Afficher le sommaire Masquer le sommaire
Un objectif enterré sous plusieurs mètres de béton, protégé par un réseau serré de missiles sol-air, loin en territoire adverse. Pour le détruire, un pilote de chasse devait s’exposer au feu ennemi ou puiser dans une réserve comptée de missiles de croisière. Une bombe de facture strictement nationale a élargi cet éventail. Reste à savoir ce qu’elle change pour l’aviation de combat française.
Le Rafale au standard F4.1 peut emporter jusqu’à trois AASM 1000, une sous le fuselage et une sous chaque aile, a indiqué la Direction générale de l’armement (DGA). Ces trois bombes proches de la tonne, larguées lors d’une même sortie, visent des cibles fixes protégées ou des infrastructures à forte valeur.
A LIRE AUSSI
Rafale F5 et Super-Rafale : le plan de Dassault
Prononcée le 13 mars 2023, la qualification du standard F4.1 concerne l’Armée de l’air et de l’espace comme la Marine nationale. Première étape du standard F4, cette version intègre l’AASM 1000 kg parmi ses apports les plus lourds, aux côtés du viseur de casque Scorpion, de capteurs améliorés, de nouvelles capacités de combat en réseau entre appareils et d’un renforcement des protections informatiques de l’avion de Dassault Aviation.
L’arme donne au Rafale une frappe lourde de précision, de conception française, qu’il tire à bonne distance de sa cible.
Une bombe habillée sur mesure
L’Armement air-sol modulaire, appelé AASM ou Hammer, associe à un corps de bombe classique un kit de guidage fixé à l’avant et un module de propulsion placé à l’arrière. La munition gagne en précision et se décline selon la mission. Sa version lourde s’ajuste à des corps de bombe puissants, en particulier le Mk-84, une bombe de près d’une tonne, et le BLU-109, conçu pour percer une cible durcie avant d’exploser.
Fin 2022, la DGA a qualifié l’AASM 1000 GS, une version propulsée guidée par GPS et par centrale de navigation embarquée, ainsi que son système de soutien, avant son intégration sur Rafale F4.1. La DGA a précisé ensuite que le nouveau standard permet aussi l’emploi d’une AASM 1000 kg guidée par GPS et par laser. La France dispose ainsi d’une filière d’armement lourde développée avec des acteurs nationaux, du corps de bombe au module de propulsion.
A LIRE AUSSI
Éric Trappier, l’homme qui a sorti le Rafale de l’impasse
Frapper sans entrer dans la nasse
Safran met en avant, pour la famille AASM Hammer, une portée pouvant dépasser 70 kilomètres selon les conditions de tir. Les documents officiels attribuent cette allonge au module propulsé placé à l’arrière de la bombe, qui accroît sensiblement la distance de tir par rapport à une bombe guidée sans propulsion. Cette portée range l’AASM 1000 parmi les rares munitions lourdes qu’une armée européenne tire sans dépendre d’un fournisseur étranger. L’arme rejoint la catégorie des munitions dites « stand-off », celles qui frappent sans obliger l’avion à s’approcher de sa cible.
Les défenses sol-air se sont densifiées sur les théâtres récents. Un Rafale peut désormais atteindre un objectif durci ou fortement défendu tout en restant hors de portée d’une partie des systèmes adverses. L’AASM 1000 se situe entre la bombe guidée classique et le missile de pénétration à longue portée, sans atteindre la discrétion au radar d’un missile de croisière.
Du tarmac au pont d’envol
La DGA a indiqué que l’AASM 1000 sera aussi tirée depuis le porte-avions Charles de Gaulle, ce qui étend la capacité à la Marine nationale. Le décollage par catapulte et le retour sur le pont imposent toutefois des contraintes plus sévères qu’une piste à terre, avec des marges de poids plus étroites. Certaines configurations lourdes peuvent s’en trouver limitées en pratique.
Les sources publiques établissent que l’arme est compatible avec le Rafale embarqué, appelé Rafale M. Elles ne permettent pas de fixer publiquement une configuration unique valable en toutes circonstances. Le groupe aéronaval français dispose ainsi d’une frappe lourde de précision qu’il n’emprunte à aucun allié.
Ce que la bombe doit aux capteurs du Rafale
Selon le ministère des Armées et l’Armée de l’air et de l’espace, le standard F4.1 fait évoluer le radar RBE2, le système d’autoprotection SPECTRA, la caméra de veille frontale OSF, le pod de désignation laser Talios et le viseur intégré au casque du pilote, tout en renforçant les échanges de données entre Rafale. Ces équipements raccourcissent le délai entre le repérage d’une cible et le tir, et affinent son pointage, deux fonctions dont dépend la précision d’une frappe à distance.
Reliée à cet ensemble, l’AASM 1000 devient une arme de précision très puissante à l’impact, connectée à un système de combat numérique conçu pour des zones de plus en plus défendues.
Frapper loin sans dépendre de personne
La filière française couvre l’ensemble du système, du corps de bombe au guidage, ce qui réduit la dépendance de Paris aux armements étrangers pour la frappe lourde de précision. Le fabricant a relevé la cadence de production des AASM Hammer pour couvrir les besoins nationaux et les livraisons destinées à l’Ukraine.
Au-delà du F4.1, le Rafale doit devenir plus connecté et mieux armé pour frapper en profondeur. Les prochains standards de l’avion de Dassault Aviation doivent pousser plus loin le combat en réseau amorcé par le F4.1.


