Défense : l’Allemagne tourne le dos à la France

L'Allemagne officialise à Ankara un rapprochement avec la Suède sur les avions de combat, quelques semaines après avoir lâché le programme de chasseur mené avec la France.

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L’Allemagne devait construire avec la France le chasseur européen de demain. La voilà qui se tourne vers le Nord. En marge du sommet de l’OTAN à Ankara, Berlin vient d’officialiser un rapprochement avec la Suède sur la défense aérienne, quelques semaines à peine après avoir laissé mourir le programme d’avion de combat qu’elle portait avec Paris. Pour le couple franco-allemand, longtemps colonne vertébrale de l’armement européen, le signal est difficile à minimiser.

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C’est en marge du sommet de l’OTAN, à l’occasion du Forum de l’industrie de la défense organisé mercredi à Ankara, que le geste a été posé. Le ministre suédois de la Défense, Pål Jonson, et son homologue allemand, Boris Pistorius, ont signé une lettre d’intention sur la défense aérienne. Berlin y voit une étape dans le renforcement de ses liens avec les nouveaux membres nordiques de l’Alliance, alors que la guerre se prolonge en Europe.

Le texte ne se limite pas à une déclaration de principe. Il dessine un cadre de coopération large, qui va des radars aux systèmes de commandement, en passant par la défense sol-air (les batteries qui interceptent missiles et avions depuis le sol), les avions pilotés et les drones. L’objectif affiché par Stockholm est d’« explorer des opportunités de coopération » dans l’ensemble de ces domaines.

Mais c’est un point précis qui a retenu l’attention. Pål Jonson a confirmé que l’Allemagne était intéressée par une coopération avec l’industriel suédois Saab sur de nouveaux avions de chasse. Et le ministre a immédiatement situé son pays sur la carte européenne : « C’est parce que nous sommes l’un des deux seuls pays en Europe, avec la France, capables de produire, de concevoir et de mettre au point de nouveaux avions de chasse », a-t-il souligné. Une phrase qui, en creux, installe la Suède là où l’Allemagne cherchait jusqu’ici la France.

Le SCAF enterré : la rupture avec Paris a précédé le virage

Pour comprendre ce basculement, il faut revenir quelques mois en arrière, sur un divorce industriel. Depuis des décennies, la France et l’Allemagne pilotent ensemble les grands programmes d’armement européens, des chars aux missiles. C’est ce socle qui vient de se fissurer.

En 2017, Emmanuel Macron et Angela Merkel avaient lancé le Système de combat aérien du futur, connu sous ses sigles SCAF ou FCAS, rejoint ensuite par l’Espagne. L’ambition était considérable : bâtir l’avion de combat de rupture appelé à remplacer le Rafale français et l’Eurofighter allemand à l’horizon 2040, un appareil furtif, connecté, conçu pour opérer en réseau. C’était, en somme, l’avion de l’avenir du continent.

Le projet n’a jamais surmonté ses rivalités internes. Le partage du travail entre Dassault Aviation, désigné maître d’œuvre, et Airbus, qui portait les intérêts allemands et espagnols, a nourri des années de tensions. Au printemps 2026, Berlin a estimé qu’il n’était plus possible de « presser davantage » les industriels, avant de suspendre sa participation. Plusieurs médias européens décrivent désormais un programme « abandonné », voire « enterré ». Paris, de son côté, continue d’affirmer la nécessité d’une coopération européenne, tout en laissant ouverte la voie d’un chasseur plus souverain.

C’est cet échec qui a libéré l’espace. En cessant de miser sur la France, l’Allemagne s’est mise en quête d’un autre partenaire capable de concevoir un avion de combat. La Suède s’y trouvait.

Du Gripen ukrainien à la vitrine Saab : pourquoi Stockholm est devenu incontournable

Si Berlin regarde vers Stockholm, ce n’est pas par hasard. La Suède fait partie du cercle très restreint des nations qui savent concevoir un chasseur de A à Z, une compétence bâtie sur une longue lignée d’appareils maison : le Draken, le Viggen, puis le Gripen. Peu de pays en Europe peuvent en dire autant.

Saab en a récemment fait la démonstration. L’industriel a présenté la dernière version de son chasseur, le Gripen E, et vient de décrocher un contrat qui vaut vitrine. Après une première lettre d’intention signée fin 2025, portant sur l’acquisition à terme de 100 à 150 Gripen, l’Ukraine a conclu fin juin 2026 un contrat d’environ 2,2 milliards d’euros pour l’achat de 16 Gripen E, confirmé par Saab, par l’administration suédoise du matériel de défense et par les autorités ukrainiennes.

Le calendrier reste étalé dans le temps. Les premières livraisons de Gripen E sont attendues vers 2029-2030, complétées par la mise à disposition d’appareils d’occasion, des Gripen C/D, dès la seconde moitié des années 2020. Des pilotes ukrainiens sont par ailleurs déjà formés en Suède, dans la perspective d’une entrée en service à la fin de la décennie.

