La France sans porte-avions pendant dix-huit mois

Recharger deux réacteurs nucléaires, reconstruire la tour de commandement : le chantier du Charles de Gaulle, programmé en 2027, laissera la France sans relève.

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Dix-huit mois en cale sèche à partir de 2027, le temps de changer le combustible de deux réacteurs nucléaires et de reconstruire la tour de contrôle du navire. Pendant ces dix-huit mois, la France n’alignera aucun porte-avions. Elle n’en possède qu’un. Son remplaçant, le France Libre, n’est pas attendu en service avant 2038, et une option reste à l’étude : faire durer le vieux navire au-delà de sa date de retrait.

Un retour au port qui ouvre le compte à rebours

Une vedette d’assaut CB90 prêtée par la marine suédoise a escorté le Charles de Gaulle dans la rade de Toulon, le samedi 11 juillet 2026. Près de 2 000 marins se trouvaient à bord. Les rédactions régionales et nationales ont repris les images de l’accostage et les propos d’un équipage se disant « contents de rentrer à la maison ».

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La Marine nationale a chiffré la mission « La Fayette 26 » à 166 jours de mer et plus de 40 000 milles nautiques, soit environ 74 000 kilomètres, sa deuxième plus longue mission depuis 1945. Le bâtiment avait appareillé de Toulon le 27 janvier 2026 pour Orion 26, un grand exercice de l’OTAN en Atlantique nord, programmé de longue date. L’état-major l’a redéployé début mars en Méditerranée orientale, puis vers la mer d’Arabie et le golfe Persique. Mi-juin, il l’a maintenu « sur zone jusqu’à nouvel ordre » à quelques centaines de kilomètres du détroit d’Ormuz, alors que Toulon réservait déjà les installations nécessaires à son immobilisation.

Emmanuel Macron a annoncé le 3 juillet, sur le réseau social X, le retour du bâtiment vers son port d’attache, invoquant une « évolution favorable » de la situation. Le navire se trouvait encore en Méditerranée.

Quatre jours plus tard, Donald Trump déclarait le cessez-le-feu « terminé ». Washington a lancé le 7 juillet une vague de frappes contre les défenses antiaériennes et les radars côtiers iraniens, ainsi que contre plus de soixante embarcations des Gardiens de la révolution. Téhéran a riposté sur des bases américaines au Koweït et à Bahreïn. Un missile iranien a touché un pétrolier émirati dans le détroit les 13 et 14 juillet, tuant un membre d’équipage. Les 16 et 17 juillet, pour une sixième nuit consécutive, les bombardiers américains ont visé des infrastructures civiles iraniennes, dont une centrale électrique et le réseau de télécommunications. Au moins huit morts, selon l’agence iranienne IRNA. Ce samedi 18 juillet, l’Iran a bombardé pour le deuxième jour consécutif une centrale électrique et de dessalement au Koweït.

Aucune source officielle française n’écarte à ce jour un nouveau départ du Charles de Gaulle vers la zone. Le porte-avions dispose pour cela d’une fenêtre qui se referme dans moins de dix-huit mois.

Deux réacteurs à recharger, une tour à reconstruire

Le troisième et dernier grand carénage du porte-avions, que les militaires appellent arrêt technique majeur, ou ATM3, doit se dérouler à Toulon entre 2027 et 2028. Sa durée est évaluée à dix-huit mois, pendant lesquels la Marine nationale sera privée de son unique porte-avions.

Naval Group doit remplacer le combustible des deux réacteurs nucléaires K15 qui propulsent le navire depuis 2001, une opération comparable à celle pratiquée sur les centrales électriques, mais conduite à l’intérieur d’une coque. L’îlot, la tour qui domine le pont d’envol et abrite la passerelle de commandement, sera entièrement reconstruit pour accueillir un nouveau radar de surveillance, le Sea Fire de Thales. Un nouvel avion de détection radar, l’américain E-2D Advanced Hawkeye, doit remplacer les E-2C actuellement embarqués, dont l’un devra être maintenu en service jusqu’en 2032 le temps du passage d’un modèle à l’autre. Rien de tout cela ne peut se faire pendant que le navire navigue.

Le contre-amiral chargé du soutien de la flotte à Toulon a indiqué que les premiers grands contrats de ce chantier avaient commencé à être signés dès 2025. Une forme de radoub, le bassin où l’on vide l’eau autour du navire pour travailler sur sa coque, se réserve plusieurs mois à l’avance, comme les équipes qui y interviendront. Une part de la dépense est donc déjà engagée pour une immobilisation qui n’a pas commencé.

