Rafale F5 et Super-Rafale : le plan de Dassault

Sans l'Allemagne, Dassault Aviation trace seule l'après-SCAF : Rafale F5, un drone furtif, puis un successeur baptisé Super-Rafale par son PDG.

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Le 1er juillet 2026, Éric Trappier s’est présenté devant la commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées du Sénat. Le PDG de Dassault Aviation y a été interrogé sur l’alternative que la France envisage désormais au NGF, l’avion de nouvelle génération censé remplacer à terme le Rafale et l’Eurofighter dans le cadre du SCAF, le Système de combat aérien du futur, projet conjoint franco-allemand désormais abandonné sur ce volet. Sa réponse a pris la forme d’une formule : « Super Rafale ».

L’expression n’a rien d’un nom de programme déposé. Elle désigne, dans la bouche de Trappier, une architecture en trois temps : le Rafale F5 d’abord, un drone de combat furtif ensuite, un appareil de rupture plus tardif enfin. Aucune fébrilité n’a transparu dans son propos, aucun renoncement non plus. Cette continuité, Dassault Aviation la construit seule, sans l’Allemagne, depuis l’échec du programme conjoint.

Trois mois pour effacer un programme franco-allemand

Le chancelier allemand Friedrich Merz a qualifié le SCAF de « défunt » en février 2026. Quatre mois plus tard, le 8 juin, Paris et Berlin ont officialisé l’arrêt du développement conjoint de cet avion de nouvelle génération. Entre les deux dates, Dassault Aviation et Airbus n’ont pas trouvé d’accord sur la gouvernance du programme ni sur le partage industriel des tâches.

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Dassault a cessé au printemps de négocier ce volet avec son partenaire allemand. C’est cette rupture, précisément, que Trappier doit combler devant les sénateurs trois semaines plus tard avec sa formule de « Super Rafale ». La séparation ne concerne que l’avion piloté : plusieurs sources indiquent que des briques numériques et des travaux liés aux drones coopératifs restent en discussion entre partenaires européens, avec un avenir nettement plus incertain que celui de l’avion lui-même.

Le F5, premier étage d’une fusée encore incomplète

L’armée de l’Air et de l’Espace veut que le Rafale F5 puisse entrer en service dès 2033, avec une montée en puissance prévue vers 2035. Le standard doit apporter des évolutions en connectivité, en traitement de données, en capteurs, et permettre à plusieurs appareils de combattre en réseau, en échangeant en temps réel des informations sur les cibles et les menaces. Il ne fera pas de ce Rafale un avion furtif au sens classique du terme.

Ce choix conditionne toute la suite du plan que Dassault a présenté au Sénat. L’industriel construit sa trajectoire autour d’un appareil accompagnant, chargé de faire ce que le F5 ne pourra pas faire seul. Sur l’architecture du système, Éric Trappier a indiqué que Dassault retenait un choix « fermé », voire « archifermé », un système conçu pour rester difficile à modifier de l’extérieur, jugé plus sûr contre les intrusions informatiques, mais moins souple pour intégrer rapidement de nouveaux logiciels.

Le général Jérôme Bellanger, chef d’état-major de l’armée de l’Air et de l’Espace, plaide depuis plusieurs mois pour l’inverse. Il juge les architectures trop propriétaires mal adaptées à l’intégration rapide de nouvelles briques logicielles. Le projet HypAIRion, qui teste sur un Mirage 2000D modernisé de nouvelles capacités de combat en réseau, illustre cette divergence sur le terrain : c’est là que s’affronte, concrètement, l’industriel et son client militaire, à l’intérieur même de la trajectoire que Dassault revendique.

Le drone qui doit épauler le F5 cherche encore son budget

Le ministre des Armées de l’époque, Sébastien Lecornu, a lancé officiellement le programme de drone de combat le 8 octobre 2024, sur la base aérienne 113 de Saint-Dizier, lors des 60 ans des Forces aériennes stratégiques. Sa mission annoncée : ouvrir la voie au Rafale F5 en zone contestée, désigner des cibles, frapper, saturer des défenses aériennes adverses. L’appareil s’appuie sur les briques de furtivité validées par le démonstrateur nEUROn, piloté par Dassault.

Le 1er juillet 2026, devant les mêmes sénateurs, Éric Trappier a apporté une nuance qui change la portée de l’annonce de 2024. Un programme pleinement doté budgétairement n’a pas encore été enclenché à la hauteur des besoins, a-t-il indiqué. Le deuxième étage de la trajectoire Dassault existe donc sur le papier. Il ne l’est pas encore financièrement, et c’est cette différence que la prochaine actualisation capacitaire, le prochain réexamen des besoins militaires par l’État, devra trancher.

