Afficher le sommaire Masquer le sommaire
Un sous-marin qui n’a encore jamais été livré vient d’écarter un bâtiment en patrouille dans quatre marines étrangères. L’industriel français avançait l’offre la plus mûre techniquement, et cela n’a pas suffi. Quelques mois plus tôt, les deux capitales avaient scellé un engagement d’assistance mutuelle en cas d’agression armée. Le marché est allé à un concurrent scandinave.
A LIRE AUSSI
La Russie lance un nouveau sous-marin nucléaire d’attaque
Trois coques, 47 milliards de couronnes
Le contrat porte sur 47 milliards de couronnes suédoises, soit environ 4,83 milliards de dollars et une somme comprise entre 4,4 et 4,6 milliards d’euros selon le taux de conversion retenu. Trois sous-marins A26 seront livrés à la marine polonaise par le groupe suédois Saab. La signature s’est déroulée à Gdynia, port militaire de la Baltique, en présence des plus hauts responsables polonais et suédois.
Aucun A26 n’est aujourd’hui en service dans une marine, y compris en Suède. Varsovie a donc engagé plus de 4 milliards d’euros sur un bâtiment que ses futurs équipages n’ont jamais vu naviguer, en écartant un Scorpène français dont plusieurs exemplaires patrouillent pour le compte de marines étrangères.
L’accord clôt le programme Orka, ouvert pour reconstituer une flotte sous-marine polonaise réduite à presque rien. Varsovie exploite encore l’ORP Orzeł, bâtiment hérité de l’époque soviétique, et des Kobben, une classe de petits sous-marins dessinée dans les années 1960 et rachetée d’occasion à la Norvège. Les reports successifs et le sous-investissement ont laissé la marine polonaise sans capacité de remplacement crédible pendant plus d’une décennie.
Saab livrera aussi un paquet d’armements, un dispositif de formation des équipages et un soutien couvrant la durée de vie des bâtiments. Les deux gouvernements ont présenté la cérémonie comme un acte de renforcement de la sécurité en mer Baltique.
Un bâtiment qui n’a pas encore pris la mer
L’A26, baptisé Blekinge dans sa déclinaison suédoise, embarque une propulsion dite anaérobie, qui fonctionne sans oxygène extérieur et permet au bâtiment de rester immergé plusieurs semaines sans remonter en surface, donc sans se faire repérer. Saab met en avant sa discrétion acoustique et une architecture modulaire conçue pour la Baltique, une mer peu profonde et peu salée où les sous-marins océaniques classiques sont plus faciles à détecter et manœuvrent mal. L’industriel suédois lui prête des missions de renseignement et de déploiement de forces spéciales. Une capacité de frappe à distance est annoncée à terme.
Ces performances n’ont pas été vérifiées à la mer. Les premières unités destinées à la marine suédoise sont toujours en construction, et le programme a accumulé des retards depuis son lancement. Naval Group affrontait donc un concurrent dont l’argumentaire reposait sur des promesses de conception, quand le sien reposait sur des heures de plongée déjà effectuées.
Les autorités polonaises engagent leur marine sur une capacité en cours de mise au point, avec les risques de retard et de dérapage financier que porte tout programme non encore validé. Le Scorpène leur aurait apporté un produit fini, livrable selon un échéancier connu.
Varsovie a néanmoins arbitré selon sa propre logique. En entrant dans le programme alors que les premières coques sortent à peine des ateliers, la Pologne obtient ce qu’un acheteur d’un matériel déjà en série ne peut plus obtenir : la possibilité de faire modifier le bâtiment avant sa construction, pour l’adapter à ses propres besoins. Les exigences polonaises et suédoises se recoupent presque intégralement, même mer, même adversaire désigné, mêmes fonds marins. Avec un Scorpène figé dans sa configuration, la marine polonaise aurait reçu un produit validé, mais sans influence sur le sous-marin qui servira de référence en Baltique pour les trente prochaines années.
Le Scorpène navigue sous quatre pavillons
Le Chili, la Malaisie, l’Inde et le Brésil exploitent des Scorpène. Naval Group s’appuyait sur cette base d’utilisateurs face à Saab : des bâtiments en patrouille, des équipages formés, des cycles de maintenance documentés et plusieurs années de service opérationnel derrière lui.
L’offre française comportait un transfert de technologie et une implication de l’industrie polonaise dans le soutien et la maintenance des futurs bâtiments, selon les éléments rapportés par la presse spécialisée. Des sources françaises citées par ces mêmes publications ont indiqué que Naval Group présentait la meilleure offre sur le plan technico-opérationnel. Ces sources appartiennent à la partie française, et aucun évaluateur polonais n’a confirmé ce jugement.
Varsovie n’a pas retenu ces arguments. Le risque technique plus faible, les performances déjà vérifiées, la certitude des délais de livraison : rien de tout cela n’a suffi.
Ce que Stockholm offrait et Paris ne pouvait pas
La Suède a rejoint l’OTAN en mars 2024. Ses côtes bordent la même mer que celles de la Pologne, et sa marine croise les mêmes bâtiments russes dans les mêmes eaux. Varsovie a trouvé chez Saab une légitimité de riverain que la France, puissance atlantique et méditerranéenne, ne pouvait pas égaler sur ce théâtre.