Le ministère des Armées et la Direction générale de l’armement n’ont pas confirmé directement ce calendrier de 2027-2028. Il provient de sources spécialisées défense convergentes : Le Marin, Opex360, La Tribune, Capital.

Un seul navire, et aucune relève

Un porte-avions permet de faire décoller des avions de combat à des milliers de kilomètres du territoire national, sans dépendre d’une base terrestre ni de l’autorisation d’un pays d’accueil. Le Charles de Gaulle a rempli cette fonction en Afghanistan à partir de fin 2001, puis contre l’organisation État islamique en Irak et en Syrie. Sans lui, la France ne peut plus envoyer d’avions au combat qu’à partir de bases situées à terre, avec les accords diplomatiques que cela suppose.

La France ne dispose d’aucun second porte-avions pour prendre le relais pendant les dix-huit mois du chantier. La marine américaine en aligne une dizaine. La britannique en compte deux, le Queen Elizabeth et le Prince of Wales, l’un et l’autre propulsés au fioul et non au nucléaire. Une immobilisation française vaut donc absence complète.

Tous les cinq ans environ, le Charles de Gaulle passe déjà six à sept mois à quai pour un entretien courant. Le dernier, mené aux bassins Vauban à Toulon, a mobilisé quelque 800 salariés de Naval Group et 180 entreprises partenaires. Les équipes y ont traité près de 1 900 lignes de travaux, déroulé 27 kilomètres de câbles neufs, installé le système de communication par satellite Syracuse IV et refait 1,7 hectare de peinture sur la coque. Six à sept mois, donc, sans même toucher aux réacteurs. Le chantier de 2027 durera presque trois fois plus longtemps.

En 2015 et 2016, pendant les bombardements de la coalition contre l’organisation État islamique, chaque passage du navire à quai a suspendu les vols français depuis la mer. Les états-majors ont revu leurs plans et se sont davantage appuyés sur les bases terrestres de la région. Ces interruptions ont duré quelques mois, à un moment où des porte-avions américains restaient présents sur zone.

Un rapport parlementaire a fixé une échéance peu commentée. Pour qu’un second porte-avions français puisse un jour être construit sans désorganiser les chantiers navals, la commande devrait être passée avant 2029, soit l’année qui suit la sortie de bassin du Charles de Gaulle. Sans décision d’ici là, la France restera à un seul navire pour plusieurs décennies.

Le France Libre n’appareillera pas avant 2036

Emmanuel Macron s’est rendu le 18 mars 2026 sur le site de Naval Group à Nantes-Indret pour annoncer le nom du porte-avions de nouvelle génération : France Libre. Le ministère des Armées le programme pour remplacer le Charles de Gaulle à partir de 2038.

Ses réacteurs K22 sont déjà en préparation à Indret. Saint-Nazaire assemblera la coque dans la première moitié des années 2030, sur les mêmes cales que celles utilisées pour les plus grands paquebots de croisière. La presse spécialisée situe désormais les premiers essais en mer à partir de 2036, pour une entrée en service autour de 2038.

Ce calendrier interdit toute solution de rattrapage. Le Charles de Gaulle sortira de son chantier en 2028, puis devra naviguer seul pendant une dizaine d’années avant que son successeur ne prenne la mer. Les réacteurs K22 doivent délivrer une puissance supérieure à celle des K15 et exigent des développements, des essais et des certifications propres. Le programme est chiffré à environ 10 milliards d’euros, jusqu’à 12 milliards d’euros en comptant les systèmes qui l’accompagnent.

Pendant que ce navire prend forme sur la Loire, Naval Group réoriente chaque année davantage de crédits et d’ingénieurs vers lui, au moment même où le porte-avions en service entre dans son chantier le plus lourd.

Faire durer le navire au-delà de 2038

La Direction générale de l’armement a indiqué qu’une étude sur le comportement des réacteurs nucléaires serait menée pendant le chantier de 2027, afin d’évaluer la possibilité de prolonger le Charles de Gaulle au-delà de sa date de retrait théorique. Elle invoque le risque de retard du programme France Libre.

Des sénateurs avaient déjà évoqué une telle prolongation en 2023, chiffrée alors à un milliard d’euros au minimum. Personne n’a réactualisé ce montant depuis.

Le ministère des Armées présente 2038 comme une échéance arrêtée. Les travaux confiés à la DGA en font une variable, suspendue aux aléas des chantiers de Saint-Nazaire et d’Indret comme aux besoins militaires du moment.

Les dix-huit mois de bassin décideront ainsi de deux choses à la fois. Ils priveront la France de son porte-avions jusqu’en 2028. Ils diront aussi, une fois les réacteurs ouverts, combien d’années le navire peut encore tenir la mer.

