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- Sept pour cent, et l’essentiel part en mer
- Ce que la formule des cinq ans additionne
- Le Fujian a des catapultes, le Charles-de-Gaulle est seul
- Les navires que personne ne compte
- Verrouiller Taïwan ou tenir trois océans
- Ce que quatre-vingt-trois pour cent veulent dire
- Dix-huit frégates, le seuil que les députés défendent
Un chiffre circule dans les analyses navales européennes et personne à Paris ne le conteste sérieusement : au rythme de leurs livraisons actuelles, les chantiers chinois produisent en cinq ans l’équivalent de toute la flotte française.
Sept pour cent, et l’essentiel part en mer
Pékin a inscrit 1 940 milliards de yuans au budget de la défense pour 2026, soit environ 280 milliards de dollars, lors de la session annuelle de l’Assemblée nationale populaire. La hausse atteint 7 % par rapport à 2025, selon les chiffres relayés par Reuters et AsiaOne. Un porte-parole du ministère chinois de la Défense a indiqué que 1 910 milliards de yuans de ce total relevaient des dépenses de l’administration centrale, en progression de 6,9 %.
Aucun détail par programme n’accompagne ce chiffre. Ni le coût du troisième porte-avions ni celui des nouveaux quais de l’île de Hainan ne figurent dans les documents remis aux délégués. Le Pentagone et plusieurs instituts occidentaux estiment depuis des années que l’effort militaire réel dépasse le montant affiché, une partie des dépenses étant logée dans d’autres budgets.
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Depuis le milieu des années 2010, les grands chantiers chinois sortent en série destroyers, frégates, navires d’assaut amphibie et bâtiments de ravitaillement. La marine chinoise, que les militaires occidentaux désignent par son sigle anglais PLAN, aligne aujourd’hui plus de 370 bâtiments de combat, ce qui en fait la première du monde en nombre selon des rapports américains et des analyses de think tanks concordants.
Ce que la formule des cinq ans additionne
Les inventaires ouverts et les documents parlementaires français convergent vers un peu plus de 130 bâtiments pour la Marine nationale, du remorqueur portuaire au porte-avions. Les unités de combat lourdes, frégates, porte-avions, porte-hélicoptères et ravitailleurs, n’en représentent qu’une petite partie. Côté chinois, les mêmes bases dépassent le millier d’unités dès lors qu’elles ajoutent les navires de soutien et les garde-côtes.
Le calcul des cinq ans repose sur cette arithmétique. Les livraisons observées dans les chantiers chinois depuis 2015 donnent un rythme annuel tel qu’il suffit d’un lustre pour égaler, en volume, l’ensemble de la flotte française. Celle-ci s’est constituée par tranches successives depuis les années 1980, au fil de commandes votées à l’Assemblée nationale.
Reste à savoir ce que la formule compte. Un patrouilleur de 700 tonnes et une frégate de 6 000 tonnes pèsent le même poids dans un décompte de coques, alors que leur valeur militaire n’a rien de comparable. Mesuré en tonnage total plutôt qu’en nombre de navires, l’écart de production entre les deux pays se réduit sensiblement. Aucune source publique ne précise laquelle des deux méthodes fonde la comparaison la plus souvent citée.
S’ajoute un problème d’origine des données. Les décomptes détaillés proviennent de bases de renseignement construites à partir d’informations publiques, imagerie satellite, photographies de chantiers, publications officielles recoupées, une méthode que les spécialistes appellent l’OSINT. Ni Pékin ni Paris ne certifie ces chiffres.
En s’en tenant à ce que ces sources permettent d’affirmer, la Chine arme trois porte-avions et plusieurs dizaines de sous-marins, avec une flotte de surface très supérieure en nombre à la française. La Marine nationale aligne un porte-avions, quatre sous-marins nucléaires porteurs de missiles stratégiques, une poignée de sous-marins d’attaque et une vingtaine de frégates de combat.
Pékin a réorganisé ses grands chantiers civils et militaires autour d’un objectif unique de montée en puissance navale, avec des cales dimensionnées pour construire plusieurs navires lourds en parallèle. Naval Group et Piriou travaillent sur des séries courtes, commandées par tranches. La loi de programmation militaire, votée par le Parlement, fixe les cadences françaises pour sept ans et les rend publiques. Le plan quinquennal chinois n’expose aucun échéancier.
