Les Rafale de Kiev ne voleront pas avant 2028

Kiev commande 16 Rafale F4 à la France, premiers vols annoncés pour 2028-2029, avec une option sur 100 avions d'ici 2035. Le contrat ferme, lui, n'est toujours pas signé.

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Kiev a perdu trois F-16 et un Mirage 2000 depuis août 2024. Elle vient pourtant de s’engager sur des chasseurs français dont le prix n’a été communiqué à personne et dont le contrat commercial n’existe toujours pas. Paris y a ajouté ce qu’aucun gouvernement français n’avait jamais concédé à un pays en guerre, le droit de fabriquer sur son propre sol les munitions de ces avions. Reste à savoir lequel, du calendrier de Dassault ou de celui de la guerre, imposera son rythme à l’autre.

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Une signature aux Invalides, entre deux défilés

Emmanuel Macron a annoncé, lundi 13 juillet 2026 à l’Hôtel national des Invalides, la signature d’une feuille de route franco-ukrainienne portant sur l’achat de seize Rafale F4 par Kiev, avec une trajectoire ouvrant sur cent appareils d’ici à 2035. Le F4 est la version la plus récente du chasseur de Dassault, celle que reçoit aujourd’hui l’armée de l’air française. Le texte y ajoute des systèmes de défense antiaérienne SAMP/T de nouvelle génération, des radars et des munitions. « Ils doivent voler dans les airs ukrainiens dès 2028-2029 », a indiqué le chef de l’État à propos des premiers exemplaires.

Le président français coprésidait ce jour-là un sommet de la Coalition des Volontaires, ce groupe de pays occidentaux constitué en 2025 pour organiser le soutien militaire à l’Ukraine hors du cadre de l’OTAN. Trente-sept États y étaient représentés, dont l’Allemagne de Friedrich Merz et le Royaume-Uni de Keir Starmer, en présence du secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte. Au moins vingt-cinq chefs d’État et de gouvernement se trouvaient physiquement sur place. Volodymyr Zelensky y assistait en qualité d’invité d’honneur, à la veille d’un défilé du 14-Juillet dont cinq cents soldats de la coalition ont ouvert le cortège sur les Champs-Élysées.

La Moldavie et la Macédoine du Nord ont rejoint la coalition à cette occasion, portant le format de trente-cinq à trente-sept membres depuis la Déclaration de Paris du 6 janvier 2026.

Emmanuel Macron a parlé au terme d’une séquence militaire de dix jours. Les 7 et 8 juillet, au sommet de l’OTAN d’Ankara, les Alliés s’étaient engagés à consacrer 70 milliards d’euros à l’aide militaire à l’Ukraine pour la seule année 2026.

Ni prix, ni contrat

Le document signé lundi porte le nom de « feuille de route ». L’Élysée désigne par ce terme la traduction opérationnelle d’engagements pris auparavant, et non un contrat commercial ferme. Aucun montant n’a été rendu public, ni pour les seize premiers appareils, ni pour l’option qui court jusqu’en 2035.

Le 17 novembre 2025, sur la base aérienne de Villacoublay, lors de sa neuvième visite en France depuis le début de l’invasion russe, Volodymyr Zelensky avait déjà signé avec Emmanuel Macron une lettre d’intention portant sur l’acquisition de jusqu’à cent Rafale F4, de systèmes SAMP/T de nouvelle génération, de drones et de munitions. Une lettre d’intention affiche une volonté d’acheter. Elle n’engage ni sur un prix, ni sur une date.

Trois marches, donc, séparent la promesse de la livraison. La lettre d’intention de novembre 2025, la feuille de route de juillet 2026, puis le contrat ferme, seul acte juridiquement contraignant. Ce troisième texte n’a reçu aucune date.

Le chiffre de cent appareils figurait déjà noir sur blanc dans le document de novembre. Paris et Kiev y ont ajouté lundi un premier lot fixé à seize unités et un calendrier de mise en service. Tant que la signature commerciale n’a pas eu lieu, l’option sur les avions suivants n’oblige personne.

Tout dépend de la chaîne de Mérignac

Dassault Aviation a livré 26 Rafale en 2025, soit un de plus que l’objectif annoncé, pour un chiffre d’affaires défense de 4,645 milliards d’euros. Au 31 décembre 2025, le carnet de commandes de l’avionneur atteignait 220 appareils, pour 46,6 milliards d’euros. Autrement dit, 220 avions déjà vendus à d’autres clients attendent de sortir d’usine avant que le premier Rafale ukrainien ne prenne l’air.

Le constructeur vise 28 livraisons en 2026 et fait monter en régime son assemblage final de Mérignac, en Gironde, jusqu’à un rythme de trois appareils par mois. Il cible quatre avions mensuels à l’horizon 2028-2029, précisément la fenêtre citée par Emmanuel Macron aux Invalides, puis cinq par mois à partir de 2030. Sans ce dernier palier, aucune livraison de cent Rafale à l’Ukraine n’est réalisable d’ici à 2035, quel que soit l’état des relations entre les deux capitales.

