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Elles ont porté un bracelet électronique parce qu’un tribunal le leur a imposé. Nicolas Sarkozy l’a gardé trois mois. Jérôme Cahuzac l’a retiré lui-même pour aller soigner des malades du Covid dans un hôpital corse. Dieudonné en a fait un numéro de scène. Un nom inédit vient s’ajouter à cette liste, avec une question qu’aucun des précédents n’avait posée : peut-on mener une campagne présidentielle avec un boîtier à la cheville ?
Un an ferme, une candidature intacte
La cour d’appel de Paris a condamné Marine Le Pen, ce mardi 7 juillet 2026, à trois ans de prison dont un an ferme. Cette peine ferme est aménageable, ce qui signifie qu’elle pourra l’exécuter à domicile sous bracelet électronique plutôt qu’en détention. Marine Le Pen est jugée dans l’affaire dite des assistants parlementaires du Front national, devenu depuis Rassemblement national : la justice a estimé que le parti avait employé, sur le budget du Parlement européen, des collaborateurs qui travaillaient en réalité pour le mouvement en France, et non comme assistants à Bruxelles ou Strasbourg. La cour d’appel y ajoute 45 mois d’inéligibilité, dont 30 avec sursis.
Le calcul qui rend une candidature possible en 2027 tient en une ligne : sur ces 45 mois, la part ferme, celle qui s’applique réellement, est de 15 mois. Or cette peine ne part pas du jugement de ce mardi : elle court depuis la première condamnation, prononcée le 31 mars 2025. Quinze mois après mars 2025, on arrive à juin 2026. Marine Le Pen a donc, à ce jour, déjà purgé la partie ferme de son inéligibilité, ce qui la rend en droit candidate à l’élection présidentielle.
Le contraste avec le jugement de première instance mesure l’ampleur du changement. En mars 2025, le tribunal correctionnel de Paris l’avait condamnée à quatre ans de prison dont deux ans ferme, avec 100 000 euros d’amende et cinq ans d’inéligibilité. Ce jugement était assorti d’une exécution provisoire, une mesure qui rend une peine applicable immédiatement, même en cas d’appel : elle écartait donc Marine Le Pen de la course à l’Élysée dès 2025. En appel, la peine ferme a été divisée par deux et l’inéligibilité fortement réduite.
Marine Le Pen avait pourtant écarté, à plusieurs reprises avant le verdict, l’hypothèse d’une campagne sous bracelet. Elle jugeait incompatibles les meetings du soir et les contraintes horaires du dispositif. Sa réaction précise à la décision de ce mardi n’était pas encore connue au moment de la publication de cet article. Le parquet général dispose de dix jours pour se pourvoir en cassation, un pourvoi qui suspendrait l’exécution de la peine jusqu’à la décision de la haute juridiction.
15 591 bracelets, un régime méconnu
Le nom technique du dispositif est moins connu que son image. Il s’agit d’une détention à domicile sous surveillance électronique, la DDSE, créée par la loi du 19 décembre 1997. Concrètement, le condamné reste chez lui plutôt qu’en prison, mais un juge de l’application des peines fixe des horaires de sortie stricts, et tout écart déclenche une alerte transmise aux services pénitentiaires.
Le nombre de personnes concernées a presque doublé en cinq ans. Au 1er novembre 2024, 15 591 personnes portaient un bracelet électronique en France, sur un total de 96 569 personnes écrouées. Elles étaient 10 620 en 2019.
Aucun texte ne réserve la mesure aux personnalités : l’immense majorité de ces 15 591 personnes reste anonyme. Nicolas Sarkozy, Jérôme Cahuzac, Patrick et Isabelle Balkany, Dieudonné : la liste des figures publiques passées par ce régime s’est pourtant allongée en une décennie.
Trois mois à la cheville de Nicolas Sarkozy
Nicolas Sarkozy est le premier ex-président de la République définitivement condamné à une peine de prison ferme. La Cour de cassation a rejeté son pourvoi le 18 décembre 2024 dans l’affaire des écoutes, dite affaire Bismuth, du nom du pseudonyme qu’il utilisait pour joindre son avocat sur une ligne téléphonique secrète, rendant sa peine de trois ans dont un an ferme définitive et aménageable sous bracelet.
Le bracelet lui a été posé le 7 février 2025. Il pouvait quitter son domicile entre 8 heures et 20 heures, avec des dérogations jusqu’à 21h30 les jours d’audience du procès du financement libyen. Son soixante-dixième anniversaire, le 28 janvier 2025, a ouvert la voie à une demande de libération conditionnelle avant la moitié de la peine purgée : passé cet âge, la loi permet en effet de solliciter une remise en liberté plus tôt que pour les autres condamnés. Son bracelet a été retiré le 12 mai 2025, date à laquelle cette libération conditionnelle lui a été accordée.
Les ennuis judiciaires de Nicolas Sarkozy ne se sont pas arrêtés là. La condamnation dans l’affaire Bygmalion, du nom de la société de communication qui avait maquillé en factures de meetings militants les dépassements du budget de sa campagne présidentielle de 2012, est devenue définitive le 26 novembre 2025, avec un an de prison dont six mois ferme aménageables. Le 6 mai 2026, il a de nouveau obtenu une libération conditionnelle, ce qui lui a permis, comme un an plus tôt, d’échapper à la pose d’un bracelet. Reste le dossier le plus lourd, celui du financement libyen présumé de sa campagne de 2007 : cinq ans de prison ferme prononcés en première instance, un procès en appel ouvert le 16 mars 2026, un verdict attendu le 30 novembre 2026. Le parquet général y a requis sept ans de prison.
