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Sur le tarmac de Farnborough, General Atomics Aeronautical Systems et Anduril Industries ont exposé des maquettes grandeur nature de leurs appareils sans pilote. Boeing y a fait venir un avion qui vole, le MQ-28 Ghost Bat, selon Reuters. Ces machines sont conçues pour accompagner en vol les chasseurs pilotés, en emportant capteurs, brouilleurs ou missiles à leur place. Des trois industriels présents, le seul à montrer du matériel volant est aussi le seul à ne pas figurer sur les contrats de série signés un mois plus tôt.
Le 17 juin 2026, le département de l’Air Force a attribué les premiers contrats d’ingénierie, de développement et de production du programme Collaborative Combat Aircraft (CCA), pour sa première tranche de fabrication, que l’Air Force appelle Increment 1. Deux appareils ont été retenus : le FQ-42A de General Atomics et le FQ-44A d’Anduril Industries, dérivé du drone Fury. Les deux machines s’appelaient jusque-là YFQ-42A et YFQ-44A, le Y désignant dans la nomenclature américaine un prototype non encore qualifié pour la production.
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L’Air Force a rendu cette décision environ quatre mois avant l’échéance qu’elle s’était elle-même fixée. La plupart des observateurs du programme la plaçaient à l’été 2027.
Boeing, Lockheed Martin et Northrop Grumman n’ont pas été retenus pour cette première flotte de série. Ils resteront éligibles à la tranche suivante, l’Increment 2, a précisé l’Air Force.
Le secrétaire de l’Air Force, Troy Meink, a déclaré que ces contrats réaffirmaient « notre confiance dans la trajectoire stratégique du programme pour acquérir plus de 150 CCA aptes au combat d’ici la fin de la décennie ». Le colonel Timothy Helfrich, responsable du programme, a indiqué que la sélection reposait sur « la capacité à respecter le calendrier de l’Air Force, les critères de coût exigeants et la performance ». Ni la valeur financière des contrats ni les volumes commandés par lot n’ont été rendus publics.
Anduril tire le premier, au-dessus du Mojave
L’Air Force a annoncé le 15 juillet 2026 le premier essai de tir réel jamais effectué par un Collaborative Combat Aircraft. L’appareil d’Anduril, que l’Air Force désigne encore sous son nom de prototype YFQ-44A, a tiré un missile air-air AIM-120 AMRAAM dans une zone isolée du désert de Mojave, contre une cible simulée par ordinateur. Aucun de ses concurrents n’a franchi cette étape.
Le général Dale White, responsable au Pentagone des systèmes d’armes majeurs critiques, a indiqué que l’appareil ne peut engager une cible de façon autonome et que la décision de tir reste soumise à la validation d’un opérateur humain.
Anduril avait auparavant fait voler l’appareil avec une munition inerte fixée sous l’aile. Une série d’évaluations avait également porté sur les échanges de données entre l’avion et son système d’arme.
Ces deux drones sont récents. Le YFQ-42A de General Atomics a décollé pour la première fois en août 2025, quinze mois après l’attribution du contrat de prototypage. Deux mois plus tard, en octobre, c’était au tour du YFQ-44A d’Anduril.
En avril 2026, un appareil de General Atomics s’est écrasé. L’incident a été attribué à une erreur du pilote automatique, sur un programme dont l’autonomie constitue précisément l’argument central. Les vols ont repris environ un mois plus tard et l’Air Force n’a pas modifié son calendrier de production.
4,5 milliards de dollars pour 150 appareils
L’US Air Force a fixé un plafond de coût unitaire inférieur à 30 millions de dollars par appareil. Un F-35A revient aujourd’hui entre 81 et 89 millions de dollars selon les derniers contrats de lot négociés avec Lockheed Martin, soit environ trois fois plus.
Les 150 appareils annoncés par Troy Meink représentent donc, au prix plafond, 4,5 milliards de dollars pour les seuls avions, hors logiciel d’autonomie, entretien et armement.
Richard Aboulafia, directeur général du cabinet AeroDynamic Advisory, situe le potentiel du marché à plusieurs centaines d’appareils par an. Il place cette diffusion large au milieu des années 2030, et pas avant. Trois cents machines annuelles au prix plafond porteraient le chiffre d’affaires du secteur à 9 milliards de dollars par an.
Les crédits inscrits au budget de l’exercice 2027 racontent une autre histoire. Au plafond de 30 millions de dollars, ils ne financeraient qu’environ 36 CCA, soit un peu plus d’un milliard de dollars. L’Air Force devrait donc trouver ailleurs les trois quarts de la somme nécessaire à sa flotte de 150 appareils.
