Désindustrialisation : les dix départements français les plus durement frappés

Dix départements concentrent l'essentiel du décrochage industriel français. Sept sont au nord et à l'est. La liste n'a presque pas bougé depuis 1975.

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Dix départements concentrent l’essentiel du décrochage industriel français, et la liste a très peu bougé depuis 1975. Sept d’entre eux se trouvent au nord et à l’est du pays. L’année 2025 les a tous rappelés à l’ordre, au moment même où la France annonçait un record d’investissements. Voici le classement, et ce qu’il dit du récit de la réindustrialisation.

Stellantis a confirmé le 16 juillet 2026 l’arrêt définitif de la production de moteurs thermiques à Douvrin, au 30 octobre 2026. Une partie des salariés a rejoint l’usine de batteries ACC, implantée à Billy-Berclau, commune mitoyenne. À la mi-juillet, des titulaires de CDI et des intérimaires restaient sans solution, selon les comptes rendus des instances représentatives du personnel publiés localement.

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L’usine ferme dans le Pas-de-Calais, deuxième département du classement établi ci-dessous, qui a perdu 40 000 emplois industriels en dix ans avec son voisin du Nord. Douvrin fabriquait des blocs moteurs pour l’ex-PSA. ACC y produit des cellules de batteries pour voitures électriques, dans une installation dont Stellantis, Mercedes-Benz et TotalEnergies sont actionnaires. Fabriquer une batterie demande moins de personnel que fabriquer un moteur thermique, parce que les lignes y sont presque entièrement automatisées, et un ouvrier de l’usinage ne devient pas opérateur en électrochimie sans une formation complète.

Aucun décompte consolidé des salariés sans affectation au 2 novembre n’a été rendu public à la mi-juillet 2026.

Infographie

Les dix départements les plus durement frappés

Filtrez par région ou par type de déclin, puis ouvrez une ligne pour le détail. Classement construit par la rédaction, aucun organisme public n’en publie.
0emplois industriels perdus depuis 1975
0de l’effectif industriel de départ
0des pertes dans quatre régions
Sources : France Stratégie, Observatoire des territoires, baromètre industriel de l’État, Trendeo, CGT, La Voix du Nord, France Culture. La typologie en trois classes de déclin est une classification de la rédaction et ne figure dans aucune source publique.

Un palmarès que l'Insee ne publie pas

Aucun organisme public national ne diffuse de classement des départements les plus touchés par la désindustrialisation. Ni l'Insee, ni France Stratégie, ni les services statistiques ministériels ne produisent ce type de hiérarchie. Le palmarès présenté ici a donc été construit par croisement de plusieurs familles de sources : séries longues sur l'emploi industriel, études territoriales, décomptes de fermetures de sites, plans sociaux, dépôts de bilan, enquêtes de conjoncture et dossiers sociaux des grands groupes.

Cette méthode identifie les départements où le recul industriel est simultanément le plus ancien, le plus lourd en volume et le plus visible aujourd'hui dans les annonces de fermetures. Elle n'établit pas de hiérarchie mathématique au rang près. L'écart entre le quatrième et le sixième de la liste ne repose sur aucun indicateur unique et opposable.

Deux chiffres justifient de resserrer l'examen sur une dizaine de départements plutôt que sur les quatre-vingt-seize. Depuis le milieu des années 1970, la France a détruit environ 2,5 millions d'emplois industriels, un recul de l'ordre de 44 % par rapport à l'effectif de départ, selon les synthèses de France Stratégie. Quatre régions, l'Île-de-France, les Hauts-de-France, le Grand Est et Auvergne-Rhône-Alpes, concentrent à elles seules 78 % de ces pertes depuis 1975.

L'Île-de-France figure dans ce quarté sans placer aucun de ses départements dans le classement qui suit. La région a perdu beaucoup d'emplois industriels en nombre, à Saint-Denis, à Boulogne-Billancourt ou à Poissy, mais les activités de bureau, de commerce et de services qui s'y sont installées ont absorbé une partie des salariés concernés. Perdre 100 000 emplois d'usine ne produit pas les mêmes effets là où d'autres emplois se créent et là où il n'en arrive aucun.
Le Grand Est en aligne cinq à lui seul.

