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- 441,6 milliards et une hypothèse de guerre
- Guyane, Mayotte, Paris : trois missions que l’on ne voit pas
- Du Sahel à l’Europe : dix ans de retrait en deux ans
- 54 % des recrues de 2024 venaient du Brésil, de Colombie ou du Népal
- Ce que le décret de 2008 dit vraiment sur l’anonymat
- Onze régiments, du Gard à Mayotte
- Une pétition, et aucune suite
La France a officiellement inscrit dans sa loi de programmation militaire l’hypothèse d’une guerre de haute intensité en Europe avant 2030. Ce cadre de planification inédit change le regard que l’on peut porter sur une institution bicentenaire régulièrement accusée d’anachronisme. La Légion étrangère recrute aujourd’hui ses soldats au Brésil, en Colombie et au Népal, elle ne ressemble plus à ce que ses détracteurs décrivent. Et ses exercices de 2025-2026 ne ressemblent plus à ce qu’elle faisait au Sahel.
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441,6 milliards et une hypothèse de guerre
Le 20 janvier 2026, à Istres, Emmanuel Macron a annoncé devant les chefs militaires réunis pour la cérémonie des vœux aux armées une actualisation de la loi de programmation militaire portant l’effort total à 441,6 milliards d’euros pour la période 2024-2030, soit 36 milliards supplémentaires par rapport à la trajectoire initiale, dont 3,5 milliards engagés dès cette année. Le budget de la mission Défense pour 2026 s’établit à 57,1 milliards d’euros hors pensions, en hausse de 6,7 milliards sur un seul exercice.
L’Institut français des relations internationales (IFRI) relevait en avril 2026 que cette LPM révisée intègre désormais, comme cadre de planification officiel, « le risque particulièrement élevé d’une guerre majeure de haute intensité en dehors du territoire national en Europe à l’horizon 2030 ». Un tel scénario suppose des régiments d’infanterie, de génie, de cavalerie blindée et de parachutistes capables d’opérer en autonomie les uns des autres.
La Légion étrangère est précisément ce corps : une composante de l’armée de Terre française composée de soldats étrangers volontaires, organisée en régiments spécialisés, dont les 9 000 hommes sont recrutés parmi plus de 140 nationalités. Et le calendrier de ses exercices des dix-huit derniers mois dit clairement vers quoi elle s’entraîne.
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En mars 2025, le 1er Régiment étranger de génie (1er REG), stationné à Laudun-l’Ardoise dans le Gard, a conduit l’exercice « Terra Nostra 2025 » dans la vallée du Rhône : franchissement d’un cours d’eau de 300 mètres sous tir simulé. « Ce sont des choses qu’on serait amenés à faire dans un conflit de haute intensité, par exemple en Europe de l’Est », a déclaré le lieutenant-colonel Olivier, organisateur de l’exercice. En novembre 2025, le même régiment s’est déployé à Bitche, en Moselle, pour « River Shadows 2025 » : 60 plongeurs de combat issus de sept régiments du génie et d’unités espagnoles et belges. En octobre, le 2e Régiment étranger de parachutistes (2e REP) avait conduit en Haute-Corse l’exercice « Vent d’automne », avec des combats urbains, des libérations d’otages et des opérations héliportées. En février 2026, la 13e demi-brigade de Légion étrangère a mobilisé près de 700 militaires français et espagnols pour « Gévaudan 26 », en Lozère, face à une force adverse autonome en terrain libre.
Sur le flanc Est de l’Alliance atlantique, la France s’est engagée en Roumanie via la mission Aigle, déployée sur la base de Mihail Kogalniceanu, près de Constanța. Elle y assume le rôle de nation-cadre : c’est elle qui assure le commandement du groupement de l’OTAN sur ce secteur, en coordination avec les forces belges et roumaines. En 2024, le contingent français a participé à plus de 30 exercices avec les forces alliées. L’exercice Dacia Spring, en juin 2025, a projeté jusqu’à 3 000 militaires depuis la France vers la Roumanie, des éléments du 1er REG et du 2e Régiment étranger d’infanterie (2e REI) figurant parmi les unités engagées.
Guyane, Mayotte, Paris : trois missions que l’on ne voit pas
Depuis les attentats de janvier 2015, l’opération Sentinelle maintient en permanence environ 2 200 soldats de l’armée de Terre en appui des forces de sécurité intérieure sur le territoire national. Les légionnaires y participent en rotation, patrouillant sur des sites sensibles désignés par les préfectures. Lors des Jeux olympiques de Paris 2024, le dispositif a été porté à 15 000 militaires, dont 10 000 en Île-de-France, en appui de 45 000 policiers et gendarmes. Le statut de la Légion lui interdit les missions de maintien de l’ordre ; ses soldats n’opèrent que dans le cadre antiterroriste.
