Patrick Bruel remonte sur scène en octobre malgré les plaintes

La tournée « Alors regarde 35 » de Patrick Bruel démarre le 2 octobre 2026. Le chanteur, mis en examen pour viol, conteste tout. Des maires réclament l'annulation, sans pouvoir l'imposer.

Afficher le sommaire Masquer le sommaire

Une nouvelle plainte a été déposée contre Patrick Bruel le 19 août. Le chanteur, mis en examen le 10 juin pour viol, compte pourtant reprendre sa tournée dès le mois d’octobre, malgré les appels au boycott. Il est attendu sur scène le 2 octobre à Chartres, et aucune décision de justice ne l’en empêche.

Le Zénith Paris-La Villette affiche complet pour le 8 octobre. Dix-huit concerts restent programmés en France, en Belgique et en Suisse entre le 2 octobre et le 21 novembre 2026, en vente sur les réseaux de billetterie depuis le 10 février à 14 heures. Aucun n’a été retiré.

L’équipe du chanteur répète la même formule depuis le mois de mai, à chaque annonce d’annulation. « Les dates ultérieures de la tournée, en octobre et novembre, sont elles maintenues à ce stade », indique-t-elle. Les quatre derniers mots portent l’essentiel.

Sorti en 1989 et vendu à trois millions d’exemplaires, Alors regarde demeure le plus gros succès commercial de Patrick Bruel, 67 ans. Trois représentations complètes au Cirque d’Hiver Bouglione à Paris, puis un Zénith supplémentaire, ont conduit l’artiste à transformer l’hommage anniversaire en tournée. « Alors Regarde 35 part en tournée à partir du 2 Octobre 2026 », annonçait-il lui-même dans une vidéo mise en ligne sur Instagram le 4 février 2026. Le calendrier publié deux jours plus tard comptait une trentaine de concerts, des festivals de l’été aux Zéniths et arenas de l’automne.

DateVille
2 octobreChartres
3 octobreLaval
6 octobreBruxelles (Belgique)
8 octobreParis
10 octobreOrléans
11 octobreReims
14 octobreAmiens
20 octobreLille
22 octobreChambéry
23 octobreDijon
24 octobreNancy/Maxéville
30 octobreMarseille
4 novembreToulouse
5 novembreFloirac/Bordeaux
7 novembreNantes/Saint-Herblain
18 novembreGenève (Suisse)
19 novembreLyon
21 novembreStrasbourg

Trois étapes, prévues à Chambéry le 22 octobre, à Dijon le 23 et à Nancy-Maxéville le 24, n’ont toujours pas de salle confirmée.

Ce que le juge n’a pas interdit

Le parquet de Nanterre réclamait la prison en attendant le procès. Le juge des libertés et de la détention, seul magistrat habilité à décider d’une incarcération à ce stade, l’a refusée le 10 juin, et Patrick Bruel est ressorti libre sous contrôle judiciaire.

Ce statut soumet la personne mise en examen à des obligations, énumérées une à une par le juge, sous peine d’être incarcérée. Dans le cas de Patrick Bruel, elles portaient d’abord sur l’interdiction de quitter le territoire français, levée depuis le 21 juillet. S’y ajoutent l’interdiction de se rendre au domicile des plaignantes et de leurs proches, et celle de fréquenter des salons de massage. Aucune ne concerne son métier : les faits dénoncés ne se sont pas déroulés dans le cadre de son activité professionnelle, ce qui prive le juge du motif qui lui aurait permis d’interdire les concerts.

Christophe Ingrain, l’un de ses conseils, a répondu aux appels au boycott. « Patrick Bruel est présumé innocent. Il doit donc être traité comme tel. Il doit pouvoir continuer à exercer son métier, monter sur scène et honorer les engagements pris devant son public », a-t-il déclaré. Après l’audience de mise en examen, un autre de ses avocats a indiqué que « les juges n’ont pas choisi d’empêcher Patrick Bruel de faire son métier » et qu’il « a le droit de chanter et d’être sur scène ».

Bruxelles et Genève attendent Versailles

Deux dates de la tournée se tiennent hors de France, à Forest National le 6 octobre et à l’Arena de Genève le 18 novembre. L’interdiction de quitter le territoire, prononcée le 10 juin, les rendait matériellement impossibles.

Les avocates de l’artiste ont demandé la levée de cette obligation. Un juge d’instruction la leur a accordée le 21 juillet, décision que la procureure adjointe de Nanterre a confirmée à l’AFP. Le parquet, qui s’y opposait, a fait appel. L’affaire a été examinée le vendredi 14 août par la chambre de l’instruction de la cour d’appel de Versailles, la formation chargée de contrôler le travail des juges d’instruction, qui a mis sa décision en délibéré au 16 septembre 2026, selon une information de RTL.

