Cette voiture vendue sur AliExpress se conduit dès 14 ans

Vendue sur AliExpress à 7 990 euros, l'Astraux AL6 se conduit avec le seul permis AM, accessible dès 14 ans en France. Une voiture livrée comme un colis.

Afficher le sommaire Masquer le sommaire

En France, le permis AM s’obtient à 14 ans, sans examen final. C’est celui des scooters 50 cm³ et des voiturettes, ces petites voitures bridées que l’on croise sur les routes de campagne. Un modèle chinois de 2,26 mètres, climatisé et coiffé d’un toit panoramique, vient s’ajouter à la liste des engins qu’il autorise à conduire. Son vendeur ne tient aucune concession.

A LIRE AUSSI
Pourquoi les voitures sans permis cartonnent en ville

Une voiture dans le panier, entre deux chargeurs

Le bouton porte la même mention que pour une coque de smartphone ou un câble USB. « Ajouter au panier ». L’acheteur sélectionne la finition et la capacité de batterie dans un menu déroulant, comme il choisirait une taille de tee-shirt. Le produit s’appelle Astraux AL6, et c’est une voiture.

Acheter une automobile supposait jusqu’ici de pousser la porte d’une concession et d’attendre plusieurs semaines. Tesla a fermé une partie de ses points de vente physiques en 2019 pour basculer ses commandes en ligne. AliExpress loge désormais l’automobile dans le même catalogue que ses enceintes bluetooth et ses rallonges électriques, au milieu de dizaines de milliers de références.

Aucun constructeur européen n’y figure. Les marques présentes sur ce segment sont chinoises et inconnues du public français, Astraux au premier rang.

Un concessionnaire vend un véhicule et monte le dossier de carte grise qui va avec. La plateforme, elle, expédie un colis à une adresse de livraison. Tout ce qui relève du permis, de l’immatriculation et de l’assurance reste à la charge de celui qui reçoit la caisse.

Les couleurs vives et les proportions ramassées de l’AL6 évoquent un jouet posé sur quatre roues de brouette. L’engin roule pourtant sur la voie publique. Comptez 7 990 euros pour la version de base, 8 990 euros pour la finition Pro et 9 990 euros pour l’Ultra.

Au volant à 14 ans, sans passer le code

L’AL6 entre dans la catégorie européenne des quadricycles légers, désignée par le sigle L6e. C’est celle des voiturettes, ces véhicules à quatre roues trop bridés pour être considérés comme des automobiles. Le permis AM suffit donc pour la conduire. Ce titre, qui a remplacé le brevet de sécurité routière, est délivré en France dès 14 ans, et la catégorie a été ouverte aux voiturettes en 2020.

Le permis B réclame 18 ans révolus, la réussite de l’épreuve du code, vingt heures de conduite au minimum et, le plus souvent, une facture supérieure à 1 500 euros. Le permis AM se prépare en huit heures réparties sur deux jours, sans examen à la fin. Un élève de troisième peut le détenir avant son brevet des collèges.

Citroën a sorti ce marché de la marginalité en lançant l’Ami en 2020, elle aussi conduisible dès 14 ans avec le permis AM. Une voiturette se vendait alors dans un réseau de concessionnaires spécialisés, avec essai préalable et bon de commande signé. Sur AliExpress, l’AL6 se paie en trois clics à 7 990 euros, plusieurs milliers d’euros sous le prix d’une petite voiture électrique classique.

Plus haute que large, et deux lycéens dedans

Pour rester dans la catégorie L6e, un véhicule ne doit pas dépasser 45 km/h, ni peser plus de 425 kg à vide sans ses batteries, ni offrir plus de deux places. Astraux a dessiné l’AL6 dans ces limites, celles-là mêmes qui la rendent accessible à 14 ans.

Le véhicule mesure 2,26 mètres de long, 1,29 mètre de large et 1,70 mètre de haut. Il est donc plus haut que large, proportion que l’on ne croise pratiquement pas sur les routes françaises, et qui lui donne l’allure d’une cabine montée sur roulettes.

Le capot se réduit à quelques centimètres de tôle avant de laisser la place à l’habitacle. Les roues, de petit diamètre, sont plaquées aux quatre angles, sans rien qui dépasse devant ni derrière. La distance qui sépare les roues avant des roues arrière atteint ainsi 1,58 mètre, soit près des trois quarts de la longueur totale du véhicule, entièrement disponible pour les occupants.