Certains responsables de l’Air Force envisagent en conséquence un recentrage du programme vers des drones dits « attritables », conçus pour être perdus au combat, dont le prix unitaire tomberait entre 5 et 10 millions de dollars. Un tel arbitrage diviserait par trois à six la valeur de chaque appareil vendu.
Le chef d’état-major de l’Air Force, le général Ken Wilsbach, a déclaré qu’une livraison plus rapide de cette capacité aux combattants garantissait que les forces américaines « conservent l’avantage tactique nécessaire pour dissuader et, si besoin, vaincre tout adversaire ».
Boeing joue la carte de l’appareil qui vole
Boeing a lancé le programme Ghost Bat en 2017, avec l’armée de l’air australienne. « Nous disposons du collaborative combat aircraft le plus mature », a déclaré à Reuters Bernd Peters, vice-président développement et stratégie du groupe. « C’est du matériel réel que vous avez devant vous. »
Le MQ-28A mesure entre 11,6 et 11,7 mètres de long pour 7,3 mètres d’envergure, soit à peu près la taille d’un petit jet d’affaires. Sa masse maximale au décollage avoisine 3 tonnes et son rayon d’action dépasse 2 000 milles nautiques, environ 3 700 kilomètres, grâce à un unique réacteur Williams FJ33. Son nez se démonte et se remplace, ce qui permet de changer l’équipement embarqué d’une mission à l’autre : radar, capteurs optiques, brouilleurs de guerre électronique et, à terme, une soute à munitions. Boeing revendique plus de 100 vols d’essai.
Écarté du marché américain de série, le groupe tire aujourd’hui ses recettes de l’Australie. Canberra a signé deux contrats distincts en décembre 2025. Le premier porte sur 754 millions de dollars australiens répartis sur trois ans pour livrer, développer et entretenir une nouvelle tranche d’appareils, un montant que Boeing Australie présente comme un record pour ce type de programme. Le second, rapporté à 1,4 milliard de dollars australiens, soit environ 930 millions de dollars américains, couvre six Ghost Bat de série et un prototype amélioré, avec une entrée en service visée en 2028, selon Reuters et plusieurs médias spécialisés. Les deux volets cumulent plus de 2,1 milliards de dollars australiens.
Du 22 juin au 1er juillet, un Ghost Bat australien a participé à l’exercice multinational Valiant Shield 2026, déployé à Guam, dans les îles Mariannes du Nord, au Japon et dans les eaux environnantes, avec les forces américaines, australiennes, canadiennes, japonaises et néo-zélandaises. Selon un communiqué de Pacific Air Forces daté du 7 juillet, l’appareil a volé en formation avec un chasseur F-15EX de l’US Air Force et a été ravitaillé en carburant directement depuis un avion-cargo HC-130J. Les militaires y testaient la capacité du drone à opérer depuis des terrains sommaires situés près de la zone de combat. Boeing affirme qu’aucun autre CCA n’a été déployé à ce jour dans un exercice interarmées multinational.
Une version améliorée, baptisée Block 3, a été dévoilée début juin 2026 au salon ILA Berlin. Elle emporte ses munitions à l’intérieur du fuselage, missiles AIM-120 AMRAAM ou bombes guidées GBU-39, avec une voilure agrandie de plus de 25 %, une masse maximale au décollage portée à 12 000 livres, environ 5,4 tonnes, et une commande possible hors de portée de vue de l’opérateur. Boeing destine explicitement ces évolutions aux clients européens, l’Allemagne en tête.
Une usine dans l’Ohio contre l’héritage du Predator
« En deux ans, nous avons dépassé ce que beaucoup d’autres entreprises ont accompli en de nombreuses années », a déclaré Jason Levin, vice-président senior d’Anduril. « Plutôt que de faire de petits pas progressifs, nous préférons faire de grands pas. »
Le groupe a démarré en mars 2026 la production de son drone de combat Fury dans une usine du comté de Pickaway, dans l’Ohio. Baptisé Arsenal-1, le site représente un investissement annoncé de 900 millions de dollars, doit créer jusqu’à 4 000 emplois et générer un impact économique régional estimé à 2 milliards de dollars. Sa capacité peut atteindre 150 appareils par an, selon Jason Levin, qui n’a pas précisé quelle part reviendrait à l’armée de l’air américaine. Cette seule usine pourrait donc sortir en douze mois l’équivalent de la flotte entière que l’Air Force réclame pour 2030. La chaîne assemble à la fois les Fury et les bombardiers en piqué Barracuda, sur une ligne que les ouvriers reconfigurent selon les besoins.
