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Trois catapultes électromagnétiques lanceront les Rafale Marine du futur porte-avions français. Elles seront conçues, livrées et entretenues par l’américain General Atomics, qui n’a aucun concurrent qualifié dans le monde occidental. Paris a tranché en connaissance de cause, pour rester dans le club très restreint des marines capables de projeter un groupe aérien complet. Le montant du contrat ne couvre qu’une part de ce que cette décision coûtera d’ici aux années 2080.
Treize jours après le baptême, le rapport n° 2617
Le rapport n° 2617 de l’Assemblée nationale a été déposé le 1er avril 2026. Treize jours plus tôt, le 18 mars, Emmanuel Macron annonçait sur le site Naval Group d’Indret, en Loire-Atlantique, le nom retenu pour le successeur du Charles-de-Gaulle : France Libre. Le décor de la communication gouvernementale n’a pas varié entre les deux dates. Le contenu du dossier, si.
Une catapulte de porte-avions est un rail encastré dans le pont, long d’une centaine de mètres, qui saisit le train avant d’un avion et le propulse de zéro à près de 250 km/h en deux secondes. Sans elle, un chasseur de vingt tonnes chargé de carburant et de missiles ne peut pas décoller d’un navire. Le Charles-de-Gaulle en possède deux, à vapeur. Le France Libre en recevra trois, électromagnétiques.
Le rapport parlementaire est issu de la mission d’information sur les dépendances militaires de la France vis-à-vis de l’étranger, portée par les députés François Cormier-Bouligeon et Aurélien Saintoul. Les deux rapporteurs ont travaillé sur un périmètre qui dépasse de très loin le porte-avions. Munitions, armes légères, drones, équipements numériques, spatial, grands systèmes d’armes : la cartographie qu’ils dressent touche à peu près toutes les strates de l’appareil de défense français, et pas seulement les segments réputés fragiles.
Dans la synthèse qu’en a publiée LCP, la chaîne parlementaire, figure un passage qui concerne directement le navire annoncé à Indret. Les monte-charges et les catapultes du Charles-de-Gaulle sont américains. Les catapultes électromagnétiques du France Libre le seront elles aussi, y compris du point de vue de la maintenance.
Ce dernier membre de phrase déplace le sujet. Un équipement acheté une fois se remplace, se copie, se contourne au terme d’un délai industriel connu. Un équipement entretenu par son fournisseur pendant toute la durée de vie d’un bâtiment de guerre engage la France à chaque réparation lourde, à chaque remplacement de pièce, à chaque mise à jour logicielle, pendant plus de quarante ans. Le prix affiché d’une catapulte ne couvre pas ce que coûte le fait d’en dépendre.
Les rapporteurs avancent un second élément, plus abrupt. Pour certaines capacités critiques, la France ne pourrait assurer l’entretien de ses matériels par ses seuls moyens que pendant quelques mois, si un fournisseur étranger cessait de la livrer. Quelques mois. L’ordre de grandeur émane d’une mission parlementaire, pas d’un cabinet d’analyse ni d’une tribune d’experts.
La question des catapultes américaines circulait jusqu’alors dans les revues navales, les colloques industriels et les auditions techniques de la commission de la défense. Deux députés l’ont inscrite dans un document officiel de l’Assemblée nationale, au moment précis où l’exécutif présentait le programme comme une démonstration d’autonomie stratégique. L’État français dispose désormais, sous son propre timbre, du diagnostic de sa propre dépendance.
1,321 milliard de dollars, et deux lanceurs seulement
La Defense Security Cooperation Agency, l’agence du Pentagone chargée d’instruire les ventes d’armement américain à l’étranger, a publié une notification approuvant la cession à la France de deux ensembles. D’un côté, un système EMALS, pour Electromagnetic Aircraft Launch System, le dispositif de catapultage électromagnétique de General Atomics, dans une version comptant deux lanceurs. De l’autre, un système AAG, qui assure l’opération inverse : freiner et arrêter les avions qui se posent sur le pont, à l’aide de trois moteurs de récupération reliés aux câbles d’arrêt. Ces trois moteurs de freinage ne correspondent en rien au nombre de catapultes. Valeur maximale estimée de l’ensemble : 1,321 milliard de dollars.
La notification ne se limite pas au matériel. Elle englobe les équipements associés, l’installation à bord, la documentation technique, les essais, la formation des équipages et le soutien du système une fois en service. Ces deux derniers postes donnent une traduction contractuelle au constat des rapporteurs sur la maintenance. Les marins français seront formés par l’industriel américain, et l’entretien du dispositif figure au périmètre de la vente, sans faire l’objet d’un contrat français distinct. Paris a acheté la dépendance en même temps que le matériel, les deux lignes n’étant pas dissociables.