Tenir la date, ou repartir vers Ormuz

Mi-juin, alors que le retour à Toulon et le chantier étaient déjà préparés, l’état-major des armées a maintenu le Charles de Gaulle « sur zone jusqu’à nouvel ordre », dans un secteur exposé aux missiles antinavires et aux drones explosifs. Paris a fait passer l’urgence militaire avant le calendrier des arsenaux.

Admis au service le 18 mai 2001, le navire approche du quart de siècle en mer. Les 166 jours et les 74 000 kilomètres de « La Fayette 26 » s’ajoutent à l’Afghanistan en 2001 et aux frappes contre l’organisation État islamique en 2015 et 2016. Chaque mois supplémentaire passé en opération allonge la liste des réparations qui l’attendent à Toulon.

Donald Trump a adressé au Congrès une notification officielle confirmant la reprise du conflit, que la Maison Blanche a confirmée à l’AFP. Le blocus américain des ports iraniens est rétabli. Un conseiller du guide suprême Mojtaba Khamenei, qui a succédé à son père Ali Khamenei, tué le 28 février dans les premières frappes israélo-américaines, a menacé d’une « phase d’offensive totale » si les bombardements américains se poursuivaient. Le détroit d’Ormuz, dont la réouverture constituait la principale disposition du protocole signé le 17 juin au château de Versailles, reste largement paralysé. Un nouveau déploiement de plusieurs mois consommerait une bonne part du délai qui sépare le navire de son entrée en bassin.

Reporter le chantier d’un an décalerait d’autant le remplacement du combustible nucléaire, la reconstruction de l’îlot et l’étude dont dépend la date de retrait du navire. Le tenir à 2027 ouvrirait dix-huit mois pendant lesquels la France ne pourrait plus faire décoller un avion de combat depuis la mer. Les contrats signés en 2025 courent. Le Charles de Gaulle est à quai.



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5 commentaires sur « La France sans porte-avions pendant dix-huit mois »

  1. On en vient à ce que je dis depuis des mois. Un seul porte-parole, c’est une Marine boiteuse ! Il est evident que si l’on veut garder une certaine suprématie avec une permanence à la mer, il faut bien deux bâtiments. Je ne comprends pas que les têtes pensantes tout là-haut, ne réagissent pas ! On se rend bien compte que la construction d’un seul porte-avions dit le France libre e convient pas à l’opérationnel. Il eu mieux valu construire deux unités plus petites du type CDG verte modernisée au standard actuel. Deux bâtiments qui auraient pu être accueilli, entretenus dans nos deux principales bases navales à Brest et à Toulon. La gloire de vouloir construire un seul porte-avions type Américain n’apporte rien de plus quant à l’opérationnel. Si l’on ne peut pas construire deux bâtiments, il vaudrait mieux abandonner le projet et miser plutôt sur plus de SNA et t SNLE. Bien sûr à tout cela, il faut aussi penser à pouvoir avoir plus de frégates et ravitailleurs et mieux repartir notre flotte entre Toulon et Brest. On voit encore des aberrations du type mission Jeanne d’Arc qui part de Toulon et y retourne sachant que l’Ecole navale est à Brest et que depuis l’illustre p H Jeanne d’Arc depuis 1964 cette mission était bien régi par Brest. Enfin il y aurait encore beaucoup de choses à dire mais comment intervenir auprès de nos soi-disant têtes pensantes de tout la haut?

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    • bonjour, du temps de la grande FRANCE gaulliste il y en avait 2 avec 1 dette < 10% du PIB
      1 PAN coûte ~3G€ & sa MTO/30ans ~ 6G€….
      Avec 115% de dette ~3150G€ il semble que notre pays soit militairement à l' OS….De facto la France 2eme puissance maritime devrait en avoir 3, dont 1 toujours e MTO…CHERCHONS l'erreur ?
      Nb: la F.P. à ~ 5 M emplois coûte ~ 60 G€ de déficit/an .en + des 160G€ de salaires+penion payés par l'impôt……Reduisons la au même niveau que nos voisins & nous pourrons aisément nos payer les 3 PAN. Henry ex habilité Secret-défense

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    • les 3 portes hélicoptères ne peuvent ils assurer la permanence, accompagnés de FREMM et SNA? Bien sûr, il n’y aurait pas de rafale, mais les italiens et japonais en ont transformé avec tremplin. Pour se faire, il faut des avions harrier
      ou F35. Autre solution, l’OTAN n’est pas capable de gérer une permanence entre la France, l’Italie et l’Angleterre?

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