Le public a tout appris après coup. La levée du 21 juillet est restée inconnue pendant six semaines, jusqu’à une information de Mediapart publiée le 15 août et confirmée par le parquet, soit le lendemain de l’audience d’appel. Jusqu’au 16 septembre, Patrick Bruel peut voyager hors de France.

Ses trois avocats, Céline Lasek, Fanny Colin et Christophe Ingrain, ont diffusé un communiqué transmis à RTL le mardi 18 août. Ils y confirment que leur client est « de retour en France après un bref séjour à l’étranger » et qu’ils ont « sollicité et obtenu une main-levée de l’interdiction de quitter le territoire français ». Sur la polémique elle-même, ils écrivent que « cette procédure est ouverte à tout justiciable et n’a aucun caractère exceptionnel ou dérogatoire », que l’artiste ne présente « pas de risque de fuite » puisqu’il a répondu à toutes les convocations, et qu’« il n’y a ici aucun passe-droit d’aucune sorte ».

Me Corinne Herrmann, qui représente l’animatrice Flavie Flament et cinq autres plaignantes, avait qualifié la décision d’« inadmissible » et d’« incompréhensible » sur RTL dès le 16 août. Elle a déclaré y voir une « légèreté de la justice » adressée à des femmes ayant eu « le courage de libérer leur parole », et a annoncé la préparation de deux nouvelles plaintes ainsi que son intention de saisir le pôle spécialisé dans les crimes en série. Sur BFMTV, le 19 août, une autre avocate de plaignantes a déclaré que Patrick Bruel « bénéficie d’un traitement qui est particulièrement léger par rapport à d’autres affaires ».

Seize des dix-huit concerts échappent à ce contentieux. Deux en dépendent.

Le dossier s’alourdit, le calendrier tient

Mediapart a publié une première enquête en mars 2026, un mois après la mise en vente des billets. À partir de la mi-mai, plusieurs plaintes pour violences sexuelles visant le chanteur ont été portées à la connaissance du public par la presse. Le Monde en recensait alors au moins huit, réunies pour l’essentiel entre les mains du parquet de Nanterre, tandis qu’une enquête distincte était ouverte en Belgique. Flavie Flament, animatrice de télévision et de radio, accuse Patrick Bruel d’un viol qu’elle dit avoir subi en 1991, alors qu’elle était mineure.

Le 8 juin, l’artiste a été placé en garde à vue. Le parquet de Nanterre a fait état d’une enquête concernant « à ce stade 13 victimes », portant notamment sur des faits dénoncés par plusieurs femmes entre 1997 et 2001, ainsi que sur une dénonciation officielle transmise par les autorités belges pour des faits qui se seraient produits à Bruxelles en 2010.

Quatre dossiers distincts ont fondé la mise en examen prononcée le 10 juin au soir, décision par laquelle un juge estime qu’il existe des indices graves ou concordants et ouvre une instruction, sans préjuger de la culpabilité : un viol présumé à Neuilly-sur-Seine en 2008, une tentative de viol à Bruxelles en 2010, une agression sexuelle et un harcèlement sexuel à Perpignan en 2019, un harcèlement sexuel à Ajaccio la même année. Dans plusieurs autres procédures, il est témoin assisté, statut intermédiaire réservé à ceux contre qui les charges sont jugées insuffisantes pour une mise en examen. Les billets d’octobre et de novembre étaient en vente depuis quatre mois.

Le Dauphiné Libéré et BFMTV faisaient état de 31 plaintes les 27 et 28 juillet, après l’ouverture de deux nouvelles procédures pour viol et agression sexuelle visant des faits situés à l’automne 1994 et au printemps 2005. Le 19 août, à quarante-quatre jours du concert de Chartres, L’Indépendant a fait état du dépôt d’une plainte pour « tentative de viol » par une femme « tout juste majeure » à l’époque des faits allégués, portant selon ce quotidien le total à 31. Le Dauphiné Libéré, le même jour, avance le chiffre de 32. Les deux rédactions arrêtent leur décompte à des dates différentes, dans un dossier où de nouvelles plaintes sont déposées presque chaque semaine.

L’avocate Myriam Guedj-Benayoun a confirmé cette dernière plainte sur France Inter le 19 août. Elle a indiqué que les faits pourraient être prescrits, le délai légal pour porter plainte étant dépassé, sauf si les magistrats retenaient leur caractère répétitif pour les traiter comme une série.

