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- Soixante jours pour effacer une technologie
- Paris répond par écrit, un 15 août
- Ce que la Navy écrivait de l’EMALS en février
- Un sénateur pilote d’essai contre la décision
- Pourquoi la vapeur ne lance pas un drone
- Deux ensembles américains pour trois rails français
- 10 milliards affichés, 12,2 milliards inscrits
- Une catapulte souveraine hors délais
Le France Libre doit appareiller en 2038 avec trois rails de catapultage conçus, livrés et entretenus par un industriel américain, pour toute sa vie opérationnelle. Le ministère des Armées a diffusé le samedi 15 août une déclaration écrite affirmant qu’aucun risque ne pèse sur ces équipements. La garantie couvre la fabrication et l’entretien, et rien d’autre. Elle répond à une décision prise quarante-huit heures plus tôt, à Washington.
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La France sans porte-avions pendant dix-huit mois
Soixante jours pour effacer une technologie
Donald Trump a signé le jeudi 13 août 2026 un mémorandum de sécurité nationale intitulé « Rebuilding the United States Navy and America’s Shipbuilding Industrial Base ». Le texte donne soixante jours au secrétaire à la Guerre, Pete Hegseth, pour remettre un plan de remplacement des catapultes électromagnétiques du futur USS Doris Miller. Ces catapultes, connues sous le sigle EMALS, sont les dispositifs encastrés dans le pont d’envol qui propulsent un avion de zéro à 250 km/h en deux secondes, la distance de piste étant trop courte pour un décollage classique. Elles doivent céder la place à des catapultes à vapeur et à des ascenseurs à munitions hydrauliques, deux technologies plus anciennes.
Le navire visé porte le numéro de coque CVN-81. Il s’agit du quatrième bâtiment de la classe Ford, la nouvelle génération de porte-avions américains qui succède à la classe Nimitz, en service depuis les années 1970. Les catapultes électromagnétiques comptent parmi les innovations autour desquelles cette génération a été dessinée. Trois navires en sont équipés ou doivent l’être, le Gerald R. Ford, le John F. Kennedy et l’Enterprise.
Le quatrième est déjà sur cale. Naval Technology situe la découpe de son premier acier en août 2021, sa pose de quille en 2026 et sa livraison initialement programmée pour 2032, et non 2034, échéance qu’ont retenue plusieurs estimations antérieures. Cinq ans de travaux ont précédé la décision d’en reprendre la conception. Aucun calendrier révisé n’a été publié depuis le 13 août.
Reuters et Bloomberg évaluent le surcoût de cette modification à « des centaines de millions de dollars ». Le texte présidentiel invoque, pour la justifier, la nécessité de remédier à « une série de déboires dans la construction navale découlant de conceptions excessivement complexes ».
Le même document réorganise plus largement l’industrie navale militaire américaine. Trump y autorise la construction de navires de guerre américains à l’étranger, ce qu’aucun président n’avait décidé depuis des décennies, pour les chantiers ayant réalisé aux États-Unis des investissements « substantiels et durables ». Il ordonne la création d’un cinquième chantier naval d’État consacré à la réparation des sous-marins et des porte-avions, avec un rapport attendu sous 120 jours. La France achète ses catapultes à cette industrie.
Paris répond par écrit, un 15 août
« Aucun risque technique ou industriel particulier n’est identifié pour la fabrication des catapultes électromagnétiques destinées au [porte-avions] France Libre, ou leur entretien dans les prochaines décennies », indique la déclaration que le ministère des Armées a transmise à l’AFP le samedi 15 août, et que Le Monde a reprise.
Le mémorandum ne vise qu’un seul navire. Les trois autres porte-avions de la classe Ford conservent leurs catapultes électromagnétiques, ce qui laisse à leur fabricant, General Atomics, trois clients à équiper et à entretenir aux États-Unis mêmes. L’argument français tient donc sur le terrain industriel, puisque la chaîne de production ne s’arrête pas.
Le ministère ne s’engage ni sur le prix des équipements commandés, ni sur leur date de livraison. Il ne dit rien non plus du rythme auquel General Atomics produira, une fois retirée de son carnet de commandes la part que représentait le quatrième porte-avions américain. Depuis le 13 août, le gouvernement américain n’a pris publiquement aucun engagement nouveau envers les pays qui lui achètent ces équipements.
Le texte français n’est pas signé. Il a été diffusé un jour férié, par voie d’agence. Aucune audition parlementaire n’a été convoquée, aucune conférence de presse tenue.
Ce que la Navy écrivait de l’EMALS en février
L’USS Gerald R. Ford, premier navire de la série, opérait en Méditerranée orientale dans le cadre de l’opération « Epic Fury ». Stars and Stripes situait la durée de son déploiement au-delà de huit mois au 1er mars 2026.