Le Fujian a des catapultes, le Charles-de-Gaulle est seul
La Chine a mis à l’eau trois porte-avions en treize ans. Le Liaoning, ancienne coque soviétique rachetée à l’Ukraine et admise au service en 2012, puis le Shandong, sa version construite en Chine et admise en 2019, font décoller leurs avions au tremplin, une rampe inclinée à l’avant du pont. Le Fujian, lui, embarque des catapultes électromagnétiques.
La différence se mesure en kilos et en kilomètres. Une catapulte propulse des avions plus lourds, donc mieux armés et emportant davantage de carburant, et permet de faire décoller des appareils de surveillance radar qui étendent la vision du groupe naval bien au-delà de l’horizon. Le tremplin impose une limite de masse au décollage qui ampute le rayon d’action. Les médias spécialisés et les rapports de défense décrivent le Fujian comme un saut technologique majeur pour la marine chinoise.
Le Charles-de-Gaulle catapulte des Rafale Marine depuis son entrée en service en 2001. La France n’en a construit aucun autre depuis. Sa grande révision de 2017-2018, qui suppose de vider le navire et de recharger son combustible nucléaire, a duré dix-huit mois. Pendant un an et demi, la France n’a disposé d’aucun porte-avions. Son successeur, désigné dans les documents budgétaires par le sigle PA-NG, n’est pas attendu avant la fin des années 2030. Entre les deux seuls porte-avions français à catapultes, il se sera écoulé près de quarante ans, quand la Chine aura franchi le cap des catapultes en un peu plus d’une décennie.
Sous l’eau, les estimations disponibles créditent la Chine d’une flotte très supérieure en nombre, avec une composante nucléaire en expansion. La France tient la permanence de sa dissuasion avec quatre sous-marins lanceurs d’engins et arme des sous-marins d’attaque de la classe Suffren, dont les marines alliées reconnaissent la qualité. Le programme prévoit six unités livrées entre 2020 et 2030.
À Yulin, sur l’île de Hainan, les images satellites analysées notamment par la BBC documentent l’agrandissement de la base navale, avec de nouveaux quais capables d’accueillir porte-avions, sous-marins nucléaires et navires de ravitaillement. Une flotte ne se limite pas à ses coques. Il lui faut des quais pour l’amarrer, des bassins pour la réparer et des dépôts pour l’armer. Pékin a construit les uns et les autres en même temps.
Les navires que personne ne compte
Plusieurs travaux récents ajoutent au décompte une catégorie absente des tableaux : navires à double usage civil et militaire, garde-côtes lourdement équipés, bateaux de recherche océanographique et flottilles de pêche encadrées par l’État, que les spécialistes appellent la milice maritime. L’ensemble forme ce qu’ils désignent comme une « flotte grise ». Ces unités sortent des mêmes chantiers, à des cadences comparables, sans jamais entrer dans les comparaisons de flottes de combat.
Un chalutier de la milice maritime qui mouille six semaines sur un récif contesté ne déclenche aucune réponse militaire. Un garde-côte qui bloque un ravitaillement philippin non plus. Pékin exerce par ces moyens une pression quotidienne sur Manille et sur Hanoï, tout en gardant ses destroyers et ses porte-avions disponibles pour une crise ouverte.
Les garde-côtes français, eux, dépendent des préfets maritimes et remplissent des missions de sauvetage et de police des pêches. Plusieurs centaines de bâtiments chinois restent donc hors du calcul des cinq ans, qui minore d’autant la production réelle des chantiers de Pékin.
Verrouiller Taïwan ou tenir trois océans
Les programmes navals chinois se comprennent à partir d’une carte. Il s’agit de dominer les mers proches, de peser sur Taïwan, de contrôler la ligne d’archipels qui court du Japon aux Philippines, que les stratèges appellent la « première chaîne d’îles », et de contester la liberté d’action américaine dans l’Indo-Pacifique. Produire vite sert cet objectif de saturation d’un théâtre unique. Les groupes aéronavals chinois multiplient les exercices en mer de Chine orientale et méridionale, pendant que garde-côtes et milice maritime entretiennent une tension permanente avec les pays riverains.
La marine américaine pèse dans chacun de ces calculs, et la France n’opère jamais seule dans la zone. Le groupe aéronaval français déployé lors de la mission Clemenceau 25, au premier trimestre 2025, a manœuvré avec des unités américaines, japonaises, indiennes et indonésiennes.
La Marine nationale répond à un tout autre cahier des charges. Elle assure la permanence de la dissuasion nucléaire à la mer, surveille les approches de la métropole et plus de dix millions de kilomètres carrés d’espaces maritimes sous souveraineté française, escorte, renseigne et intervient en coalition. Ses points d’appui outre-mer, de La Réunion à la Nouvelle-Calédonie et des Antilles à la Guyane, lui donnent un accès permanent à trois océans dont aucune autre marine européenne ne dispose.