Patrick Bruel conteste l’ensemble des faits qui lui sont reprochés. Par la voix de ses avocats, il rappelle que des plaintes de même nature, déposées en 2019, avaient été classées sans suite, faute pour le parquet d’avoir estimé les poursuites justifiées.

Quinze festivals, six dates au Québec

Le 29 mai, la société de production de l’artiste, 14 Productions, a annoncé l’annulation d’une quinzaine de concerts programmés dans des festivals entre juin et septembre. Le communiqué invoquait un « souci d’apaisement et de responsabilité ». Les trois représentations prévues au Cirque d’Hiver de Paris du 16 au 18 juin ont été supprimées sans report possible.

Six dates nord-américaines étaient tombées auparavant. Trois à Montréal fin novembre, trois à Québec début décembre. L’agence événementielle québécoise Gestev les a retirées de sa programmation dès mai 2026, en invoquant « le contexte actuel et l’impossibilité d’assurer la promotion ». Gestev a pris cette décision seule, sans injonction judiciaire.

Patrick Bruel s’est retiré des Enfoirés. La ville de Liège a suspendu le titre de citoyen d’honneur qu’elle lui avait décerné en 2022. Le magazine Elle a rapporté que sa maison de disques, Sony, avait mis en pause ses activités promotionnelles avec lui. Une vingtaine de concerts ont ainsi été rayés du calendrier en un mois, entre l’annonce de Gestev et celle du 29 mai.

En juin, alors que ces annulations s’accumulaient, Gala.fr constatait que les dates de France, de Belgique et de Suisse restaient « toujours disponibles à la vente dans les différentes billetteries ».

Les maires demandent, personne n’annule

Benoît Payan, maire de Marseille, a demandé publiquement au chanteur de déprogrammer son concert du 30 octobre au Dôme, « par respect pour la parole des victimes ». Charles Spapens, bourgmestre de Forest, commune bruxelloise où se trouve Forest National, a formulé la même demande pour la date du 6 octobre.

Le maire de Paris ne dispose d’aucune compétence légale pour annuler les concerts parisiens. « Je pense qu’il doit les annuler lui-même », a-t-il déclaré.

Une pétition réclamant l’arrêt de la tournée a réuni environ 47 000 signatures. Des militantes du collectif #NousToutes ont interrompu une représentation théâtrale à laquelle participait le chanteur. Les billets du Dôme et de Forest National restent en vente.

Il produit lui-même les dix-huit concerts

14 Productions, la société de l’artiste, produit la tournée. Une annulation ne se répercuterait donc pas sur un tiers, mais sur lui : coûts déjà engagés, remboursement des billets, salles réservées de longue date.

Le chanteur a « tout intérêt à [la] maintenir économiquement », mais aussi « symboliquement pour garder ce lien qu’il a avec son public », a indiqué Julie Poncet, journaliste culture à BFMTV. Steven Bellery, chef du service culture de la même chaîne, a rapporté les propos de proches de l’artiste. « Mener à bien cette tournée, c’est ce qui le fait tenir moralement. Il n’a pas l’intention de se laisser faire. Aujourd’hui, il part au combat », lui ont-ils déclaré.

Paris Match, cité par Le Figaro, rapporte que Patrick Bruel s’est estimé « mort professionnellement » auprès de son entourage.

Karine Viseur, attachée de presse belge qui a déposé plainte pour agression sexuelle, a qualifié de « révoltant » l’allègement du contrôle judiciaire, celui-là même qui autorise, à ce jour, les concerts de Bruxelles et de Genève.

Les salles françaises n’ont rien dit

Sept des dix-huit dates se tiennent dans un Zénith, à Paris, Orléans, Amiens, Lille, Toulouse, Nantes et Strasbourg. Ces salles appartiennent le plus souvent à une ville ou à une intercommunalité, qui en confie l’exploitation à une société privée par contrat. Trois concerts sont programmés dans des arenas récentes, à Reims, Floirac et Lyon. Le Dôme de Marseille, dont le maire réclame la déprogrammation, appartient à la Ville. Restent Chartres, Laval, Chambéry, Dijon, Nancy-Maxéville, Bruxelles et Genève, dont les exploitants n’ont fait l’objet d’aucune sollicitation publique.

Le taux de remplissage des dates restantes, six mois après les premières publications de Mediapart, n’a été communiqué ni par 14 Productions ni par les réseaux de billetterie. Le Zénith de Paris est complet. Pour les dix-sept autres concerts, aucun chiffre public.



L'Essentiel de l'Éco est un média indépendant. Soutenez-nous en nous ajoutant à vos favoris Google Actualités :

Publiez un commentaire

Publier un commentaire