Occupants au pluriel. L’encombrement extérieur laisserait attendre une monoplace, mais Astraux en loge deux et revendique dix espaces de rangement. Le plus volumineux tient du petit coffre et se libère en rabattant les dossiers de sièges. Un conducteur de 14 ans peut donc embarquer un passager du même âge, sacs de cours compris.

Le téléphone sert de clé dès 7 990 euros

La clé à distance transforme le smartphone en badge d’accès et de démarrage. Elle figure sur la version à 7 990 euros, au même titre que le toit panoramique. Les phares à diodes et la climatisation complètent la dotation de série, cette dernière étant loin d’être systématique dans la catégorie, où l’aération se limite souvent à une vitre coulissante.

Les 1 000 euros de la finition Pro et ceux de l’Ultra ajoutent des capteurs de stationnement, des rétroviseurs chauffants, un écran central, la charge sans fil et un assistant vocal. La page produit détaille ces équipements avant même d’indiquer la puissance du moteur. Astraux équipe moins un automobiliste qu’un adolescent qui monte à bord avec son téléphone déjà appairé.

Quatre heures de charge sur une prise de garage

Le moteur développe 5,2 kW en continu et jusqu’à 10 kW sur de courtes pointes. Ces 10 kW n’ont d’effet que sur les reprises, entre deux feux rouges, puisque le bridage électronique interdit de dépasser les 45 km/h autorisés, quelle que soit la puissance disponible.

Deux batteries figurent au catalogue. Celle de 5 kWh est créditée de 95 kilomètres d’autonomie, celle de 10 kWh de 180 kilomètres. Astraux ne précise pas dans quelles conditions ces deux valeurs ont été mesurées.

Ni l’une ni l’autre ne se branche sur une borne de recharge rapide. Il faut compter deux heures pour la petite batterie et quatre pour la grande, sur une prise ordinaire. Cette limite ne change pas grand-chose pour un engin qui, plafonné à 45 km/h, n’a le droit d’emprunter ni autoroute, ni voie rapide, ni périphérique. Les 180 kilomètres annoncés couvrent une semaine de trajets domicile-lycée, et le branchement se fait au garage des parents.

Le mineur conduit, l’adulte signe tout

Un adolescent de 14 ans ne peut pas conclure seul un achat de 7 990 euros. Le code civil interdit au mineur non émancipé de s’engager par contrat sans son représentant légal, et un tel achat peut être annulé en justice. La commande passe donc par un adulte, comme la carte grise, qui ne peut être établie au nom d’un mineur qu’avec l’accord de ses parents.

Cet adulte devra d’abord prouver que l’engin a le droit de rouler. Une voiturette ne s’immatricule en France que si elle dispose d’une homologation européenne de type L6e, ou d’une autorisation individuelle délivrée par la Dreal, le service régional du ministère chargé des transports. La fiche produit consultée sur AliExpress n’affiche aucun numéro d’homologation. Sans ce document, l’AL6 reste au fond du garage, et l’argument du volant à 14 ans tombe avec lui.

La TVA à 20 % s’ajoute au prix affiché, comme les droits de douane applicables à la catégorie, le transport maritime depuis la Chine et les frais de carte grise. Un acheteur qui valide son panier à 7 990 euros paiera davantage.

Astraux ne dispose d’aucune implantation connue en Europe. Aucune ligne de la fiche produit n’indique qui honorera la garantie ni où trouver une pièce détachée. Le démarrage de l’AL6 passe par une application mobile, dont l’entretien dépend d’un éditeur sans adresse sur le continent.

Les voiturettes échappent enfin aux tests de choc de l’Euro NCAP, l’organisme européen qui note la sécurité des voitures neuves. L’AL6 n’a donc reçu aucune note en la matière, alors que son conducteur peut avoir 14 ans. Faute de concessionnaire pour s’en charger, le parent qui a passé commande contrôle lui-même les papiers du véhicule, paie lui-même les taxes à la douane et dépose lui-même le dossier d’immatriculation de la voiture que conduira son enfant.



L'Essentiel de l'Éco est un média indépendant. Soutenez-nous en nous ajoutant à vos favoris Google Actualités :

Publiez un commentaire

Publier un commentaire