Les équipages paient cette dispersion en jours de mer. Une même frégate peut être appelée en Atlantique nord, en Méditerranée orientale puis dans l’océan Indien au cours d’une même année, avec des périodes d’entretien qui s’allongent d’autant. Là où Pékin concentre sa production sur un seul théâtre, Paris répartit une flotte quatre fois plus petite sur trois océans.
Ce que quatre-vingt-trois pour cent veulent dire
Aucun analyste occidental ne discute l’ampleur de l’écart de production. Le comptage de coques laisse pourtant de côté la qualité de l’entretien, le niveau d’entraînement des équipages, la capacité à opérer avec les alliés, le ravitaillement en munitions et en carburant au fil d’un conflit long, et l’expérience des opérations navales complexes. Aucun de ces éléments ne se livre en cinq ans avec un navire.
La marine chinoise a progressé dans sa doctrine d’emploi et dans l’informatisation de ses systèmes de commandement, ce que les analystes occidentaux reconnaissent sans réserve. Elle n’a pas conduit d’opération navale de haute intensité depuis l’affrontement des îles Paracels contre le Sud-Vietnam, en janvier 1974. Les marines américaine et française ont mené depuis lors des campagnes de frappes depuis la mer, des évacuations de ressortissants sous menace, des opérations contre la piraterie et des déploiements de combat prolongés.
Les sous-marins français porteurs de missiles nucléaires tiennent la mer sans interruption depuis 1972. À tout instant, l’un d’eux au moins patrouille en plongée quelque part dans l’Atlantique. Les Rafale Marine embarqués sur le Charles-de-Gaulle ont conduit des frappes en Irak et en Syrie entre 2014 et 2019. Cinquante-quatre ans de permanence sous-marine et vingt-cinq ans de porte-avions à catapultes ne se rattrapent par aucune cadence de chantier.
En mars 2026, la Marine nationale a mobilisé simultanément 19 de ses 23 principaux bâtiments de surface, soit 83 % de sa flotte lourde.
Le chiffre se lit dans les deux sens. Quatre bâtiments seulement restaient alors à quai, en réparation ou le temps de reconstituer un équipage. Une flotte de 23 grands navires engagée à 83 % s’use beaucoup plus vite qu’une flotte de 370.
Dix-huit frégates, le seuil que les députés défendent
Le rapport n° 2048 de l’Assemblée nationale établit que le réarmement naval mondial profite d’abord aux compétiteurs stratégiques de la France, la Chine au premier rang. Ses auteurs plaident pour un format d’au moins dix-huit frégates lourdes et pour un entretien mieux financé, servi par une industrie navale préservée. Ils alertent sur les retards de programmes et sur un format longtemps réduit.
En dessous de dix-huit, la Marine nationale ne peut plus assurer en même temps l’escorte du porte-avions, la protection des sous-marins nucléaires à leur sortie de la base de l’Île Longue, en rade de Brest, la présence permanente outre-mer et l’escorte de convois avec les alliés. Chaque frégate retirée sans remplacement immédiat oblige l’état-major à choisir laquelle de ces missions il abandonne.
Les chantiers de Lorient livrent une à deux frégates lourdes par an dans les meilleures années. Aucune loi de programmation militaire ne permettrait de combler l’écart par le nombre, et personne au ministère des Armées ne le prétend. Paris arbitre donc ailleurs : calendrier du futur porte-avions, accélération des programmes de sous-marins, commandes garanties aux industriels, financement de l’entretien.
Un navire très performant mais unique, ou immobilisé dix-huit mois pour une grande révision, ne produit aucun effet militaire le jour où il faudrait qu’il soit à la mer. Les marines européennes ont réduit leur format depuis les années 1990 en misant sur la sophistication de chaque unité, un pari construit dans un monde où personne ne produisait vite. Les chantiers de Dalian et de Jiangnan ont mis fin à ce monde-là.



La faute c’est de comparer un petit Poucet avec un Panda kung-fu, et aussi de prétendre dominer la planète quand l’autre se cantonne pas loin de Canton.
La position française ne peut plus être tenue avec une économie déclinante (dettes, approvisionnements et débouchés plus restreints, perte de compétitivité), une main-d’œuvre moins qualifiée et des technologies non maîtrisées (drones et robots, électrification de la propulsion ou des catapultes, réseaux de satellites..).
Des pertes doivent être envisagées en influence, en puissance et même en territoires