Le ministre chargé de l’Industrie s’est rendu à Mérignac en juin 2026 pour soutenir l’effort de recrutement de la filière, qui a créé 1 579 postes en 2025.

Les munitions du Rafale, fabriquées en Ukraine

La feuille de route ne s’arrête pas à l’avion. La France y autorise la fabrication sur le sol ukrainien du SCALP, missile de croisière tiré à plusieurs centaines de kilomètres de sa cible, et de l’AASM Hammer, bombe guidée larguée par avion. Ce sont les deux armements que le Rafale F4 emporte sous ses ailes. Le texte y ajoute l’Aster 30 B1, le missile antiaérien tiré depuis les batteries SAMP/T.

Jusqu’ici, Paris prélevait chaque munition livrée à Kiev sur ses propres stocks. Aucune licence de fabrication n’avait jamais été accordée par la France à un pays en guerre.

Un Rafale ne vaut, au combat, que ce que valent les munitions dont il dispose. En donnant à l’Ukraine le droit de les produire elle-même, la France lui évite de dépendre indéfiniment des cadences de ses propres usines.

L’Aster 30 B1 offre le bénéfice le plus immédiat. Les forces ukrainiennes tirent déjà cet intercepteur depuis leurs batteries SAMP/T de première génération et doivent attendre, à chaque réapprovisionnement, que la France et l’Italie puisent dans leurs réserves communes.

Washington a franchi le même pas cinq jours plus tôt. Le 8 juillet 2026, à Ankara, le président américain Donald Trump a annoncé l’octroi à l’Ukraine d’une licence de production de missiles Patriot, technologie que les États-Unis n’avaient jamais laissé fabriquer hors de leur contrôle. Les spécialistes du secteur estiment qu’entre dix-huit et vingt-quatre mois seront nécessaires, au minimum, avant qu’une première munition sorte d’une usine ukrainienne. Aucun SCALP assemblé en Ukraine avant 2028, donc, l’année même du premier Rafale.

Le texte ouvre enfin des options de transfert de technologie et de production conjointe d’avions en Ukraine.

Le SAMP/T vendu dans le même paquet

Les seize Rafale ne partent pas seuls. La feuille de route du 13 juillet prévoit la livraison de huit systèmes SAMP/T de nouvelle génération d’ici à 2030, soit quarante-huit lanceurs, et confirme la remise d’une première batterie dès cette année. Le SAMP/T est le bouclier antiaérien de conception française et italienne, l’équivalent européen du Patriot américain.

Le consortium franco-italien Eurosam, qui le construit, a qualifié cette nouvelle version en décembre 2025 après une série de tirs d’essai. Elle vise les missiles balistiques russes de type Iskander, ces engins qui plongent sur leur cible à très grande vitesse en modifiant leur trajectoire, et que la génération précédente du SAMP/T interceptait mal. Volodymyr Zelensky avait annoncé en mars 2026 que l’Ukraine le testerait en conditions réelles. Aucune armée au monde ne l’a encore mis en service.

Ces lanceurs tirent de l’Aster 30, le missile que Kiev est désormais autorisée à produire elle-même. Paris vend l’avion, l’arme qu’il emporte, le système qui le complète et l’usine qui alimentera les deux.

Trois F-16 perdus, des cellules à bout

Un F-16 ukrainien s’écrase le 4 août 2024 et son pilote est tué ; l’enquête retiendra une erreur de procédure ou un tir fratricide. Huit mois plus tard, le 12 avril 2025, la défense antiaérienne russe en abat un deuxième, aux commandes duquel meurt Pavlo Ivanov, 26 ans. Le troisième est perdu avec son pilote le 28 juin 2025, après que celui-ci eut intercepté sept cibles au cours d’une attaque russe combinant 211 drones et 60 missiles.

Les Mirage 2000-5F français, livrés le 6 février 2025, ont été engagés au combat dès le 7 mars, lors d’une attaque massive au cours de laquelle ils ont contribué à la destruction de 134 cibles, dont 34 missiles et 100 drones. Un appareil a été perdu le 22 juillet 2025 sur panne technique, sans action ennemie. Deux exemplaires supplémentaires ont rejoint la flotte au printemps 2026, portant à quatre le nombre de Mirage 2000-5 opérationnels, sur un engagement français de six unités. Ces avions mènent aussi, depuis le début de l’année 2026, des frappes contre des cibles au sol, grâce à l’intégration de la bombe AASM Hammer, celle-là même que le Rafale emporte et que l’Ukraine fabriquera.

Les MiG-29 et les Su-27 hérités de l’ère soviétique, comme les F-16 d’occasion cédés par le Danemark, les Pays-Bas, la Norvège et la Belgique, volent à un rythme sans commune mesure avec celui d’une armée de l’air en temps de paix. La structure d’un avion de combat s’use en heures de vol, et ces heures s’accumulent bien plus vite qu’en temps normal. Plusieurs appareils, endommagés ou arrivés en bout de potentiel, ne tiendront pas la ligne au-delà de quelques années.