À Kourou, en Guyane, le 3e Régiment étranger d’infanterie (3e REI) conduit deux missions permanentes depuis 1977. L’opération Titan protège le Centre spatial guyanais, classé « installation prioritaire de défense », le niveau de classification le plus élevé de l’État. L’opération Harpie, lancée en 2008, mobilise 420 soldats contre l’orpaillage illégal en forêt amazonienne : destruction de sites clandestins, neutralisation des équipements, patrouilles qui requièrent des rotations héliportées de plusieurs semaines en forêt dense.
À Mayotte, le 5e Régiment étranger a été élevé au rang de régiment le 7 septembre 2024, après avoir existé pendant des décennies sous le nom de Détachement de Légion étrangère de Mayotte. Ses 300 hommes sont en montée en puissance, avec une augmentation de 30 % des effectifs prévue sur cinq ans. Depuis 1997, le régiment tient ininterrompument un détachement sur l’archipel des Glorieuses, à environ 250 kilomètres au nord de Mayotte. Il héberge également le Centre d’instruction et d’aguerrissement nautique, chargé de la formation des forces alliées régionales en environnement tropical et lagunaire.
Du Sahel à l’Europe : dix ans de retrait en deux ans
Les opérations Serval, lancée au Mali en janvier 2013, puis Barkhane, déployée de 2014 à 2022 dans plusieurs pays du Sahel, ont absorbé pendant trois décennies une large part des capacités de projection de la Légion en Afrique. Le retrait s’est ensuite enchaîné en vingt-quatre mois : Mali en novembre 2022, Burkina Faso en janvier 2023, Niger en décembre 2023, Sénégal et Tchad en novembre 2024, Côte d’Ivoire en décembre 2024.
L’invasion de l’Ukraine par la Russie, en février 2022, a provoqué simultanément une crise de commandement interne. La Légion comptait alors environ 700 légionnaires d’origine ukrainienne et 450 d’origine russe. Le général commandant la Légion a accordé des permissions exceptionnelles aux légionnaires ukrainiens souhaitant mettre leur famille en sécurité dans les pays limitrophes, sans les autoriser à rejoindre les combats en Ukraine. Plusieurs ont violé cette consigne et ont été déclarés déserteurs. Depuis 2022, les ressortissants russes et ukrainiens ne peuvent plus s’engager dans l’institution.
En moins de deux ans, la Légion a perdu son principal théâtre d’opérations extérieures et une fraction significative de son vivier de recrutement slave. Le pivot vers la haute intensité en Europe n’était pas programmé : il était devenu inévitable.
54 % des recrues de 2024 venaient du Brésil, de Colombie ou du Népal
En 2019, les légionnaires slaves représentaient 28 % des effectifs, selon les données de l’Association de soutien à l’armée française (ASAF). En janvier 2025, cette part était tombée à 12 %. Les Sud-Américains atteignent désormais 21 % des effectifs, le sous-continent indien 18 %. En 2024, le Brésil, la Colombie et le Népal ont fourni à eux seuls 54 % des candidats immatriculés.
La Légion reçoit chaque année environ 8 000 candidats pour 1 300 à 1 450 places, soit un taux d’admission de 16 à 20 %. En 2024, elle a incorporé 1 450 nouveaux légionnaires, avec une moyenne d’âge de 24 ans. L’effectif total atteint 9 000 hommes et 10 500 en incluant réservistes opérationnels et personnel civil intégré dans ses formations.
Les francophones ne représentent que 8,5 % des candidats immatriculés en 2024, alors que l’état-major vise un idéal de 20 %. Cet écart complique la transmission des ordres dans des régiments où cohabitent parfois une trentaine de nationalités. En 2024, le recrutement a néanmoins permis la création de trois nouvelles sections, au 3e REI et au 5e RE.
Ce que le décret de 2008 dit vraiment sur l’anonymat
On présente souvent la Légion comme un refuge pour individus en fuite, qui pourraient s’y enrôler sous un faux nom et disparaître dans l’anonymat militaire. L’article 9 du décret du 12 septembre 2008 relatif aux militaires servant à titre étranger dit autre chose. En l’absence de pièces justificatives, le ministre de la Défense peut autoriser la souscription d’un contrat sous une identité déclarée, un pseudonyme temporaire accordé au cas par cas. La mesure exclut explicitement les candidats poursuivis pour crimes ou délits graves. La procédure de régularisation de situation militaire permet ensuite au légionnaire de retrouver son identité réelle, avec l’ensemble de ses droits et de ses devoirs.