General Atomics oppose une autre ancienneté. Son porte-parole Phil Ewing indique que l’entreprise a produit « plusieurs » appareils pour le programme, sans avancer de chiffre, et rappelle les décennies d’expérience du groupe dans le sans-pilote depuis le Predator, ce drone armé employé par l’armée américaine à partir des années 1990. Le facteur qui distingue selon lui cette nouvelle catégorie d’appareils reste l’autonomie, domaine dans lequel General Atomics revendique « des milliers et des milliers » d’heures de vol accumulées ces dernières années.
Qui écrira le cerveau des appareils
Chaque avion retenu embarquera un logiciel chargé de le piloter et de conduire sa mission, fourni par un partenaire désigné. Shield AI et son programme Hivemind équipent le FQ-44A d’Anduril, tandis que Collins Aerospace, filiale du groupe RTX, fournit celui du FQ-42A de General Atomics.
Six fournisseurs concouraient à l’origine sur ce volet. Lockheed Martin et Northrop Grumman en ont été éliminés. Trois candidats poursuivent le développement sous contrats de six mois : Shield AI, Collins Aerospace et Anduril, seul industriel à rester en lice à la fois comme constructeur et comme concepteur du logiciel. Boeing n’y figure pas. Le choix final d’un ou deux fournisseurs est attendu à l’été 2027.
Lockheed Martin évoque des « engagements en cours » sur l’intégration de systèmes autonomes avec le F-35 et le F-22, sans confirmer explicitement une candidature comme constructeur sur l’Increment 1. Un porte-parole du groupe indique que l’entreprise continue d’investir dans « des solutions convaincantes pour l’USAF » et pour d’autres clients, et que son propre appareil de combat sans pilote se trouve « en phase de construction et volera l’an prochain ».
Boeing et Northrop attendent la deuxième manche
Kathy Warden, PDG de Northrop Grumman, s’est dite « évidemment déçue » de l’issue du 17 juin, tout en rappelant que l’acquisition constitue une « compétition continue » ouvrant sur de futures phases. Boeing a exprimé un regret comparable et réaffirmé son engagement sur le drone ravitailleur MQ-25 Stingray, sur le MQ-28 Ghost Bat et sur des programmes non divulgués.
L’Air Force a programmé pour 2029 un concours en vol grandeur nature entre concurrents, un « fly-off » selon le terme employé par les militaires américains. Plus de vingt entreprises demeurent éligibles à l’Increment 2, au-delà des neuf retenues en décembre 2025 pour affiner leurs concepts.
Les contrats du 17 juin portent sur une première flotte dont ni le volume ni le montant n’ont été publiés. Les 9 milliards de dollars annuels que représenteraient les centaines d’appareils projetés par Richard Aboulafia se joueront sur l’Increment 2 et sur les tranches suivantes, au milieu de la prochaine décennie.
Quatre appareils pour la Luftwaffe
Les gouvernements européens lancent leurs propres programmes de drones de combat, et les industriels américains y répondent en s’associant à des partenaires locaux. Ni Anduril ni General Atomics ne figurent parmi les quatre candidats au contrat allemand. Boeing y est, et a noué des partenariats avec plusieurs entreprises allemandes, dont Rheinmetall, Diehl Defence et Rohde & Schwarz sont citées par la presse spécialisée, pour proposer un appareil à l’armée de l’air allemande à l’horizon 2029.
Airbus a exposé à Farnborough l’U760 Ravenstorm, dévoilé début juin 2026 à l’ILA Berlin et annoncé opérationnel au début des années 2030. Selon plusieurs médias spécialisés de l’aéronautique, l’appareil mesurerait environ 13 mètres de long pour 10 mètres d’envergure et pèserait au décollage jusqu’à 6 tonnes, avec une aile en flèche implantée à mi-hauteur du fuselage et une double dérive héritées du démonstrateur Barracuda que l’avionneur avait fait voler en 2006.
En attendant, l’européen développe l’U740 Valkyrie et prévoit des vols d’essai d’ici la fin de l’année avec deux appareils achetés à l’américain Kratos Defense. Un porte-parole du groupe indique que cette solution offre dès maintenant aux forces aériennes européennes des « capacités d’expérimentation opérationnelle ».
Un quatrième candidat s’est invité à Berlin. La start-up berlinoise Helsing y a présenté son CA-1 Europa, décliné en une version de frappe, le CA-1KA, et une version de guerre électronique, le CA-1EA, avec un premier vol visé début 2027. Helsing met en avant une fabrication sur le sol allemand, argument que Boeing contre par son alliance avec Rheinmetall, Diehl Defence et Rohde & Schwarz.
Quatre appareils se disputent le contrat allemand attendu pour 2029, dont un seul américain. Les commandes fermes recensées dans le monde se comptent aujourd’hui en dizaines d’unités, pour un marché que Richard Aboulafia chiffre en centaines d’appareils annuels dix ans plus tard.