Le contrat prévoit ensuite le développement en Pologne d’ateliers capables d’entretenir, de réparer et de réviser les sous-marins sur place. Varsovie a fait de la construction d’une industrie de défense nationale un objectif politique explicite depuis 2022. Saab s’engage donc à installer chez son client l’outil industriel qui suivra les trois bâtiments pendant toute leur vie, quand l’offre française évoquait, selon la presse spécialisée, une implication possible de l’industrie polonaise, une intention à négocier plus tard, face à un engagement chiffré et inscrit au contrat.
Les deux gouvernements ont utilisé la cérémonie de Gdynia comme une déclaration de partenariat militaire en Baltique, adressée simultanément à Moscou et aux autres alliés de l’OTAN. Les deux marines partageront des standards, des procédures et une partie de leur chaîne d’approvisionnement pendant plusieurs décennies. Un Scorpène français n’aurait raccordé la marine polonaise à aucune flotte voisine.
Un partenariat signé en mai 2025, sans effet
En mai 2025, la France et la Pologne ont signé à Nancy un traité de partenariat stratégique de défense. Le texte comporte une clause d’assistance mutuelle en cas d’agression armée, engagement que Paris n’accorde qu’à un très petit nombre d’États, et prévoit un approfondissement de la coopération sur l’Ukraine, la cyberdéfense et la sécurité européenne.
Des unités polonaises ont depuis participé à des exercices conduits avec les armées françaises, et Paris a renforcé sa présence dans les déploiements alliés destinés à rassurer les pays frontaliers de la Russie. Les deux états-majors travaillent ensemble sur plusieurs dossiers ouverts par la guerre en Ukraine.
Aucun de ces engagements n’a produit d’avantage industriel pour Naval Group dans le dossier Orka. Moins d’un an après Nancy, Varsovie a attribué son plus gros contrat naval à un industriel dont le sous-marin n’a pas encore été livré à sa propre marine nationale, et le ministère français des Armées n’a pas rendu publique d’évaluation contradictoire de la décision polonaise.
Les prêts de Bruxelles financent le nord
L’Union européenne a créé en 2025 un mécanisme de prêts baptisé SAFE, doté de 150 milliards d’euros, pour aider les États membres à financer leur réarmement après l’invasion russe de l’Ukraine. La Pologne en est le premier bénéficiaire, avec 43,7 milliards d’euros approuvés et contractualisés, soit près de 30 % de l’enveloppe totale.
Ces prêts alimentent une modernisation militaire dont Saab vient de capter l’un des volets les plus lourds. Les Vingt-Sept financent ensemble un dispositif qui contribue à porter un programme sous-marin encore en développement, au détriment d’un chantier français dont les bâtiments sont livrés et en service depuis des années.
Depuis 2022, Varsovie a passé des commandes de chars et d’avions de combat auprès de fournisseurs américains et sud-coréens, puis des systèmes de défense antimissile, avec l’objectif affiché de devenir la première armée conventionnelle de l’Europe de l’Est. Les groupes français n’ont emporté aucun de ces marchés majeurs. Le contrat de Gdynia ajoute la Suède à la liste des vainqueurs.
Naval Group face aux voisins de ses clients
Le dossier Orka fixe deux exigences nouvelles aux campagnes européennes de Naval Group, et l’une comme l’autre expliquent qu’un bâtiment non encore opérationnel ait pu l’emporter. La première tient à l’installation d’usines chez l’acheteur, que Saab avait chiffrée et localisée dans son offre. La seconde tient à une justification géopolitique que le client puisse présenter à ses propres électeurs, et que la France ne pouvait pas produire pour la Baltique.
L’entretien des bâtiments a changé de statut dans ces appels d’offres. Longtemps négocié en fin de discussion comme une contrepartie commerciale, il est devenu un critère de sélection dès le départ pour des États qui veulent pouvoir réparer leurs sous-marins chez eux, sans dépendre d’un chantier étranger si une crise éclate. Saab l’a intégré dès la conception de son offre polonaise.
Naval Group affronte désormais des candidatures portées par des voisins immédiats de ses clients potentiels. Face à un industriel dont le pays partage la même mer et le même adversaire que l’acheteur, le nombre d’heures de plongée déjà accomplies ne suffit plus à emporter la décision.
Les premières coques suédoises sont encore en chantier. Les équipages polonais qui les armeront seront formés au titre du contrat signé à Gdynia, avant même que le premier bâtiment de la série n’ait effectué sa plongée d’essai.



De toute façon la France est terriblement isolée. L’Allemagne n’a qu’un seul objectif, vassaliser la France. Les Polonais ne nous ont jamais pardonné notre retard à la détente en 1939. Les Scandinaves et les Néerlandais nous méprisent.
L’Europe n’est qu’une fiction, hélas !
concernant la Pologne j’annulerai cette alliance signée par Macron avec la Pologne et je leurs dirai faite le avec la Suède et bon vent
je vais même à retiré nos troupes engagés près de la frontière Russe à fin qu’ils comprennent que sans les Français et l’arme atomique là Pologne malgré leur réarmement n’auront aucun moyen de pression avec les russes..
Finalement la France paie 10 milliards d’euros par an en contribution nette à l’UE et ne récolte aucun bénéfice en retour. Et si nous sortions de l’UE ?