Le message adressé au reste de l’Europe est clair. Devenue membre de plein exercice de l’OTAN et fournisseur majeur de l’Ukraine, la Suède a prouvé qu’elle pouvait livrer vite et à grande échelle. Cette solidité démontrée est précisément ce que Berlin cherchait, et que le programme conduit avec la France ne pouvait plus lui garantir dans les délais.

Airbus lorgne Saab pour ne pas tout laisser à Dassault

Le rapprochement germano-suédois a aussi une dimension industrielle qui dépasse les états-majors. Saab n’est pas un inconnu pour l’Allemagne : le groupe est déjà un partenaire de référence d’Airbus Defence & Space sur certains systèmes de mission et certains capteurs. De quoi alimenter, dans la presse spécialisée, les spéculations, non confirmées à ce stade, sur de futurs programmes communs entre les deux industriels, qu’il s’agisse d’un avion de combat de génération intermédiaire ou de systèmes plus intégrés.

Le calcul allemand se lit sans peine. En approfondissant sa coopération avec Stockholm, Berlin évite de laisser à Dassault, seul maître d’œuvre français, l’intégralité du terrain des futurs avions de combat européens. L’Allemagne s’appuie au passage sur une base industrielle nordique jugée plus commode : la Suède décide vite, coûte moins cher et s’embarrasse de moins de rivalités entre grands groupes que le trio franco-germano-espagnol du défunt SCAF.

L’appétit n’est d’ailleurs pas propre à Berlin. Plusieurs pays européens ont manifesté leur intérêt pour une collaboration avec Saab dans le combat aérien. Autant de discussions qui, après l’échec du programme franco-allemand, redistribuent les cartes autour de l’industriel suédois et interrogent la place de Dassault, et donc de la France, dans l’après-SCAF.

Drones autonomes, achats groupés : le pivot nordique de Berlin s’élargit

La lettre d’intention d’Ankara ne s’arrête pas aux avions pilotés. Elle ouvre aussi la porte à une coopération sur les drones de combat, autour d’un concept que les militaires désignent par l’expression anglaise de « loyal wingman » : des appareils sans pilote, très autonomes, qui volent en escorte d’un chasseur pour le protéger, l’éclairer, brouiller l’ennemi ou frapper à sa place, tout en réduisant les risques pour les équipages. L’idée qui sous-tend les discussions entre Berlin et Stockholm est de faire fonctionner ensemble, en réseau, avions pilotés, drones, radars et défenses au sol.

Cette logique de diversification traverse tout le sommet d’Ankara. Le secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte, a annoncé que la Norvège, la Finlande, l’Allemagne et le Danemark avaient signé une lettre d’intention pour acquérir jusqu’à cinq drones de surveillance maritime MQ-4C Triton, des appareils de haute altitude et de longue endurance. En parallèle, un accord-cadre de « centaines de millions d’euros » a été conclu avec le groupe finlandais FORCIT pour fournir des mines navales à cinq pays européens, dont l’Allemagne, afin de mieux protéger leurs approches maritimes.

Le fil conducteur, pour Berlin, est constant. En multipliant ces achats groupés avec la Finlande, le Danemark, la Norvège et la Suède, l’Allemagne sécurise de nouvelles sources d’approvisionnement et diversifie ses partenaires bien au-delà du tandem historique noué avec Paris.

Pour la France, le spectre du chasseur en solitaire

Reste la question que ce basculement pose à la France. Privée du partenaire allemand qui structurait ses grands programmes, Paris se retrouve face à un choix inconfortable : tenter de recomposer une coopération européenne, ou développer seule son prochain avion de combat.

L’histoire plaide pour la seconde option, au moins sur le plan des capacités. Depuis 75 ans, la France conçoit et produit ses propres chasseurs, de l’Ouragan au Rafale. La compétence existe. Mais faire cavalier seul sur un appareil de nouvelle génération, un projet qui se compte en dizaines de milliards et en décennies, est une tout autre affaire lorsque les partenaires se raréfient.

Le contraste avec Stockholm est saisissant. Au moment où la France s’interroge sur son isolement, la Suède, elle, affiche l’ambition inverse : peser comme un acteur central de la future architecture de défense aérienne européenne, cette place que Paris revendiquait pour lui-même. Sur ce dossier, la France demeure l’un des deux seuls pays du continent capables de concevoir un avion de chasse. Mais elle l’est désormais sans l’Allemagne à ses côtés.

Note de rédaction : avant publication, cet article devrait recueillir une réaction française (Élysée, ministère des Armées ou Dassault) et une confirmation allemande directe de l’intérêt pour Saab, aujourd’hui sourcé par le seul ministre suédois. Le statut exact du SCAF (suspendu, abandonné ou enterré) reste à trancher sur source officielle.