Deux réserves encadrent la lecture de ce document. L’agence américaine notifie une vente potentielle, autorisée par le Congrès à la demande du pays acheteur, et communique une valeur plafond destinée à couvrir l’enveloppe maximale de la transaction. Ni l’une ni l’autre ne préjugent du montant finalement versé par Paris, qui peut se révéler inférieur.
La configuration décrite pose un problème d’une autre nature. Le document américain mentionne deux lanceurs. La presse spécialisée française et les informations relayées après les arbitrages de l’Élysée convergent, elles, vers trois catapultes sur le France Libre.
L’écart mérite qu’on s’y attarde. Le seul chiffrage public de première main disponible sur la pièce la plus critique du navire porte sur une architecture qui n’est plus celle retenue. Écrit avec la précision qu’impose le dossier : le futur porte-avions sera doté de trois catapultes reposant sur la technologie EMALS de General Atomics, tandis que le document du Pentagone décrit un ensemble à deux lanceurs assorti du système de freinage. Le coût de la troisième catapulte n’a fait l’objet d’aucune publication, ni à Washington ni à Paris.
Un contribuable qui voudrait connaître le prix du système sans lequel aucun avion ne quitte le pont du France Libre doit se reporter à un document américain décrivant une autre configuration que celle qui sera construite.
Sans catapulte, pas de Hawkeye
La marine française tient depuis les premiers porte-avions de l’après-guerre à la formule dite CATOBAR, où les avions sont catapultés au décollage et retenus par des câbles à l’atterrissage. Un pont équipé de catapultes autorise le lancement d’appareils plus lourds, mieux armés et emportant davantage de carburant que sur un navire à tremplin, une rampe inclinée à l’avant, ou sur un bâtiment limité aux avions capables de décoller à la verticale. Un même avion emporte plusieurs tonnes de charge supplémentaires selon qu’il est catapulté ou qu’il s’élance sur une rampe.
Le E-2 Hawkeye ne décolle que d’une catapulte. Cet avion à hélices, coiffé d’un radar en forme de soucoupe, détecte les appareils et les missiles hostiles à plusieurs centaines de kilomètres et coordonne les missions de tout le groupe aéronaval. Sa masse et sa vitesse de décollage lui interdisent le tremplin. Le Royaume-Uni, en renonçant aux catapultes sur ses porte-avions de classe Queen Elizabeth, a renoncé du même coup à embarquer ce type d’appareil et le compense par des hélicoptères, qui volent moins haut et moins longtemps.
Le Charles-de-Gaulle, admis au service actif en 2001, fonctionne déjà avec des catapultes à vapeur d’origine américaine. Paris n’inaugure donc rien avec le France Libre. Le programme reconduit une dépendance vieille d’un quart de siècle et l’étend de plusieurs décennies supplémentaires.
Le passage de la vapeur à l’électromagnétique apporte des gains techniques documentés. La puissance de lancement devient réglable, ce qui permet de propulser des appareils de masses très différentes sans reconfigurer le système, un point déterminant pour les drones embarqués, dont les gabarits restent à définir. Les concepteurs annoncent également un entretien allégé sur certains points et une consommation d’eau douce réduite, ressource comptée à bord même sur un bâtiment à propulsion nucléaire.
Aucun industriel européen ne propose aujourd’hui de catapulte électromagnétique conçue pour un navire et validée pour un usage opérationnel. General Atomics équipe l’USS Gerald R. Ford, seul porte-avions au monde à opérer ce système en service.
Là se joue le consentement. Ni les états-majors ni la Direction générale de l’armement, le service du ministère qui pilote les grands programmes, n’ont subi cette dépendance par distraction. Ils l’ont acceptée pour obtenir trois catapultes capables de lancer un Hawkeye, faute d’alternative disponible sur le marché occidental. Le débat porte sur le prix de ce choix, pas sur sa rationalité militaire. Ce prix se compte en trois monnaies distinctes.
De 4,5 à 12,221 milliards d’euros
La première monnaie est l’argent. Au début de la décennie, les évaluations initiales du porte-avions de nouvelle génération situaient le programme entre 4,5 et 5 milliards d’euros. Challenges, s’appuyant sur les documents budgétaires, l’établit désormais à 12,221 milliards d’euros. Le coût a plus que doublé avant même l’ouverture du chantier.
Les chiffres publics ne recouvrent pas tous le même périmètre. L’Essentiel de l’Éco et Planet reprennent le montant de 12,2 milliards d’euros, avions non compris, quand les prises de parole officielles mettent en avant une somme arrondie à 10 milliards. Un citoyen qui cherche à savoir ce que coûte le navire tombe donc, selon la source consultée, sur deux ordres de grandeur qui ne se rejoignent pas.