L’US Navy a diffusé le 27 février 2026 un communiqué que ce même média a repris. La conception du pont d’envol du Ford, associée à l’EMALS et à un système d’arrêt avancé, « a contribué à augmenter le taux de génération de sorties par rapport à un porte-avions de classe Nimitz », y écrit la marine américaine. Ce taux mesure le nombre d’avions qu’un navire parvient à lancer et à récupérer dans une journée. C’est l’indicateur qui détermine la puissance de feu réelle d’un groupe aéronaval.
Cent soixante-sept jours séparent ce communiqué du mémorandum qui ordonne de retirer le système du navire suivant.
Deux réserves accompagnent ce bilan. Rien n’établit à ce jour que le Ford ait effectivement lancé des drones au moyen de ses catapultes électromagnétiques durant ce déploiement, capacité pourtant souvent présentée comme démontrée. Le chiffre de « près de 37 000 lancements réussis », largement repris, n’a pu être rattaché à aucun document officiel de l’US Navy et n’est pas retenu ici.
Le système que le mémorandum range parmi les conceptions « excessivement complexes » est celui que la France a commandé pour son propre porte-avions.
Un sénateur pilote d’essai contre la décision
Mark Kelly, sénateur démocrate de l’Arizona, a attaqué la décision dès le 13 août sur la chaîne MS NOW. Ancien pilote de l’aéronavale américaine, titulaire d’un master d’ingénierie aéronautique et pilote d’essai, il a complété sa position le lendemain sur le réseau social X. « J’ai décollé de l’avant de porte-avions des centaines de fois, j’ai un master d’ingénierie aéronautique, je suis pilote d’essai, et même moi, je ne suggérerais pas à la Navy comment concevoir tel ou tel système de ses navires », a-t-il écrit.
Breaking Defense et Bloomberg rapportent l’un comme l’autre que Trump a signé malgré l’opposition de nombreux officiers de marine.
Ni la France ni les ventes à l’étranger ne figurent dans le mémorandum. La déclaration du 15 août est donc exacte sur ce qu’elle affirme, et le risque qui pèse sur Paris se situe ailleurs. Une architecture technique validée par plus de huit mois de déploiement opérationnel et défendue par l’état-major de la marine américaine a été renversée en une signature, sur un critère qui n’est pas d’ingénierie. Le programme France Libre court jusqu’en 2038. Le mandat présidentiel américain en cours s’achève en janvier 2029.
Pourquoi la vapeur ne lance pas un drone
Ce que Trump a ordonné le 13 août consiste à réinstaller, sur une coque conçue autour de l’électricité, un mode de catapultage abandonné avec la génération précédente. Les réacteurs nucléaires du Gerald R. Ford comme ceux du France Libre alimentent un réseau électrique central qui dessert l’ensemble des systèmes du bord, catapultes comprises. Les Nimitz prélèvent au contraire sur leurs chaudières une vapeur sous haute pression, acheminée par des kilomètres de tuyauterie coûteuse à entretenir.
Bryan Clark, spécialiste des questions navales à l’Hudson Institute, un centre de recherche américain, chiffre le gain de l’abandon de la vapeur sur le Ford à environ 500 marins d’équipage en moins par rapport aux navires précédents. Il évalue l’économie de fonctionnement correspondante à 100 millions de dollars par an. Sur trente ans de service, l’écart dépasse 3 milliards de dollars.
La catapulte électromagnétique dose la puissance délivrée au moment du lancement, là où la vapeur libère une poussée brutale. Les cellules d’avions vieillissent moins vite, ce qui concerne au premier chef le Rafale Marine, que la Marine nationale entend faire voler plusieurs décennies depuis le pont du France Libre. Le même dispositif catapulte aussi bien un drone de combat léger qu’un appareil lourd comme le Grumman E-2 Hawkeye, un avion à hélices équipé d’un radar de surveillance. La vapeur ne descend pas assez bas en puissance pour lancer un drone sans l’endommager.
Le groupe aérien du France Libre a été dimensionné autour de cette souplesse, drones inclus. Le repli que Washington vient de décider pour son quatrième porte-avions n’existe pas pour Paris.
Deux ensembles américains pour trois rails français
Emmanuel Macron a baptisé le navire « France Libre » le 18 mars 2026, sur le site de Naval Group à Indret, en Loire-Atlantique. Le bâtiment doit déplacer 77 000 tonnes pour 310 mètres de long, propulsé par deux réacteurs nucléaires. Il remplacera le Charles de Gaulle, en service depuis 2001 et près de deux fois plus léger.
