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Le célèbre Prix Versailles a publié la liste des sept plus beaux aéroports du monde : quatre se trouvent en Asie, tous ont ouvert leurs portes en moins de sept mois. Des forêts entières ont été plantées à l’intérieur des halls, des façades sculptées en pétales de fleurs accueillent 140 millions de passagers par an, et un terminal cambodgien cite les temples d’Angkor dans ses voûtes de béton. Le palmarès 2026 enregistre un basculement géographique et architectural que les éditions précédentes ne laissaient pas prévoir à cette échelle.
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Sept lauréats, cinq pays
Le Prix Versailles a publié le 15 juin 2026 sa liste annuelle des plus beaux aéroports du monde. Sept réalisations y figurent cette année, contre six en 2025 : deux aux États-Unis, deux en Inde, une en Chine, une en Allemagne et une au Cambodge. Tous ont ouvert entre le 9 septembre 2025 et le 23 avril 2026.
Créé en 2015 à l’initiative de l’UNESCO et de l’Union internationale des architectes (UIA), le Prix Versailles tient son nom du château éponyme, symbole mondial de l’excellence architecturale française. Il décerne chaque année vingt-quatre distinctions réparties dans huit catégories : aéroports, gares, hôtels, restaurants, musées, campus, équipements sportifs, grands magasins. La mécanique comporte deux niveaux : la Liste, annoncée chaque été, identifie les réalisations les plus remarquables à l’échelle mondiale ; le Prix mondial, remis en décembre à l’UNESCO à Paris, couronne les trois meilleurs projets de la Liste, un titre pour l’intérieur, un pour l’extérieur, un titre suprême. En décembre 2025, lors de la onzième cérémonie, ce Prix mondial dans la catégorie aéroports a été attribué au Terminal 1 de l’aéroport international de San Francisco.
Quatre critères guident la sélection : innovation architecturale, reflet du patrimoine local, efficacité écologique et valeurs d’interaction sociale. Jérôme Gouadain, secrétaire général du Prix Versailles, a déclaré que ces aéroports « résolvent l’apparente contradiction entre la fréquence croissante des déplacements et l’exigence de rapidité, toutes deux au cœur de la vocation d’un aéroport, et la singularité d’une forme de tourisme qui valorise le temps passé dans des lieux qui ne peuvent plus être décrits comme de simples espaces de transit ». Selon lui, ces infrastructures posent également « une empreinte environnementale durable » et constituent des « cadres attractifs » reflétant des dynamiques économiques, culturelles et sociales.
L’Asie prend la main
En 2025, un seul aéroport asiatique figurait dans le palmarès du Prix Versailles. En 2026, quatre des sept lauréats se trouvent en Chine, en Inde et au Cambodge.
L’Inde fournit à elle seule deux lauréats : le Terminal 2 de l’aéroport de Guwahati, en Assam, et le Terminal 1 de l’aéroport international de Navi Mumbai. Ces deux réalisations sont toutes deux gérées par le groupe Adani Airport Holdings Ltd, qui pilote aujourd’hui sept aéroports en Inde. Fondé par le milliardaire Gautam Adani, ce conglomérat s’est imposé en moins de cinq ans comme le premier opérateur privé aéroportuaire du pays et investit massivement dans l’architecture de ses terminaux pour attirer les compagnies aériennes internationales.
Les chiffres de capacité donnent la mesure des ambitions. Le Terminal 3 de Canton-Baiyun porte la capacité totale de l’aéroport à 140 millions de passagers par an. Navi Mumbai est dimensionné pour 20 millions de passagers en phase 1, puis 90 millions à l’horizon 2032. L’aéroport Techo de Phnom Penh ouvre avec une capacité de 13 millions de passagers par an, contre une piste unique pour l’aéroport qu’il remplace après soixante ans de service.
Des arbres, du bambou, de la lumière
Quatre des sept terminaux récompensés intègrent directement des végétaux vivants dans leur architecture. À Guwahati, 140 tonnes de bambou local, deux espèces endémiques du nord-est de l’Inde, le Bholuka d’Assam et l’Apatani d’Arunachal Pradesh, constituent l’ossature décorative du terminal. À Pittsburgh, 38 colonnes d’acier en forme d’arbres soutiennent un plafond ondulant en bois. À San Diego, 537 panneaux de verre courbés sur 244 mètres filtrent la lumière naturelle dans les zones d’enregistrement et de retrait des bagages. À Phnom Penh, des arbres rumduol, la fleur nationale du Cambodge, ont été plantés à l’intérieur du terminal.
