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- La dernière A110 sort de l’usine
- Dieppe, 1955 : un pari sur la légèreté
- La Berlinette entre dans la langue
- Le titre qui change tout
- Vingt ans de silence
- 2017 : ne pas trahir
- 110 exemplaires pour fermer la boucle
- Une écurie F1 pour exister hors d’Europe
- Une citadine électrique sacrée à Bruxelles
- L’usine qui rend tout cela réel
Cet été, la dernière A110 thermique quitte Dieppe avec près de 30 000 sœurs produites derrière elle. Pendant ce temps, une citadine électrique de 3,99 mètres porte déjà 75 % des ventes de la marque. Soixante-dix ans après Jean Rédélé et sa première voiture en polyester, Alpine est l’une des rares marques françaises dont le mythe continue de se traduire en chiffres de vente et en usines qui tournent. Retracer comment cette entreprise fondée par un concessionnaire normand en est arrivée là, c’est comprendre ce que « légende automobile » veut dire concrètement.
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La dernière A110 sort de l’usine
À l’été 2026, près de 30 000 exemplaires de la nouvelle A110, la berlinette sportive relancée en 2017 après vingt ans d’absence, auront été produits à Dieppe. Ce chiffre, confirmé par Alpine, dépasse ce que la plupart des observateurs avaient anticipé lors du lancement. La série finale, 1 750 exemplaires annoncés à l’automne 2025, accompagne la fermeture du cycle thermique.
La marque affiche des ventes en progression au moment où elle tire sa révérence sur ce modèle. En 2025, l’A290, citadine électrique lancée un an plus tôt, a représenté 75 % des ventes totales d’Alpine, soit 8 198 unités livrées. Au premier trimestre 2026, les ventes mondiales ont progressé de 54,7 %, à 3 246 véhicules. Alpine arrête l’A110 thermique au moment précis où elle n’en dépend plus pour exister commercialement.
Dieppe, 1955 : un pari sur la légèreté
Jean Rédélé n’est pas un industriel. En 1955, quand il fonde la Société des Automobiles Alpine à Dieppe, il est concessionnaire Renault, pilote amateur, et convaincu qu’une voiture légère peut battre une voiture puissante sur une route sinueuse. Le nom Alpine vient de la Coupe des Alpes, épreuve de montagne qui nourrit son imaginaire sportif depuis le début de sa carrière de pilote.
La première A106, en 1955, matérialise cette conviction. Construite sur la base de la Renault 4CV, la petite voiture populaire de l’après-guerre, elle adopte une carrosserie en polyester pour abaisser son poids au maximum. Ce choix du polyester répond d’abord à une exigence de poids, pas à une contrainte de budget : un principe technique que l’on retrouvera dans chaque Alpine produite depuis.
La Berlinette entre dans la langue
En 1962, l’A110 arrive. Son dessin est immédiatement reconnaissable, compact, tendu, avec ces galbes de carrosserie qui donnent l’impression d’une voiture en mouvement même à l’arrêt. Son moteur est placé en position centrale arrière, derrière les passagers, ce qui concentre le poids au cœur de la voiture et lui donne une agilité exceptionnelle dans les virages.
La Berlinette atteint une clientèle de niche précise, des conducteurs qui savent ce qu’ils cherchent. Mais son influence dépasse de très loin ses chiffres de production. Elle devient, en France, l’une des rares voitures sportives qui soit à la fois désirable, accessible et victorieuse. Le terme « Berlinette » finit par s’employer, dans la bouche des passionnés français, comme synonyme d’Alpine, et ce sera encore le cas soixante ans plus tard, quand la marque ressortira exactement ce nom pour sa relance de 2017.
Le titre qui change tout
En 1973, Alpine devient le premier champion du monde des constructeurs de l’histoire du Championnat du monde des rallyes. L’A110 s’était imposée sur les épreuves de montagne, dans la neige, sur les routes étroites et sinueuses où la légèreté prime sur la puissance brute. Le Rallye Monte-Carlo avait été un terrain d’expression naturel pour la philosophie de Rédélé. Ce titre propulse la marque hors du cadre français.
Le 11 juin 1978, Didier Pironi et Jean-Pierre Jaussaud franchissent en tête la ligne d’arrivée des 24 Heures du Mans au volant de la Renault-Alpine A442B, victoire absolue, au classement général, sur la course d’endurance la plus connue au monde. En l’espace de cinq ans, Alpine avait remporté le championnat du monde des rallyes et les 24 Heures du Mans. Peu de constructeurs, dans toute l’histoire du sport automobile, peuvent aligner ces deux titres.
Vingt ans de silence
L’intégration progressive dans l’orbite Renault déplace le centre de gravité de la marque. Les modèles de la fin de période, des GT plus ambitieuses, plus chères, plus lourdes, s’éloignent de la recette qui avait tout construit. Ils peinent à trouver leur marché. La production s’arrête au milieu des années 1990 avec la fin de l’A610. Alpine disparaît comme marque commerciale.
Le site de Dieppe continue de fonctionner pour Renault. Le nom reste dans la mémoire, entretenu par les passionnés, les collections, les articles de presse d’époque. Pendant vingt ans, aucune Alpine ne sort d’une concession.