Isoler la part des trois catapultes et du système de freinage dans cette masse, à partir des seuls documents publics français, relève de l’impossible. Ni les annexes budgétaires soumises au Parlement, ni les rapports de suivi transmis chaque année aux députés, ni les réponses ministérielles aux questions écrites n’ont jusqu’ici détaillé cette ligne.
Plusieurs sources spécialisées et analyses industrielles relayées dans la presse évaluent la facture totale du dispositif de catapultage et de freinage, matériel, installation à bord et modifications de la structure du navire comprises, à un montant pouvant approcher 3 milliards d’euros. Cette estimation reste attribuable à des évaluations industrielles reprises par des médias spécialisés. Aucun service de l’État ne l’a confirmée. La citer sans cette réserve lui donnerait une valeur officielle qu’elle n’a pas.
Entre les 1,321 milliard de dollars notifiés par le Pentagone pour deux lanceurs et cette évaluation de 3 milliards d’euros pour l’ensemble du dispositif, un ordre de grandeur se dessine tout de même. Une fraction non négligeable du programme présenté comme la vitrine de l’autonomie stratégique française relèverait d’une technologie et d’un fournisseur qui ne sont pas nationaux.
Ce que le général Bentégeat a raconté sur 2003
La deuxième monnaie est la liberté d’action. En 2003, Jacques Chirac refuse d’associer la France à l’intervention américaine en Irak et la relation entre Paris et Washington se dégrade brutalement. Le général Henri Bentégeat, chef d’état-major des armées à cette période, a déclaré dans une enquête publiée par Marianne que cette dégradation avait fait peser un risque sur la disponibilité du Charles-de-Gaulle, en raison de la présence de composants américains dans certaines capacités critiques liées notamment aux catapultes.
Les sources publiques disponibles imposent une lecture mesurée de cet épisode. Elles documentent un durcissement de la relation entre les deux pays et des frictions sur la coopération militaire. Elles ne permettent pas d’établir l’existence d’un blocage total, public et documenté, qui aurait spécifiquement visé les catapultes du porte-avions français.
Ce qu’elles établissent éclaire la vigilance parlementaire de 2026. Au sommet de l’appareil militaire français, un officier général exerçant le commandement opérationnel a décrit la dépendance à un système américain comme une vulnérabilité concrète, éprouvée dans une crise diplomatique réelle, et non comme une hypothèse d’école agitée par des industriels concurrents.
Le France Libre doit être admis au service actif en 2038 et naviguer jusque dans les années 2080. Paris parie sur la continuité de la relation transatlantique pendant six décennies, sur des équipements dont la disponibilité s’est déjà trouvée en question après deux ans de brouille diplomatique.
Une catapulte française d’ici 2038 ?
La troisième monnaie est industrielle. Des députés ont demandé le lancement d’une étude de faisabilité pour une catapulte électromagnétique nationale destinée au France Libre, rapporte le site spécialisé Opex360. Trois noms d’industriels reviennent dans le débat public : Alstom, cité pour sa maîtrise des moteurs qui propulsent les trains en ligne droite, une technologie proche de celle d’une catapulte ; Schneider Electric et Cegelec, cités pour la conversion et la distribution de fortes puissances électriques. Aucun d’eux n’a reçu de commande. Aucun groupement d’entreprises n’a été constitué.
Au 20 juillet 2026, aucun document public n’atteste du lancement effectif d’un programme industriel financé et signé destiné à remplacer les catapultes américaines sur le futur porte-avions. Il existe une demande parlementaire, des compétences françaises voisines et crédibles, et un intérêt stratégique croissant. Il n’existe pas de décision gouvernementale vérifiable.
Douze ans séparent aujourd’hui la France de la date de mise en service visée. Une catapulte destinée à un navire de guerre doit franchir une série d’étapes : études de faisabilité, développement, essais au sol sur une installation reproduisant les conditions du bord, homologation, puis installation dans un bâtiment dont les plans de coque et le réseau électrique sont déjà arrêtés dans leurs grandes lignes.
Naval Group a engagé la préparation industrielle du programme, avec un pic annoncé de 14 000 emplois directs et indirects. Les choix techniques du navire se figent à mesure que le chantier avance. Un système de catapultage différent devrait se raccorder à des interfaces conçues pour un autre.
Chaque trimestre écoulé sans arbitrage reconduit le choix américain sans qu’aucune décision ait été prise. Ce que la France ne commande pas aujourd’hui, elle ne l’aura pas en 2038.