Ceux qui ont perdu tôt perdent encore

France Stratégie a documenté, dans ses travaux sur les politiques industrielles, un mécanisme d'accumulation. Les territoires qui ont le plus perdu au début du processus, entre 1975 et 1985, sont ceux qui perdent encore le plus aujourd'hui. La désindustrialisation ne s'est pas étalée sur le pays au fil du temps, elle a creusé les mêmes zones.

Les données 1975-2019 donnent la mesure de l'écart. À l'échelle du pays, l'industrie a perdu environ 44 % de ses effectifs. Dans les Hauts-de-France, où se trouvent les deux premiers du classement, elle en a perdu 62,1 %, soit 488 535 emplois. Dans le Grand Est, qui fournit cinq des dix départements de la liste, 55,4 %, soit 403 954 emplois. Ces deux régions ont donc perdu, proportionnellement, une fois et demie ce qu'a perdu la moyenne nationale.

Les conséquences ont dépassé les statistiques de l'emploi. Dans le bassin minier du Pas-de-Calais comme dans la vallée de la Meuse ardennaise, la fermeture des grands établissements a vidé des centres-villes, allongé les trajets domicile-travail de ceux qui sont restés en emploi, changé la composition sociale de quartiers entiers construits pour loger des ouvriers d'usine. Les corons du Nord-Pas-de-Calais ont été inscrits au patrimoine mondial de l'Unesco en 2012, treize ans après l'arrêt de la dernière extraction charbonnière française. Un paysage industriel devient patrimoine une fois que l'activité qui l'a produit a disparu.

Dunkerque, Douvrin, même bassin, même érosion

Le Nord, premier du classement, concentre encore 43,1 % de l'emploi industriel des Hauts-de-France. Cette part en fait le premier employeur industriel de la région et le plus exposé à chaque retournement de secteur.

ArcelorMittal a présenté au printemps 2025 un plan social, la procédure qui encadre les licenciements collectifs dans les entreprises de plus de cinquante salariés, portant sur environ 600 suppressions de postes en France. L'État l'a validé en décembre 2025. Le contingent le plus lourd concerne Dunkerque, premier site sidérurgique français, dont les hauts-fourneaux fournissent l'acier d'une partie des constructeurs automobiles européens. Le groupe avait mis en avant la concurrence des aciers importés et le coût du remplacement de ses installations par des équipements moins émetteurs de CO₂.

Autour de ces grands établissements travaillent des milliers de salariés de la métallurgie, de la sous-traitance automobile et des ateliers qui fournissent les usines en pièces et en services. Ces entreprises comptent souvent moins de deux cents personnes et n'apparaissent dans aucun décompte national de plans sociaux.

Le Pas-de-Calais suit la même courbe. La Voix du Nord a établi que les deux départements avaient perdu ensemble 40 000 emplois industriels en dix ans, dans l'automobile, la sous-traitance, les productions traditionnelles et le conditionnement. Douvrin s'inscrit dans cette série.

Reste le calcul des volumes, celui qui décide du maintien ou non d'un département dans ce classement. ACC a bien créé des emplois à Billy-Berclau, à quelques centaines de mètres du site qui ferme. Mais une usine de batteries coûte plusieurs milliards d'euros en machines pour un nombre d'ouvriers sans rapport avec celui d'une usine de moteurs des années 1970, où l'essentiel du travail se faisait à la main sur des chaînes d'assemblage. Un emploi détruit à Douvrin n'égale pas un emploi créé chez le voisin.

En Lorraine, Florange rouvre le dossier

Plus d'une centaine de suppressions de postes ont été détaillées à Florange dans le cadre du plan ArcelorMittal du printemps 2025. Le nom du site avait occupé la campagne présidentielle de 2012, après l'arrêt de ses hauts-fourneaux. Treize ans plus tard, ce sont les ateliers de transformation de l'acier, présentés à l'époque comme l'avenir du site, qui réduisent leurs effectifs.

La Moselle, troisième du classement, a vu son emploi salarié reculer sur la période récente et ses dépôts de bilan augmenter, dans la sidérurgie comme chez les fournisseurs de l'automobile.