Deux missiles, deux missions, une seule confusion à éviter

La Direction générale de l’armement (DGA), l’organisme chargé d’équiper les forces françaises, a notifié à MBDA, le 2 juin 2026, l’accord-cadre de réalisation de l’ASN4G. L’annonce officielle est intervenue le 10 juin. Ce missile nucléaire doit succéder à l’ASMPA-R, l’arme actuellement emportée par les Rafale de la dissuasion française, et entrer en service vers 2035. Il sera emporté par le Rafale F5 et mis en œuvre par les Forces aériennes stratégiques ainsi que par la Force aéronavale nucléaire. Sa portée dépasse 1 000 kilomètres, sa vitesse dépasse Mach 5, deux chiffres confirmés par la DGA elle-même.

Un second missile appartient à une tout autre logique, conventionnelle celle-là. Dérivé du démonstrateur RJ10 de MBDA, il doit permettre au Rafale F5 de détruire les radars et défenses antiaériennes ennemies avant l’arrivée des avions, avec une portée évoquée autour de 500 kilomètres. Sa dénomination finale et son architecture exacte ne sont pas encore stabilisées dans la communication officielle. Les deux programmes n’ont en commun que leur porteur, le même Rafale F5 que Dassault place au centre de sa trajectoire post-SCAF.

Un moteur à 9 tonnes, encore sans statut officiel

Safran a présenté le M88 T-REX au Salon du Bourget 2025. Ce moteur à poussée augmentée vise environ 9 tonnes de poussée maximale, un gain de l’ordre de 20 % par rapport au M88 actuellement en service. Safran inscrit ce moteur dans le même calendrier que le F5 défendu par Dassault devant les sénateurs, sans rupture annoncée sur la cellule de l’appareil.

Aucun document officiel n’indique à ce stade que ce moteur constituera la motorisation exclusive du standard F5. La DGA travaille en parallèle, depuis 2025, à des briques de propulsion à Saclay, où certains travaux évoquent des seuils supérieurs, jusqu’à 9,5 tonnes. Ce chiffre ne figure pas dans la communication stabilisée du ministère des Armées, un flou de plus dans une trajectoire dont Dassault ne maîtrise pas tous les paramètres.

Ce que « Super Rafale » promet, et ce qu’il tait

La formule employée par Éric Trappier au Sénat mise sur la continuité avec le Rafale existant. Elle promet aussi une rupture technologique maîtrisée, sans reléguer le leadership français au second plan. Reuters rapporte que Dassault se dit ouvert à de nouvelles coopérations après l’échec du SCAF, sans exclure un partenaire non européen, la porte que l’Allemagne vient de fermer, Dassault la laisse ouverte à quelqu’un d’autre.

En juillet 2026, le Super Rafale demeure une trajectoire annoncée. Aucun document officiel n’en fait à ce jour un programme engagé, ni budgété.

L’Inde, Hyderabad, et le poids de l’export dans l’équation

New Delhi a approuvé, en février 2026, l’achat de 114 Rafale supplémentaires. Une lettre de demande formelle a été transmise à la France début juin. Dassault Aviation et Tata Advanced Systems ont, de leur côté, signé en juin 2025 des accords pour produire des fuselages de Rafale à Hyderabad, une première production hors de France.

Sans ce socle export, Dassault Aviation ne pourrait pas financer seul un successeur du NGF : c’est l’Inde, plus que Berlin, qui devient le partenaire industriel dont dépend désormais la suite de la trajectoire. Sur la taille de la flotte française elle-même, la cible actée reste de 225 Rafale. Le chiffre de 286 appareils, parfois évoqué dans des documents budgétaires, intègre des logiques de compensation et de renouvellement du parc sur la durée : il ne constitue pas un objectif arrêté.

Le maillon fragile de toute la trajectoire

Le Rafale F5 ne pénétrera pas seul les espaces aériens les plus contestés. Cette limite reporte l’essentiel de l’efficacité du dispositif sur le drone furtif, encore en phase de maturation, et sur la résilience des liaisons de données en environnement dégradé, leur capacité à continuer de fonctionner même si l’ennemi tente de les brouiller. Les munitions de très longue portée devront, elles aussi, être disponibles à temps.

Des experts et observateurs de défense pointent le risque d’une dépendance accrue des forces aériennes françaises à ce tandem encore incomplet. Aucun calendrier officiel ne garantit aujourd’hui que le drone furtif sera opérationnel au même rythme que le Rafale F5, et c’est précisément cette synchronisation que Dassault Aviation doit désormais garantir seule, sans l’Allemagne pour partager le risque.



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