Dans les régiments, des hommes qui ne partagent ni langue, ni culture, ni passé partagent une rupture volontaire avec ce passé. « Legio Patria Nostra » — la Légion est notre patrie — est inscrit sur les fanions depuis des décennies. C’est le ciment institutionnel que les états-majors étrangers signalent lorsqu’ils observent les taux de résilience au combat de ces unités.
La voie vers la nationalité française s’ouvre à partir de trois ans de service, et l’administration y répond favorablement dans la grande majorité des cas. La loi du 29 décembre 1999, codifiée à l’article 21-14-1 du Code civil, prévoit qu’en cas de blessure au combat, la naturalisation peut intervenir immédiatement, le principe dit du « Français par le sang versé ». Depuis 1831, 41 697 officiers, sous-officiers et légionnaires portent le titre de « Morts pour la France », selon les chiffres de la Fédération des sociétés d’anciens de la Légion étrangère publiés en juin 2025.
Onze régiments, du Gard à Mayotte
Le Commandement de la Légion étrangère, créé sous son appellation actuelle en 1984, est stationné à Aubagne, au sein du 1er Régiment étranger. Il regroupe onze régiments : neuf en métropole, deux outre-mer. Le 4e Régiment étranger, à Castelnaudary, assure la formation initiale de toutes les recrues. Le 1er Régiment étranger de cavalerie est stationné au camp de Carpiagne, dans les Bouches-du-Rhône. Le 2e REI, à Nîmes, est une unité d’infanterie mécanisée. Le 1er REG, à Laudun-l’Ardoise, est spécialisé dans la construction de ponts militaires et le passage de cours d’eau sous feu ; le 2e REG, à Saint-Christol, dans l’assaut de positions fortifiées et le déminage. Six de ces régiments sont placés sous l’autorité opérationnelle du Commandement des forces terrestres, au sein de leurs brigades interarmes respectives.
Le 2e REP, basé à Calvi, compte 1 400 cadres et légionnaires parachutistes. Ses compagnies de combat couvrent quatre spécialités distinctes : zone urbaine, montagne, milieu nautique, destruction et combat sur les arrières. La 13e demi-brigade de Légion étrangère, installée à La Cavalerie dans l’Aveyron, est spécialisée dans le combat à pied après approche en véhicule blindé, avec des capacités déclarées d’infiltration maritime, de franchissement par hélicoptère et de combat nocturne.
Une pétition, et aucune suite
En juin 2024, une pétition déposée sur le site de l’Assemblée nationale demandait la suppression de la Légion étrangère, invoquant ses « coûts de fonctionnement faramineux » et son « anachronisme ». Elle n’a reçu aucune réponse institutionnelle. Aucune commission parlementaire, aucun rapport sénatorial produit en 2024 ou 2025 n’a proposé la dissolution de l’institution.
Le général Christophe de Saint-Chamas, qui commandait alors la Légion, le formulait lors d’un débat sur Public Sénat en 2012 : « C’est pas l’armée qui a décidé d’avoir une Légion, c’est le Parlement, c’est la nation qui se dote d’une Légion. »
L’argument de la loyauté des soldats étrangers, que les responsables politiques ne posent jamais directement, a trouvé en 2022 un premier test concret. Environ 1 150 légionnaires de nationalités russe et ukrainienne coexistaient dans les mêmes casernes après le 24 février. Le commandement a géré cette situation par des permissions individuelles encadrées et quelques procédures de désertion, sans incident collectif déclaré. Le colonel Jean-Pierre Royet, chef d’état-major du Commandement de la Légion étrangère, a déclaré en janvier 2025 : « La Légion étrangère se porte bien. Elle n’a qu’une ambition, qui justifie sa raison d’être : l’excellence opérationnelle au service de la France. »
Un gouvernement qui augmente son budget de défense de 6,7 milliards d’euros en un exercice budgétaire unique et programme 441,6 milliards jusqu’en 2030 n’a pas engagé de réflexion sur la dissolution d’un corps qui représente 11 % de l’ensemble des soldats de l’armée de Terre disponibles pour les opérations.



Ne pas oublier que de gaulle haïssait et voulait dissoudre la légion étrangère et que son premier ministre Messmer ancien capitaine de la 13 dble durant la guerre si opposa .
Bravo pour la légion et moi même j’ai fait le 4 ème rima et sa ma toujours d’aider dans ma vie et je suis fière deux ses deux arme merci a vous deux