Ces deux décennies d’absence produisent un effet concret et documenté : les cotes des anciennes A110 grimpent régulièrement sur le marché de l’occasion, les clubs de passionnés se multiplient, et la presse spécialisée continue de citer la Berlinette comme référence chaque fois qu’elle teste une nouvelle sportive. Quand Alpine revient en 2017, elle arrive précédée d’une attente que l’effacement avait rendue intense.
2017 : ne pas trahir
La nouvelle A110 présentée en 2017 reprend les principes fondateurs plutôt que la silhouette : châssis en aluminium pour rester léger, moteur central arrière pour l’agilité, masse contenue aux alentours de 1 100 kg alors que la plupart des sportives contemporaines dépassent les 1 400 kg. La filiation avec la Berlinette de 1962 est mécanique et philosophique, pas cosmétique.
La série de lancement, limitée à 1 955 exemplaires en référence directe à l’année de naissance de la marque, fixe le ton dès les premières semaines. Autocar, Sport Auto, Road & Track, trois des titres automobiles les plus influents en Europe et aux États-Unis, saluent le résultat comme l’une des renaissances les plus rigoureuses de l’industrie récente. Près de 30 000 voitures plus tard, le verdict commercial confirme le verdict critique.
110 exemplaires pour fermer la boucle
L’A110 R Ultime, dévoilée dans les dernières phases de carrière du modèle, est limitée à 110 exemplaires, le chiffre est celui du modèle lui-même. Elle dépasse les 300 ch et se positionne au-delà de 250 000 euros, un seuil inédit dans l’histoire tarifaire de la marque. Destinée aux collectionneurs et aux passionnés qui veulent la version définitive d’un modèle entré dans l’histoire, elle n’est pas diffusée en concession classique.
La série terminale de 1 750 exemplaires, elle, s’adresse à un spectre d’acheteurs plus large, dans les termes d’une marque dont les prix restent élevés. Elle donne la possibilité de posséder la dernière A110 thermique produite à Dieppe avant le passage à l’électrique.
Une écurie F1 pour exister hors d’Europe
En décembre 2020, Renault annonce que son écurie de Formule 1 prendra le nom d’Alpine à partir de la saison 2021. La logique est explicite : utiliser la F1 comme vitrine pour une marque dont la notoriété, hors de France et de quelques marchés européens, reste limitée.
Le 1er août 2021, Esteban Ocon remporte le Grand Prix de Hongrie pour Alpine F1 Team. C’est la première victoire en course de l’ère moderne sous ce nom, diffusée dans les pays d’Asie, d’Amérique et du Moyen-Orient où la F1 rassemble des audiences considérables. La Berlinette des années 1970 et les victoires en rallye n’avaient aucune résonance particulière dans ces marchés. Une victoire en Grand Prix, retransmise en direct dans le monde entier, fonctionne autrement.
Une citadine électrique sacrée à Bruxelles
L’A290 est produite sur la base de la Renault 5 électrique. Elle mesure 3,99 mètres, à peine plus grande qu’une Clio. Son prix d’entrée, lors de l’ouverture des commandes en France, a été communiqué à 38 700 euros.
En janvier 2025, lors du Salon de Bruxelles, le jury européen du Car of the Year lui décerne le titre de Voiture de l’Année, distinction votée par 58 journalistes de 23 pays, la plus large de l’industrie automobile européenne. Les données commerciales qui suivent sont sans ambiguïté : en 2025, l’A290 totalise 8 198 unités livrées, soit 75 % des ventes totales de la marque. Au premier trimestre 2026, Alpine affiche une hausse mondiale de 54,7 % de ses livraisons, portée principalement par ce modèle.
L’A390, présentée lors des célébrations du 70e anniversaire à Dieppe fin mai 2025, va plus loin dans cette logique de volume. Sport fastback électrique à cinq places, elle vise des familles et des acheteurs qui ne s’intéressaient pas à l’A110, sur des marchés comme la Chine ou les États-Unis où la berlinette de niche n’avait jamais percé. Alpine construit une gamme là où elle n’avait, pendant longtemps, qu’un seul modèle.
L’usine qui rend tout cela réel
Le site de Dieppe porte désormais le nom de Manufacture Alpine Dieppe Jean Rédélé. Des investissements logistiques documentés par la presse professionnelle spécialisée y ont été réalisés pour absorber la montée en cadence des futurs modèles électriques. Dans une industrie où les « relances » de marques historiques se font souvent depuis des bureaux d’études étrangers ou des chaînes de montage délocalisées, Dieppe reste le lieu où les Alpine sont construites, comme en 1955.
Du 30 mai au 1er juin 2025, les célébrations du 70e anniversaire ont réuni à Dieppe des passionnés venus de toute l’Europe, avec l’A390 dévoilée sur place. Alpine aurait pu choisir un salon international ou une scène parisienne. Elle a choisi l’endroit où Jean Rédélé a posé la première carrosserie en polyester, et où les berlinettes sont encore fabriquées aujourd’hui.