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2 commentaires sur « Défense : l’Allemagne tourne le dos à la France »

  1. Oui c’est à peu près le même Déballage de stupidité qu’on entendait pendant le Rafale, Quand la France était partie seule de son côté on appelait ça à l’époque “splendide” isolement………… Ce qui est bien d’ailleurs parce que c’est pas sans me rappeler l’orchestre du splendide Toujours excellent Même encore aujourd’hui, Je me souviens qu’à l’époque Ceux qui rêvaient de flinguer l’industrie française, Utilisait Cette terminologie à tire-larigot Un élément de langage qu’Ils ont bien cramé….. Dassault n’en avait Rien à faire et aujourd’hui il n’en a toujours rien à f……. Des articles comme ça Très orienté et on voit bien dans quel sens Et on avait une ch….. toutes les semaines…….. Mais ça n’a rien d’empêcher, Le Rafale est une merveille et c’est grâce à Dassault et à personne d’autre.
    Aujourd’hui on renoue depuis l’affaire Scaf Avec les mêmes conneries qu’à l’époque…….. Bon aujourd’hui on sait qui a gagné qui a perdu !!!
    À l’image du scaf qui était un projet De la macronet, Aujourd’hui mort et enterré Et c’est plutôt une bonne nouvelle……… Il faut en faire autant pour à peu près tous les projets Franco allemand……… On va commencer par faire notre Rafale F 5 Il sera très certainement Suivi dans la foulée Une version rafale F 5 lourd………… Et après on fera le F 6 qui sera le scaf De Dassault Probablement le dernier avion Tel qu’on le conçoit encore aujourd’hui , Probablement sans pilote ……Après il faudra une grande réflexion pour savoir Ce que c’est qu’une défense aérienne Autour de quoi elle doit s’articuler !!!

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  2. 1) Le projet du SCAF (incarnation de l’illusoire “couple franco-allemand “) était devenu ingérable avec, pour Dassault, la perspective de se faire piller par l’Allemagne via Airbus sa propriété intellectuelle (brevets en tête) et son savoir-faire industriel quasiment unique en Europe.

    2) Saab devrait donc se méfier d’un projet de coopération avec l’Allemagne, ” partenaire ” puissant et très ” envahissant ” qui pourrait tenter de tirer la couverture (brevets, savoir-faire, etc.) à lui en utilisant à son profit le rapport de force économique déséquilibré entre la Suède et l’Allemagne. Certes, nos amis suédois ne sont certainement pas naïfs, comme l’atteste notamment le remarquable et mérité succès du Gripen à l’export, et l’Histoire leur a enseigné depuis plus d’un siècle le caractère “encombrant ” du voisin allemand lequel renoue logiquement avec une vieille traditions expansionniste, voire impérialiste, visant l’Europe du Nord.

    3) Sans dévaloriser, ce qui serait stupide et injuste, la valeur du Gripen, on peut se poser la question de la dépendance de cet avion par rapport aux États-Unis car il comprend assurément des pièces (au moins dans le moteur) d’origine étasunienne, ce qui en fait une cible potentielle de l’envahissante législation étasunienne ” ITAR ” en vertu de laquelle les États-Unis s’arrogent le droit d’interdire la commercialisation ou l’utilisation de produits contenant des pièces d’origine étasunienne. Cela pourrait contrarier des ambitions exportatrices d’une coentreprise germano-suédoise.

    4) Cette intention de l’Allemagne de coopérer avec Saab en aéronautique militaire pourrait aussi s’expliquer par une volonté de priver Dassault d’un des rares partenaires potentiels (Saab) avec lequel Dassault pourrait coopérer en aéronautique militaire. Un peu comme certains grands clubs de football recrutent un joueur, peut-être pour l’intégrer dans leur équipe, mais surtout pour éviter qu’un club concurrent recrute – et fasse jouer – ledit joueur.

    5) De manière générale, tout projet aéronautique militaire d’un ou de plusieurs pays européens doit évoluer dans un environnement politique et idéologique dangereux marqué par :
    – l’otano-atlantisme imprégnant depuis de longues décennies les décideurs politiques européens qui les pousse à acheter compulsivement du matériel militaire étasunien … même s’il concurrence directement leurs produits, tels l’Allemagne, l’Italie ou le Royaume-Uni qui achètent d’énormes quantités de F35 alors qu’ils produisent l’Eurofighter ;
    – l’européisme, cheval de Troie de l’atlantisme puisque l’UE, inféodée aux États-Unis, est totalement colonisée par les pressions et intérêts étasuniens : d’ailleurs, dans l’illégitime traité de Lisbonne adopté en 2008 après que M. Sarkozy ait foulé aux pieds le vote des Français qui rejetèrent clairement en 2005 le projet de soi-disant ” constitution européenne “, ce traité de Lisbonne contient de multiples dispositions, notamment son article 42, qui font de l’OTAN (structure contrôlée unilatéralement et sans réel partage par les États-Unis) la référence de toute ” Défense européenne “. Aussi, cette expression ” Défense européenne ” est hautement toxique car elle sert essentiellement à maintenir dans le giron de l’OTAN les européistes ” ravis “.

    NB : je ne suis pas assez compétent en aéronautique pour savoir quel(s) projet(s) pourraient résulter d’une coopération entre Dassault et Saab, qui sont deux excellentes entreprises produisant les meilleurs avions de combat en Europe : possibilité de complémentarités fructueuses, risques de doublonnage et de concurrences, conflits d’intérêts à l’export ? J’aimerais connaître l’avis de personnes connaissant vraiment ces sujets.

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