Ce parti pris, que les architectes désignent sous le terme de design biophilique, l’intégration de la nature dans les espaces bâtis, répond à un calcul autant qu’à une esthétique. Des études menées dans plusieurs aéroports européens et américains montrent que la présence de végétaux et de lumière naturelle réduit le niveau de stress mesuré chez les passagers, améliore le confort thermique et abaisse la consommation énergétique des bâtiments. San Diego vise la certification LEED Silver, un standard international qui évalue la performance environnementale des constructions, et fonctionne à 100 % à l’électricité décarbonée. Les maîtres d’ouvrage de ces projets ont intégré ces exigences dès la phase de conception, et non après coup pour satisfaire un cahier des charges.
La liste 2025 portait déjà ces choix. Le terminal de Portland, lauréat l’an dernier, intégrait neuf acres de bois de charpente locale et 72 arbres intérieurs. L’aérogare de Roland Garros à La Réunion, également primée en 2025, fonctionnait sans climatisation classique grâce à un système de 830 volets à lamelles pilotés par capteurs, s’ajustant en temps réel aux alizés.
Le foisonnement des sept
Aéroport international de Canton-Baiyun, Guangzhou, Chine
Le Terminal 3 de l’aéroport international de Canton-Baiyun a été inauguré le 30 octobre 2025, au terme de cinq années de travaux. Sa surface de construction atteint 683 300 m², soit l’équivalent de près de 96 terrains de football. Le concept architectural s’appuie sur le surnom de Guangzhou, la « Ville des Fleurs » : les huit façades du bâtiment, dites en « pétales », forment ce que le projet nomme la « Couronne de la Ville-Fleur ». C’est le premier terminal aéroportuaire en Chine à intégrer un jardin botanique et un parc paysager comportant des arbres centenaires préservés sur place, ainsi qu’une plateforme d’observation extérieure, la plus élevée du pays dans un aéroport. Avec ce troisième terminal, Baiyun Airport atteint une capacité totale de 140 millions de passagers par an.
Aéroport Lokapriya Gopinath Bordoloi, Guwahati, Inde
Le Terminal 2 de l’aéroport Lokapriya Gopinath Bordoloi, à Guwahati, a été inauguré par le Premier ministre Narendra Modi le 20 décembre 2025 et a ouvert à la circulation commerciale le 22 février 2026. Son architecte, Nuru Karim, du cabinet NU.DE à Mumbai, a conçu 57 colonnes en forme de bouquets d’orchidées foxtail, le Kopou Phool, fleur emblématique de l’Assam. Les 140 tonnes de bambou local et la « Sky Forest » composée de 100 espèces de flore régionale valent au bâtiment l’appellation de premier aéroport à thème nature d’Inde. Avec 140 000 m², le terminal représente sept fois la superficie de l’ancien bâtiment. Il a été construit pour un coût estimé à 5 000 crores de roupies, environ 540 millions d’euros, et est dimensionné pour 13,1 millions de passagers par an. L’International Architectural Award lui a été décerné en 2025.
Aéroport international de Navi Mumbai, Inde
Le D.B. Patil International Airport de Navi Mumbai a été inauguré par Narendra Modi le 8 octobre 2025 et a démarré ses opérations commerciales le 25 décembre. Conçu par Zaha Hadid Architects, basé à Londres, le bâtiment est coiffé d’un toit organique en forme de lotus, fleur nationale de l’Inde. Construit sur un terrain vierge, sans infrastructure préexistante, pour un coût de 19 650 crores de roupies, soit environ 2,1 milliards d’euros, il fait de Mumbai la première métropole indienne dotée de deux aéroports internationaux. Sa capacité est fixée à 20 millions de passagers par an en phase 1, avec une extension programmée à 90 millions d’ici 2032.
Aéroport international Techo, Phnom Penh, Cambodge
L’aéroport international Techo a ouvert le 9 septembre 2025, mettant fin à plus de soixante ans de service de l’ancien aéroport de Phnom Penh. Foster + Partners, le cabinet britannique fondé par Norman Foster, en a signé l’architecture. Des voûtes structurelles portées par des piliers organiques évoquent les temples d’Angkor ; les soffites à claire-voie, les surfaces intérieures des arches, reprennent les motifs de la vannerie khmère traditionnelle. Doté de trois pistes et d’une capacité initiale de 13 millions de passagers par an, Techo est le premier aéroport du Cambodge à répondre aux normes maximales de l’aviation civile internationale, ce qui lui permet d’accueillir les plus gros porteurs en service, comme l’Airbus A380.
Aéroport de Francfort, Allemagne
Le Terminal 3 de Francfort-sur-le-Main a été inauguré le 22 avril 2026 et a accueilli son premier vol commercial dès le lendemain, soit cinquante-six jours avant la publication du palmarès. L’architecte Christoph Mäckler, du cabinet Mäckler Architekten à Francfort, a construit le projet sur une référence explicite à la Neue Nationalgalerie de Mies van der Rohe, le musée berlinois achevé en 1968 et considéré comme l’un des chefs-d’œuvre de l’architecture moderne. Un « marketplace » central de 6 000 m², une grande place couverte accueillant boutiques et restaurants, est surplombé d’une verrière aux formes sculptées. Fraport, le gestionnaire de l’aéroport, a investi 4 milliards d’euros dans ce terminal, qui regroupe 64 boutiques et restaurants et accueille 57 compagnies aériennes. Sa capacité est fixée à 19 millions de passagers par an en première phase, extensible à 25 millions avec l’ajout d’une jetée supplémentaire. Fraport le présente comme « le terminal le plus avancé d’Europe ».