Le bracelet qui a fini en prison
Patrick et Isabelle Balkany avaient d’abord obtenu, après leur condamnation pour fraude fiscale, un aménagement de peine à domicile sous surveillance électronique. Le dispositif a fini par se retourner contre eux : la justice a relevé une centaine d’incidents de sonnerie et des retards répétés.
Isabelle Balkany avait invoqué des séances d’hydrothérapie qui l’obligeaient, selon elle, à immerger son bracelet dans son bain. Les agents pénitentiaires ont, de leur côté, décrit une attitude jugée condescendante et outrageante. La cour d’appel de Rouen a confirmé la révocation du placement sous bracelet le 3 février 2022. Patrick Balkany a été réincarcéré quatre jours plus tard à Fleury-Mérogis.
Un bracelet accordé, un bracelet évité
Jérôme Cahuzac, ancien ministre du Budget, a été condamné définitivement en mai 2018 à quatre ans de prison dont deux ans ferme, pour fraude fiscale et blanchiment. La cour d’appel de Bastia lui a accordé un aménagement sous bracelet en avril 2019, malgré l’opposition du parquet. Les juges ont retenu son activité médicale et son insertion professionnelle à Bonifacio.
Pendant la crise du Covid-19, il a obtenu une suspension temporaire de sa peine pour venir en renfort dans des hôpitaux corses en manque de personnel. Il a alors été autorisé à retirer lui-même son bracelet, avant qu’un nouveau boîtier ne lui soit remis en mai 2020.
François Fillon offre la trajectoire inverse. Condamné en appel en mai 2022 à quatre ans de prison dont un an ferme dans l’affaire des emplois présumés fictifs de son épouse, accusée d’avoir été rémunérée comme collaboratrice parlementaire sans avoir réellement exercé cette fonction, il semblait promis à un aménagement comparable à celui de Sarkozy ou de Cahuzac. Mais le 17 juin 2025, lors du réexamen ordonné par la Cour de cassation, la cour d’appel de Paris a prononcé quatre ans d’emprisonnement avec sursis intégral, une peine qui ne s’exécute pas tant qu’aucune nouvelle condamnation n’intervient. Elle y a ajouté 375 000 euros d’amende et cinq ans d’inéligibilité. Son avocat a résumé la situation en quelques mots : plus de prison ferme, donc plus de bracelet.
Du spectacle à la sortie de peine
Dieudonné M’Bala M’Bala a vu sa condamnation confirmée en appel en juin 2021 : trois ans d’emprisonnement dont deux ans ferme. Il écope aussi de 200 000 euros d’amende et de dix ans d’interdiction de gérer, pour fraude fiscale et abus de biens sociaux, un dossier qui comprend également un volet blanchiment. Sa peine a été aménagée sous bracelet électronique, et l’humoriste en a tiré la matière d’un spectacle, intitulé « Dieudonné sous bracelet », où il ironise sur l’obligation de rentrer avant la sonnerie du dispositif.
Selon Le Dauphiné Libéré, il est toujours détenu à domicile sous surveillance électronique, un régime qui court du 15 mai 2024 au 31 août 2026. En janvier 2025, il a obtenu une autorisation exceptionnelle pour assister à l’hommage rendu à Jean-Marie Le Pen.
Pierre Palmade a suivi un chemin plus heurté. Condamné le 20 novembre 2024 par le tribunal correctionnel de Melun à cinq ans de prison dont deux ans ferme, pour blessures involontaires aggravées après l’accident qu’il avait provoqué le 10 février 2023 sous l’emprise de stupéfiants, il a d’abord été incarcéré le 9 décembre 2024 à la prison de Bordeaux-Gradignan. Après une décision favorable du juge d’application des peines contestée par le parquet, la cour d’appel de Bordeaux a validé sa sortie sous bracelet le 16 avril 2025. Des réductions de peine lui ont permis d’achever sa peine le 27 février 2026. Il reste soumis à un sursis probatoire, avec une obligation de soins ; il doit aussi travailler et indemniser ses victimes.
Les précédents que l’on a oubliés
Avant Sarkozy et Le Pen, d’autres responsables politiques étaient déjà passés par la surveillance électronique, loin des projecteurs. Sylvie Andrieux, ancienne députée socialiste des Bouches-du-Rhône condamnée pour détournement de fonds publics, est souvent présentée comme la première femme politique française à avoir purgé sa peine sous écrou électronique, à Marseille, à partir de 2017.
Léon Bertrand, ancien secrétaire d’État au Tourisme condamné pour corruption et favoritisme, avait pour sa part obtenu une libération sous bracelet en avril 2019. Il avait auparavant purgé plusieurs mois d’incarcération à la prison de Rémire-Monjoly, en Guyane.
Peut-on faire campagne avec un bracelet ?
Patrick Balkany disposait d’un avocat rompu à l’application des peines et d’un logement stable. Cela ne l’a pas empêché d’être réincarcéré à Fleury-Mérogis. Ces atouts, dont bénéficient en général les condamnés les plus insérés, n’ont pas suffi à le protéger d’une révocation. Ils n’ont pas non plus été nécessaires à François Fillon, qui a évité tout bracelet grâce à un sursis intégral.
Nicolas Sarkozy n’a jamais eu à concilier son bracelet avec des meetings de campagne. Jérôme Cahuzac et Dieudonné non plus. Le parquet général dispose encore de dix jours pour décider d’un pourvoi en cassation contre Marine Le Pen. Un pourvoi suspendrait l’exécution de la peine, et donc la pose du bracelet, jusqu’à la décision de la Cour de cassation.