Sa voisine la Meurthe-et-Moselle occupe le quatrième rang avec des chiffres qui, pris isolément, s'améliorent : les dépôts de bilan y ont récemment diminué. L'apparente bonne nouvelle demande à être lue de près. Quand les entreprises les plus fragiles ont déjà disparu lors des vagues précédentes, il en reste moins pour faire faillite l'année suivante, et le nombre de défaillances baisse sans qu'aucun emploi ait été créé. Le volume d'heures payées dans l'industrie du département, mesuré fin 2025, a d'ailleurs reculé dans le même temps. Cet indicateur enregistre le ralentissement de l'activité plusieurs mois avant que les licenciements ne soient annoncés.

Dans les Vosges, il reste 3 000 emplois textiles

Le textile vosgien employait environ 30 000 personnes dans les années 1980. Il en emploie aujourd'hui près de 3 000, selon les estimations reprises par la presse régionale et les travaux historiques consacrés à la filière. Neuf emplois sur dix ont disparu en quarante ans, ce qui vaut au département le cinquième rang de ce classement.

Des ateliers subsistent, notamment dans le linge de maison et chez des marques qui font de la fabrication française leur argument de vente. Le volume d'emplois, lui, ne s'est jamais reconstitué.

Les Ardennes, sixièmes, ont subi deux vagues successives, la sidérurgie d'abord, l'automobile ensuite. France Culture a employé, à propos du département, l'expression de « sinistre industriel de deux générations ». Les services de l'État y ont créé un observatoire consacré aux seules friches industrielles, ces terrains et bâtiments laissés vides par les usines fermées, ce qui donne la mesure des surfaces concernées.

Ces deux départements ne figurent pourtant presque jamais dans les décomptes nationaux de plans sociaux. Il y reste trop peu d'établissements assez grands pour déclencher une procédure de cette ampleur. Leur présence dans ce classement tient à ce qui a été détruit, non à ce qui se ferme cette année.

Le Rhône et l'Isère, le décrochage sans friches

Deux départements du Sud-Est complètent la liste, selon deux mécanismes opposés : une érosion longue masquée par la prospérité dans le Rhône, un effondrement en quelques mois en Isère.

L'Observatoire des territoires a établi que le Rhône, septième, concentre à lui seul 35,8 % des emplois industriels perdus par l'ancienne région Rhône-Alpes. Le département abrite la métropole lyonnaise, deuxième pôle économique français, où la création d'emplois de bureau et de services a compensé une partie des sorties de l'industrie. Le chômage y est resté contenu, et la vallée de la chimie, au sud de Lyon, a pourtant perdu des milliers de postes en trente ans.

En Isère, neuvième, tout s'est joué en quelques mois. Le tribunal a prononcé la liquidation judiciaire de Vencorex en mai 2025. Ce chimiste, qui produisait des composants entrant dans la fabrication des peintures et des mousses, employait plusieurs centaines de personnes sur la plateforme de Pont-de-Claix. Quelques dizaines d'emplois seulement ont été repris.

Arkema, dont le site voisin de Jarrie dépendait de cette plateforme, a annoncé dans la foulée 154 suppressions de postes. Une plateforme chimique fonctionne en circuit fermé : les usines qui la composent se vendent entre elles des produits intermédiaires et partagent les mêmes équipements collectifs, la vapeur, le traitement des eaux usées, les pompiers, la voie ferrée. Quand l'une disparaît, les autres perdent un client ou un fournisseur et se répartissent à moins nombreuses la facture des équipements communs.

Moins d'un semestre a séparé le jugement de mai 2025 de l'annonce d'Arkema.

Rouen et Strasbourg, deux exposées sans passé minier

La Seine-Maritime, huitième, dépend de quatre filières : la chimie, le raffinage, l'agroalimentaire et l'automobile. Bercy et plusieurs médias économiques ont identifié ces mêmes secteurs comme les plus mal orientés au premier semestre 2025. Le département entre donc dans la liste par accumulation de fragilités sectorielles.

Raffineries, dépôts pétroliers et sites chimiques se concentrent le long de la Seine, entre Rouen et Le Havre, alors que les Européens consomment moins de carburant qu'il y a dix ans et que les raffineries asiatiques et moyen-orientales, plus récentes et plus grandes, vendent moins cher.