Ce que Paris achète en même temps que ses catapultes
Le France Libre déplacera environ 78 000 tonnes et fonctionnera à la propulsion nucléaire. Son pont doit accueillir les Rafale Marine modernisés, le futur système de combat aérien européen et des drones embarqués dont la définition n’est pas arrêtée. Environ 800 entreprises sont mobilisées sur le programme, dont plus de 600 petites, moyennes et moyennes-grandes entreprises françaises.
Sur cette base industrielle largement nationale, les trois appareils qui conditionnent le décollage de chaque avion viennent d’un fournisseur américain unique.
L’entretien des catapultes restera adossé à General Atomics pendant toute la durée de vie du bâtiment. Chaque immobilisation lourde en chantier, chaque remplacement de pièce, chaque mise à jour du logiciel de commande passera par une chaîne d’approvisionnement soumise à la réglementation américaine sur les exportations d’armement, dite ITAR, qui permet à Washington d’autoriser ou de refuser chaque transfert de matériel et de savoir-faire. Un porte-avions connaît ses grandes révisions à plusieurs années d’intervalle ; le logiciel d’un système de catapultage évolue, lui, en quelques mois.
Adapter les trois catapultes aux drones de combat embarqués soulève une difficulté du même ordre. Les masses au décollage et les contraintes d’accélération de ces appareils restent à définir, et leur intégration supposera une coopération technique continue avec un industriel dont la France ne détient ni les programmes informatiques ni les plans détaillés. Les décisions techniques prises sur un système livré au milieu des années 2030 fixeront les capacités du groupe aéronaval en 2065.
Emmanuel Macron a présenté le programme comme une démonstration d’autonomie stratégique lors de son déplacement du 18 mars à Indret. Deux semaines plus tard, François Cormier-Bouligeon et Aurélien Saintoul écrivaient dans un rapport officiel que les catapultes du navire et leur entretien resteraient américains. Les deux énoncés coexistent dans les documents publics français.
Trois échéances diront le montant réel du consentement français. La signature définitive du contrat portant sur trois catapultes et la publication de son prix, alors que le seul document accessible aujourd’hui en décrit deux. Les suites données à la demande parlementaire d’étude de faisabilité, avec ou sans financement d’études préparatoires dans les prochains arbitrages. Le traitement du volet consacré aux dépendances dans la prochaine actualisation de la loi de programmation militaire, le texte qui fixe le budget des armées pour plusieurs années, et qui dira si les constats du rapport n° 2617 se traduisent en crédits ou restent sans effet.



J’espère qu’il sera équipé de lances à eau pour combattre les incendies
Bine entendu, comme pour toutes les décisions stratégiques, le commun des français n’est pas consulté (ce qui peut se comprendre…), mais surtout, pas informé !!…
Mais j’ai relevé 2 paradoxes, l’un concerne la nouvelle lubie de Trump qui a décidé que les catapultes électromagnétiques ne lui convenait pas, ce psychopathe veut revenir aux catapultes à vapeur…
Et dans cet article, j’apprends que des entreprises françaises seraient capables de mettre en œuvre ces fameuses catapultes électromagnétiques et, j’imagine, le système d’accroche à l’apontage des avions sur le futur “France Libre”…
Mais qu’attend-t’on !!!
Nous avons choisi, pour remplacer nos FAMAS des armes allemandes…ben voyons…et maintenant, alors qu’on pourrait garder notre autonomie globale sur notre futur fleuron de la marine Française, nos chers élus, pour des raisons que je n’ose même pas imaginer, se jette dans la gueule du loup américain, que les mêmes fustigent à longueur de temps (à juste titre !).
Que signifie tout ça ?
J’ai bien peur d’en connaître la raison…l’argent, le pouvoir, toujours ces mêmes ingrédients qui affaiblissent notre pays, et j’en ai marre !! Marre de ces politiques véreux qui nous mènent droit dans le mur !! Marre de n’avoir aucune alternative, l’homme ou la femme providentielle, de la trempe de nos (quelques) illustres grands hommes du passé qui ne pensaient qu’à la France et aux Français, n’existe toujours pas, de mon point de vue, en tous cas…
Que faire alors ? Baisser les bras et admettre que la France va se mettre au diapason de tous les autres pays européens qui dépendent entièrement des usa et ravaler, jusqu’à nous en étouffer, le peu d’orgueil qui nous reste…ou nous révolter et renverser l’ordre établi et prendre en main notre destin !!
Mais j’ai peu d’espoir…les français, dans leur majorité, sont devenus des moutons, ont-ils jamais été autre chose…?
J’espère recevoir quelques réactions de la part de ceux qui tomberont sur mon coup de gueule…