Les seize Rafale F4 sortiront, eux, d’une chaîne neuve, avec une électronique et des liaisons de données que la flotte ukrainienne n’a jamais alignées. Kiev commande aujourd’hui les avions de la flotte qu’elle n’aura plus en 2030.

Stockholm, lui, a publié son prix

Le Rafale devient le deuxième chasseur commandé directement par Kiev. Le premier est suédois, et son contrat dit tout ce que la feuille de route française tait. Saab et l’agence suédoise des achats militaires, la FMV, ont signé le 30 juin 2026 un accord de 24,6 milliards de couronnes, environ 2,54 milliards de dollars, soit 2,22 milliards d’euros, pour seize Gripen E, livrables entre 2029 et 2030. Seize appareils dans les deux cas ; un prix public d’un côté, aucun de l’autre.

Le parallèle vaut aussi pour l’horizon lointain. L’Ukraine vise à terme jusqu’à cent cinquante Gripen E/F, conformément à la lettre d’intention signée avec Stockholm en octobre 2025. Les cent Rafale ouverts par Paris relèvent de la même arithmétique. À une différence près, le programme suédois a désigné son financeur. Il sera payé sur le prêt de 90 milliards d’euros accordé à l’Ukraine par l’Union européenne, approuvé par le Parlement européen le 11 février 2026 et dont le premier versement est intervenu le 24 juin. Rien n’indique à ce jour que le même argent paiera les avions français.

La Suède a par ailleurs consenti ce que Paris n’a pas offert. Elle cède gratuitement seize Gripen C/D prélevés sur l’inventaire de sa propre force aérienne, dont les livraisons sont attendues dès le début de 2027. Ces appareils sont d’ores et déjà équipés des systèmes qui permettent à un avion de combat d’échanger ses données avec ses alliés et d’être identifié par eux comme ami. Les pilotes ukrainiens s’y entraînent en Suède. Aucun Rafale d’occasion n’a été proposé, et aucune formation de pilotes ukrainiens sur Rafale n’a été annoncée aux Invalides.

Ce qu’il reste à prouver d’ici 2035

Aucun contrat ferme n’a été signé et aucun prix n’a été fixé pour les seize appareils. Le financement d’un programme étalé sur dix ans reste lui aussi introuvable : le prêt européen de 90 milliards d’euros paie le Gripen suédois, rien n’a été dit du Rafale. Dassault, enfin, n’a jamais produit cinq avions par mois et devra tenir cette cadence à partir de 2030, avec un carnet déjà chargé de 220 appareils promis à d’autres clients, pour espérer honorer une centaine de Rafale ukrainiens.

Une dernière condition ne figure dans aucun document officiel. Commander cent chasseurs pour 2035 suppose un État ukrainien encore debout à cette date, solvable, disposant de bases, de pistes et d’ateliers capables d’entretenir un appareil de ce standard. La lettre d’intention date de novembre 2025 ; le premier Rafale ukrainien décollera, au mieux, en 2028.

Le calendrier des livraisons annoncées à l’armée de l’air ukrainienne s’ordonne ainsi :

2026 : première batterie SAMP/T de nouvelle génération, premier déploiement de ce système dans le monde.
Début 2027 : seize Gripen C/D donnés par la Suède.
À partir de 2028 : premier lot de seize Rafale F4.
2029-2030 : seize Gripen E achetés sur prêt européen.
D’ici 2030 : huit systèmes SAMP/T de nouvelle génération, quarante-huit lanceurs.
D’ici 2035 : jusqu’à cent Rafale F4, si le contrat est signé.



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1 commentaires sur « Les Rafale de Kiev ne voleront pas avant 2028 »

  1. 1) Petit détail : qu’il s’agisse du Gripen ou du Rafale, comment l’Ukraine, pays ruiné et hyper-corrompu financerait-elle ces mirifiques acquisitions ? En pillant des fonds russes gelés, ce qui serait illégal, ce qu’a déjà rappelé la Belgique dans laquelle une partie importante de ces fonds sont présents ? De fait, ladite Belgique n’a pas du tout envie de devoir compenser ces prélèvements illégaux suite à des actions en justice.

    2) Je sais que Mme von der Leyen et M. Macron ne se gênent pas pour piller le trop rare argent des Français (et d’autres peuples européens) en ” prêtant ” à fonds perdus des sommes énormes (des centaines et des dizaines de milliards d’euros depuis 4 ans)… qui ne seront très probablement jamais remboursées alors qu’elles sont largement utilisées pour acheter du matériel étasunien et réaliser des discrets et fructueux placements aux quatre coins du monde, de Monaco (^-^) à des îles exotiques ensoleillées en passant par Chypre, le Luxembourg, etc.

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