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Un F-35 américain renvoie aux radars adverses l’écho d’un objet de 0,01 à 0,02 mètre carré. Un chasseur sans traitement particulier, cinq à cent fois plus. Depuis 2022, les batteries sol-air ukrainiennes ont établi ce que coûte une signature mal maîtrisée. Celle du Rafale n’a jamais été rendue publique ; elle vient d’être remesurée, angle par angle.
Treize ans que ce test n’avait pas eu lieu
En juin 2026, un Rafale au standard F4 est resté accroché dans le vide, à Bruz, en périphérie de Rennes. Orienté puis réorienté face à une plateforme hérissée d’antennes que les visiteurs n’ont pas l’autorisation de photographier, l’appareil a été observé sous chacun de ses profils. La Direction générale de l’armement y a conduit une campagne d’évaluation de sa signature radar, c’est-à-dire de l’écho qu’il renvoie vers les radars qui l’éclairent.
Rattachée au ministère des Armées, la DGA pilote les programmes d’armement français et évalue les technologies de défense avant leur entrée en service. Elle a mené ces essais dans une installation baptisée SOLANGE, qui relève de son centre Maîtrise de l’information, le DGA-MI, implanté sur le site de Bruz. Le Rafale mesuré appartenait au standard F4, la version la plus récente de l’appareil, chaque standard apportant aux forces de nouveaux capteurs et de nouveaux armements.
La précédente campagne de ce type remonte à 2013.
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Ce que les radars adverses ont gagné
Depuis février 2022, les défenses sol-air ukrainiennes ont abattu des appareils russes parmi les plus récents de leur flotte. Ces pertes ont pesé sur la manière dont les états-majors occidentaux évaluent le coût d’entrée dans un espace aérien défendu.
Sur la même période, les radars se sont multipliés et la gamme d’ondes qu’ils émettent s’est élargie. Un radar de veille lointaine travaille sur des ondes longues, un radar de conduite de tir sur des ondes courtes. Les formes et les revêtements qui atténuent l’écho face aux unes le font moins bien face aux autres. Une signature jugée acceptable en 2013 ne produit donc plus le même résultat face à un réseau de capteurs qui balaie plusieurs longueurs d’onde et croise leurs relevés.
La DGA évalue ce que les militaires nomment la survivabilité, capacité d’un avion à pénétrer une zone défendue et à en ressortir. La signature radar y détermine un paramètre précis, la distance à laquelle un capteur adverse accroche l’appareil.
L’enceinte de la DGA qui avale un chasseur
SOLANGE forme un cylindre de 58 mètres de diamètre et d’environ 40 mètres de hauteur. L’acronyme désigne un Système orientable lourd pour aéronefs et gros engins.
Un avion de combat y entre grandeur nature, dans sa configuration réelle, sans démontage préalable. Ailleurs, les ingénieurs mesurent des maquettes réduites, puis extrapolent les résultats à la taille véritable, au prix d’une marge d’incertitude. Un document officiel du ministère des Armées qualifie l’installation de « base de mesure de signatures radars unique en Europe ».
Le démonstrateur de drone de combat nEUROn est passé par la même enceinte.
En parallèle, la campagne de juin 2026 s’est appuyée sur le laboratoire ED2EN, installé sur le site de Bruz et consacré à la guerre électronique numérique. Les valeurs relevées sur la cellule alimentent les travaux menés sur les équipements de brouillage embarqués.
Pourquoi rien ne doit toucher l’appareil
Le capteur qui reçoit l’écho ne sait pas d’où vient l’onde. Une onde renvoyée par un mur arrive avec le même signal que celle renvoyée par l’avion, et fausse le relevé. Murs et plafond de SOLANGE sont pour cette raison tapissés de milliers d’absorbeurs électromagnétiques taillés en pyramides, dont la géométrie piège les ondes parasites au lieu de les renvoyer.
Les ingénieurs de la DGA cherchent à reconstituer, dans un volume clos de 58 mètres de large, des conditions proches de l’espace libre, c’est-à-dire du vol réel.
Un train d’atterrissage posé au sol ou un bâti métallique renverrait, pour la même raison, un écho parasite qu’on ne saurait plus séparer de celui de l’appareil. D’où le Rafale accroché dans le vide.
L’avion est ensuite observé sous de multiples angles. Vu de face, de trois quarts avant, par le dessous ou par l’arrière, un chasseur ne renvoie pas le même écho, et l’écart entre ces valeurs se compte en ordres de grandeur.
Le chiffre que personne ne confirme
La surface équivalente radar, ou SER (RCS en anglais), s’exprime en mètres carrés et décrit la quantité d’énergie qu’un objet renvoie vers l’émetteur qui l’éclaire. Elle ne dit rien de la taille physique de l’appareil. Un chasseur de près de 11 mètres d’envergure peut afficher une valeur inférieure à celle d’une sphère métallique de quelques dizaines de centimètres. Les formes de la cellule et les cavités qui l’ouvrent aux ondes, entrées d’air en tête, pèsent davantage que le volume.
