du président.

Une candidature déposée le dernier jour

Le scandale de corruption de 2015 emporte Sepp Blatter et disqualifie Michel Platini, dont Gianni Infantino était le bras droit à l’UEFA depuis 2000. Le Valaisan, né à Brigue en 1970 de parents italiens originaires de Calabre, dépose sa candidature le jour même de la clôture des dépôts. Le 26 février 2016, à Zurich, 115 délégués votent pour lui, 88 contre.

Dix ans plus tard, The Athletic le désigne comme « le roi du football ».

La FIFA a attribué la Coupe du monde 2034 à l’Arabie saoudite fin 2023, au terme d’une procédure accélérée que le New York Times décrivait comme le produit d’un système où « les décisions les plus lourdes de conséquences sont prises par un petit groupe de dirigeants » puis « entérinées par un conseil docile ». Infantino a construit FIFA Forward Enterprise de la même manière, en cercle restreint, avec une échéance imposée. Les fédérations ont refusé d’entériner.

La rémunération du président a atteint 6,133 millions de dollars en 2024, selon Le Monde, quatre fois son niveau de 2016. Une publication officielle de la fédération datée d’août 2025 fixe le salaire de base du secrétaire général Matthias Grafström à 1,3 million de francs suisses, auxquels s’ajoutent 600 000 francs de part variable et 24 000 francs d’indemnités.

Sepp Blatter, qu’Infantino a remplacé à la présidence, a dénoncé une « folie des grandeurs » nourrie par « l’attrait de la richesse ». Michel Platini a déclaré qu’Infantino « a un problème, il aime les riches et les puissants ».

Time avait relevé pendant le Mondial les critiques visant la politique tarifaire des billets aux États-Unis et les pauses d’hydratation sponsorisées. Début juillet 2026, le président était intervenu personnellement pour faire lever la suspension de l’attaquant Folarin Balogun.

Les noms qui circulent déjà

Aucun adversaire ne s’était déclaré avant le 28 juillet. Victor Montagliani, président de la Concacaf, tient désormais la corde pour une candidature de rupture, selon Reuters. Le nom de Dariusz Mioduski, président du club polonais du Legia Varsovie, circule parmi les fédérations européennes sans qu’aucune ne l’ait avancé publiquement. La piste Nasser Al-Khelaïfi a été écartée. Un porte-parole de la FIFA a refusé de commenter toute « spéculation concernant des candidats spécifiques ».

L’UEFA et la Concacaf pèsent une centaine de voix sur 211.

Infantino n’a pas démissionné et conserve ses appuis en Afrique, en Amérique du Sud et au Moyen-Orient, où aucune fédération n’a retiré sa lettre de soutien. Le Qatar et le Maroc, pays hôte du congrès de mars 2027, la maintenaient encore au 3 août, selon TimesLIVE.



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