La Direction générale de l’armement et la Marine nationale ont confirmé une configuration à trois rails de catapultage. Opex360, site spécialisé dans les questions de défense, indique qu’elle doit permettre au groupe aérien d’atteindre jusqu’à une soixantaine de décollages par jour. Le montage retenu combine deux ensembles EMALS achetés aux États-Unis, chacun capable d’alimenter deux rails, auxquels s’ajoute un troisième rail acheté séparément. La France paie donc de quoi alimenter quatre voies de lancement pour n’en installer que trois.
Le Groupement des industries de construction et activités navales, qui fédère les industriels français du secteur, évalue à environ 3 milliards d’euros la seule facture des composants achetés outre-Atlantique. Ce montant couvre les catapultes et le système d’arrêt AAG, l’ensemble de câbles et de freins qui stoppe les avions à l’atterrissage. Les avions radar E-2D Hawkeye y sont également inclus.
Le ministère des Armées a lui-même évoqué, dans sa déclaration du 15 août, l’entretien des catapultes « dans les prochaines décennies ». La technologie que le mémorandum retire du CVN-81 pour cause de complexité excessive, la France s’engage à la faire fonctionner jusqu’aux années 2070.
10 milliards affichés, 12,2 milliards inscrits
L’Élysée a communiqué un coût d’environ 10 milliards d’euros pour le France Libre, montant repris par Europe 1, RTL et l’agence Anadolu. Les documents du projet de loi de finances pour 2026, le budget de l’État soumis au Parlement à l’automne, retiennent une somme de 12,221 milliards d’euros, dont 10,7 milliards déjà engagés, selon Planet et La Nouvelle Tribune. Les deux chiffres ne se contredisent pas. Le premier correspond au montant annoncé publiquement, le second au coût complet inscrit au budget. Les 3 milliards du GICAN mesurent encore autre chose, la part achetée aux États-Unis.
La loi de programmation militaire 2024-2030, adoptée le 13 juillet 2023 et promulguée le 1er août suivant, fixe le cadre de ces dépenses. Ce texte détermine, sur sept ans, les moyens que la France consacre à ses armées. Le Sénat, l’Assemblée nationale et le ministère des Armées ont retenu à l’époque une enveloppe de 413,3 milliards d’euros, dont 400 milliards de crédits budgétaires et 13,3 milliards de ressources complémentaires.
Ce montant est périmé. Un avis du Conseil d’État de mars 2026 et le texte de loi consultable sur le site du Sénat portent la programmation à 435,7 milliards d’euros, après une hausse de 36 milliards pour la période 2026-2030.
Les 12,221 milliards du porte-avions sont inscrits à l’intérieur de cette enveloppe, votée avant le baptême du 18 mars. Près d’un quart de cette somme ira à des fournisseurs américains dont le principal client vient de retirer les catapultes électromagnétiques de son prochain navire. Une hausse des prix ou un ralentissement de la production chez General Atomics s’imputeraient sur des crédits déjà répartis jusqu’en 2030, sans réserve prévue pour un tel imprévu.
Une catapulte souveraine hors délais
Des députés ont obtenu en avril 2026 l’inscription dans la loi de programmation militaire d’une « étude de faisabilité portant sur les modalités de développement d’un système de catapultes électromagnétiques souverain » destiné au France Libre.
Opex360 chiffre ce développement entre 1 et 2 milliards d’euros supplémentaires et juge son délai incompatible avec le calendrier du programme. Aucun industriel français ne sait aujourd’hui produire l’ensemble des maillons de cette chaîne, du moteur qui pousse l’avion jusqu’aux réservoirs d’énergie qui libèrent une décharge massive en une fraction de seconde. General Atomics a mis plus de vingt ans à mettre au point ce système sur le Ford.
Le France Libre doit succéder au Charles de Gaulle à l’horizon 2038. Une décision de fabriquer français prise en 2026 n’aboutirait pas à temps, et chaque année perdue éloigne davantage l’échéance. Le mémorandum du 13 août donne des arguments à une solution nationale au moment précis où elle est devenue impossible à tenir dans les délais.
Reste la mi-octobre. Le plan que Pete Hegseth remettra à la Maison-Blanche dira si le retrait des catapultes électromagnétiques s’arrête au CVN-81 ou s’étend aux navires suivants. General Atomics, la Direction générale de l’armement et Naval Group n’ont fait aucune déclaration publique depuis le 13 août.



les français sont tellement cons en cas de problèmes ils
ne pourront pas décoller ils seront à la merci des américains
Le matériel doit être complètement fiable lors de la conception.
Tout risque est totalement à exclure.
En l’occurrence il faut travailler sur des aménagements a apporter sur les catapulpes à vapeur.