Un appareil furtif de conception intégrale comme le F-35 américain se situe entre 0,01 et 0,02 m². Un chasseur classique reste le plus souvent au-dessus de 0,1 m², parfois jusqu’à 1 m². Au-delà de 2 m², on entre dans le domaine des bombardiers.
Des estimations d’ingénieurs, relayées début 2026 par un média spécialisé en défense, placent entre 0,05 et 0,1 m² la signature frontale minimale du Rafale, soit la valeur relevée de face, l’angle sous lequel un chasseur aborde une batterie sol-air. Ni Dassault Aviation ni la DGA n’ont communiqué de valeur officielle. L’avion se tiendrait à mi-chemin, très au-dessus de la discrétion passive du F-35, nettement en dessous d’un chasseur non traité.
Sukhoï a déposé un brevet qui évalue la SER frontale du Su-57 entre 0,1 et 1 m², soit le domaine d’un chasseur conventionnel, alors que Moscou présente l’appareil comme un avion furtif de cinquième génération. La DGA relève des échos dans une enceinte fermée, là où les constructeurs publient des ordres de grandeur.
Ce que la mesure règle dans SPECTRA
Un avion dont on connaît l’écho angle par angle sait à quelle distance chaque type de radar commence à le voir. Les valeurs relevées dans SOLANGE servent à fixer ce seuil dans le système de guerre électronique du Rafale, qui déclenche alors ses contre-mesures. Réagir trop tôt reviendrait à se désigner à un radar qui n’a encore rien accroché.
Développé avec Thales, MBDA et Safran, SPECTRA repère les émissions des radars adverses et leur oppose du brouillage et de faux échos, destinés à fabriquer des cibles qui n’existent pas. L’appareil établit sa position dans l’environnement électromagnétique sans émettre lui-même, donc sans se signaler à ceux qu’il écoute. Dassault Aviation désigne cette approche sous le terme de furtivité active.
Lockheed Martin a suivi une autre voie pour le F-35, avec une furtivité passive décidée dès la planche à dessin, une géométrie de cellule calculée pour dévier les ondes et un armement logé dans des soutes internes qui suppriment les emports sous voilure.
Le ministère des Armées a tranché en 2022, en écartant le développement d’une version du Rafale F4 dédiée exclusivement à la guerre électronique, sur le modèle de l’EA-18G Growler, l’avion spécialisé de l’US Navy. Les capacités déjà intégrées à SPECTRA ont été jugées suffisantes.
Dassault Aviation est entré au capital de la start-up française Harmattan AI le 12 janvier 2026, en participant à un tour de financement de 200 millions de dollars.
Six mois plus tard, le 13 juillet, les deux industriels ont annoncé par communiqué commun le succès d’un vol collaboratif entre un Rafale F4 et un drone équipé de NAMIB, leur nouvel équipement de guerre électronique. Le drone a détecté puis localisé un système de défense sol-air avancé, avant de transmettre ses données au chasseur, dans un scénario simulé d’engagement en zone contestée. Aucune source officielle n’a précisé la nature exacte de la munition éventuellement engagée au cours de cette simulation.
La détection a été assurée par le drone, non par les capteurs du Rafale. SOLANGE mesure l’écho d’une cellule d’avion, et rien de ce qu’un appareil tiers rapporte au chasseur.
Le Super Rafale passera par la même enceinte
Le programme européen SCAF, système de combat aérien du futur, qui associe la France, l’Allemagne et l’Espagne autour d’un successeur du Rafale et de l’Eurofighter, s’est enlisé en 2026.
Dassault Aviation évoque désormais un « Super Rafale » furtif développé en solo, accompagné d’un drone de combat baptisé Neuron NG, dérivé du démonstrateur dont la DGA a déjà relevé la signature à Bruz. L’avionneur situe cet ensemble à l’horizon 2045.
Une SER connue permet de calculer la distance exacte à laquelle un radar donné détectera l’appareil, ce qui vaut à ces relevés le statut de données classifiées. Aucun industriel ne confie de telles mesures à un partenaire étranger. Concevoir une cellule plus discrète que celle du F4 suppose donc de disposer, sur le territoire national, d’une enceinte capable de vérifier les résultats grandeur nature et d’ingénieurs formés à l’exploiter.
Treize ans séparent la campagne de 2013 de celle de juin 2026. Dassault Aviation en annonce dix-neuf avant l’horizon qu’il fixe au successeur du Rafale.



Qu’est-ce qu’il ne faut pas lire… Plus de 2m2 de SER (surface équivalente radar) c’est le domaine des bombardiers? Ce que l’on trouve en sources ouvertes:
Un B52 flirte avec les 100m2
Un F15 vu de face environ 25m2 (vue imprenable sur les aubes de compresseur des PW F-100).
Un F16:SER estimée 4-5m2
Un Mirage 2000: 1,5 à 2 m2
Un Eurofighter: 1 à 1,5 m2
Un Rafale: valeur communément admise 0,06 m2
F35: dix fois moins que le Rafale
F22: 0,0002 m2
Valeurs en configuration lisse. Dès emports externes (bidons additionnels traditionnels, armements) => SER >10m2 pour tous les chasseurs.
Et cet article a raison: le SU 57 Félon présenté comme furtif a une SER 20 fois supérieure au Rafale…