Aéroport international de Pittsburgh, États-Unis
Le nouveau terminal de l’aéroport de Pittsburgh, la partie du bâtiment accessible aux passagers avant le contrôle de sécurité, côté ville, a ouvert le 18 novembre 2025, pour un investissement total de 1,7 milliard de dollars. Les cabinets Gensler, HDR et Luis Vidal + Architects ont livré 75 000 m² de construction neuve, partie d’un projet global dépassant 95 000 m² une fois la rénovation de la zone côté pistes incluse. L’intérieur du bâtiment est organisé autour de 38 colonnes d’acier en forme d’arbres qui soutiennent un plafond ondulant en bois, parsemé de 4 000 lumières stellaires. Le terminal remplace un hub datant des années 1990. Gensler et ses associés ont orienté la conception vers la clarté des cheminements et la réduction du temps entre le dépose-minute et la porte d’embarquement.
Aéroport international de San Diego, États-Unis
Le nouveau Terminal 1 de l’aéroport international de San Diego a ouvert le 22 septembre 2025, mettant fin à cinquante-huit ans de service du bâtiment précédent. Conçu par Gensler en association avec Turner-Flatiron, il a coûté 3,8 milliards de dollars. Sa façade, baptisée « Luminous Wave », est composée de 537 panneaux de verre courbés réalisés en collaboration avec le studio James Carpenter, et s’étend sur 244 mètres. Elle inonde d’une lumière naturelle filtrée les zones d’enregistrement et de retrait des bagages, tout en ouvrant des vues sur la baie de San Diego. Le terminal comprend 19 nouvelles portes d’embarquement et 30 restaurants. Trois fois plus grand que l’ancien bâtiment, il vise la certification LEED Silver et fonctionne exclusivement à l’électricité décarbonée.
2025 : deux Français, six lauréats
La liste 2025 du Prix Versailles comptait six aéroports issus de quatre pays. Deux réalisations françaises y figuraient, ce qui constituait une présence inédite pour la France dans cette catégorie.
Le Terminal 1 de l’aéroport Marseille Provence, inauguré en juillet 2024, déploie un hall vitré de 22 mètres de hauteur construit à 70 % en acier recyclé. Son architecture s’inspire des hangars portuaires du Vieux-Port, et l’extension de 28 000 m² est dotée de fenêtres zénithales en aluminium assurant la ventilation naturelle, avec des vues sur les collines de Provence. L’aérogare arrivée de Roland Garros, à La Réunion, fonctionne sans climatisation classique : un « canyon » central fait office de cheminée thermique naturelle, et 830 volets à lamelles pilotés par capteurs s’ajustent en temps réel aux alizés.
Les quatre autres lauréats 2025 étaient le Terminal 2 de Yantai Penglai en Chine, le Terminal 1 du Kansai au Japon, le terminal principal de Portland aux États-Unis et le Terminal 1 de San Francisco, ce dernier remportant le Prix mondial décerné le 4 décembre 2025 à l’UNESCO à Paris, lors de la onzième cérémonie de la distinction.
En 2026, aucune réalisation française ne figure dans la liste. L’Allemagne est le seul pays européen représenté.
Ce que construire un aéroport veut dire en 2026
Le Terminal 3 de Francfort a coûté 4 milliards d’euros. Navi Mumbai, environ 2,1 milliards. San Diego, 3,8 milliards de dollars.
Jérôme Gouadain a indiqué que ces lieux « ne peuvent plus être décrits comme de simples espaces de transit » et qu’ils « posent une empreinte environnementale durable » tout en devenant des « cadres attractifs ». Canton-Baiyun raconte Guangzhou par ses pétales de fleurs ; Guwahati parle de l’Assam par son bambou et ses orchidées ; Techo cite Angkor dans ses voûtes ; Pittsburgh convoque la forêt de Pennsylvanie dans ses colonnes d’acier. Dans chacun de ces dossiers de candidature, la référence territoriale n’est pas un ornement : c’est l’argument principal soumis au jury.
San Diego fonctionne à 100 % à l’électricité décarbonée. Roland Garros à La Réunion n’a pas besoin de climatisation. Le terminal de Portland a mobilisé neuf acres de bois de charpente locale. Ces choix répondent aux quatre critères du Prix Versailles, innovation, patrimoine, écologie, interaction sociale, que les maîtres d’ouvrage intègrent désormais dès le premier trait du crayon.