Rien de tel dans le Bas-Rhin, dixième et dernier du classement. Ni bassin minier, ni industrie unique, mais un tissu d'entreprises variées qui travaillent en grande partie pour des donneurs d'ordres allemands et suisses. Le département figure pourtant parmi les plus exposés du Grand Est aux dépôts de bilan et aux restructurations industrielles.

Cette dépendance transfrontalière, longtemps portée au crédit de l'Alsace, transmet aussi les mauvaises nouvelles. Quand les constructeurs allemands réduisent leurs cadences, les équipementiers installés autour de Strasbourg et de Haguenau voient leurs commandes baisser dans le trimestre qui suit.

Les fermetures de 2025 tombent sur les mêmes

Le baromètre industriel de l'État a recensé 44 ouvertures de sites industriels et 82 fermetures au premier semestre 2025, hors agrandissements et réductions de taille. Solde : 38 sites nets perdus en six mois.

Le cabinet Trendeo, qui suit les créations et les disparitions d'usines depuis 2009 selon sa propre méthode, a évalué à 63 le solde négatif sur l'ensemble de l'année 2025, plus mauvais résultat depuis 2013. Les deux chiffres ne s'additionnent pas et ne se recouvrent pas exactement : ils proviennent de deux comptages indépendants, qui ne retiennent pas les mêmes opérations ni la même taille minimale pour qu'un site soit compté.

La CGT a recensé de son côté 483 plans sociaux au 5 décembre 2025, représentant 107 562 emplois menacés ou supprimés, dont 46 560 dans la seule industrie. Ce décompte syndical repose sur les remontées de ses militants et non sur un fichier administratif, ce qui invite à le manier avec prudence. Il va néanmoins dans le même sens que les constats des services de l'État, de la presse économique et des cabinets spécialisés.

Les dossiers industriels les plus lourds de cette année se lisent sur la carte du classement. Dunkerque relève du Nord, Florange de la Moselle, Pont-de-Claix et Jarrie de l'Isère, Douvrin du Pas-de-Calais. Quatre des dix départements de la liste ont porté à eux seuls les plans sociaux industriels les plus commentés de 2025.

Les milliards ne vont pas là où les usines ferment

La France a enregistré 125 milliards d'euros d'annonces d'investissements en 2025. Environ 67 milliards d'euros, soit plus de la moitié, proviennent des seuls centres de données, ces bâtiments qui hébergent les serveurs informatiques.

Un centre de données de grande taille coûte plusieurs centaines de millions d'euros et emploie, une fois en service, quelques dizaines de techniciens chargés de la maintenance et de la surveillance. Une usine de moteurs ou une filature faisait travailler des centaines, parfois des milliers de personnes pour un investissement bien moindre. Le montant total des annonces peut donc battre des records pendant que le nombre d'emplois industriels continue de baisser dans les dix départements de ce classement.

Deux d'entre eux ont capté une part de ces projets. Dunkerque, dans le Nord, a obtenu des implantations liées aux batteries et à l'hydrogène. Le Rhône attire des investissements numériques autour de Lyon. Ces projets se posent sur un petit nombre de sites, choisis près des grandes lignes électriques et des métropoles, quand les usines disparues étaient réparties dans des dizaines de villes moyennes des Vosges, des Ardennes ou du bassin minier. Trois cents emplois créés dans une zone d'activité près d'une métropole ne remplacent pas 3 000 emplois perdus dans une vallée textile.

Rien, dans les données publiées à ce jour, n'indique que la composition de cette liste sera différente l'an prochain. À Douvrin, les lignes s'arrêtent le 30 octobre 2026, et des salariés en CDI et des intérimaires attendent encore de savoir où ils travailleront le 2 novembre.

Note de rédaction, non publiable. À valider avant mise en ligne : actionnariat et localisation d'ACC, inscription des corons à l'Unesco en 2012, nature des produits Vencorex, motifs invoqués par ArcelorMittal. Manquent toujours l'effectif total de Douvrin, le nombre de reclassements effectifs vers ACC et toute parole d'acteur, syndicats du site, direction Stellantis, préfecture ou élus locaux. Deux sources vivantes au minimum sont nécessaires pour un format de cette longueur.



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