Frégates, sous-marins : la France n’a jamais autant vendu

18,7 milliards d'euros de contrats signés, sept ans de travail d'avance : le naval de défense français n'a jamais autant vendu. Les chiffres du Gican le confirment.

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Naval Group a signé 18,770 milliards d’euros de contrats en 2025, plus du double de l’année précédente. Stockholm a commandé quatre frégates en mai, Athènes a reçu la première des siennes en janvier, et le Parlement vient de voter 436 milliards d’euros pour les Armées d’ici 2030. Le porte-avions France Libre mobilisera à lui seul 800 entreprises. Dans les ateliers d’Indret, les syndicats parlent déjà d’autre chose.

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Le rebond que la commande militaire a financé

L’activité de l’industrie navale française de défense a progressé de 13 % en 2025 par rapport à 2024. Le chiffre figure dans le bilan annuel publié mercredi 8 juillet par le Groupement des industries de construction et activités navales (Gican), l’organisation professionnelle du secteur, qui fédère plus de 300 entreprises côté défense et plus de 770 sur l’ensemble de la filière, chantiers civils compris.

Sur ce périmètre élargi, le chiffre d’affaires atteint 17,1 milliards d’euros en 2025, en hausse de 9 % sur un an. Les prises de commandes s’élèvent à 38 milliards d’euros tous segments confondus. Il s’agit des contrats signés dans l’année, dont la facturation s’étalera ensuite sur une décennie ou davantage, selon la durée des navires à construire.

Les commandes militaires représentent 70 % du chiffre d’affaires de l’industrie navale française. Le Gican décrit une croissance qui « marque un rebond après le ralentissement observé en 2024 », et écrit que la santé du secteur « repose avant tout sur la poursuite des grands programmes de défense », ceux de la Marine nationale en premier lieu.

Un porte-avions, 800 entreprises, 12,221 milliards

Le Gican place en tête de ces programmes le porte-avions de nouvelle génération, qui « contribue fortement au maintien de l’activité sur le marché domestique ». Emmanuel Macron en a dévoilé le nom, France Libre, le 18 mars 2026 sur le site nantais de Naval Group à Indret, là où la construction a été lancée. Le navire doit entrer en service en 2038 et succéder au Charles-de-Gaulle.

Le président de la République a longtemps évoqué un coût d’« environ 10 milliards d’euros ». Les documents budgétaires officiels et le projet de loi de finances 2026 retiennent 12,221 milliards. L’estimation formulée il y a dix ans s’établissait à 4,5 milliards. La somme que l’État injectera dans la filière a donc plus que doublé avant même la découpe des premières tôles.

Ce montant ne comprend ni les travaux d’aménagement du port de Toulon, où le bâtiment sera basé, ni les appareils qu’il embarquera, soit trente avions de combat, deux avions radar E-2D Hawkeye chargés de la surveillance aérienne, des hélicoptères et des drones. Le financement a été engagé par tranches, 8,5 milliards d’euros fin 2025 et 2,5 milliards en 2026, le solde devant être voté au fil des lois de finances suivantes. L’État cherche par ailleurs à faire contribuer des capitaux privés, en sollicitant les grands industriels du secteur. Emmanuel Macron a avancé le chiffre de 800 entreprises mobilisées sur le chantier, « dont 80 % de PME ».

Le Gican décrit le trajet de cet argent. « La commande publique de défense irrigue d’abord de grands donneurs d’ordre industriels. À travers leurs programmes et leurs chaînes de sous-traitance, elle ruisselle ensuite vers l’ensemble de la base industrielle et technologique de défense navale, composée de plusieurs centaines d’entreprises », indique le groupement.

Quatre fois plus de contrats signés que facturés

Naval Group, l’entreprise publique qui conçoit et assemble les navires de guerre français, a enregistré 18,770 milliards d’euros de commandes en 2025, contre 8,094 milliards l’année précédente. Le groupe a ainsi signé, en douze mois, quatre fois plus de contrats qu’il n’a facturé de chiffre d’affaires. Son carnet de commandes, l’ensemble des contrats obtenus mais pas encore livrés, atteint 31,79 milliards d’euros, presque le double d’il y a un an, soit près de sept années de travail au rythme de production actuel.

Le chiffre d’affaires, lui, progresse beaucoup plus lentement. Il s’établit à 4 678,8 millions d’euros contre 4 354,6 millions en 2024, soit 7,5 % de hausse. Le bénéfice d’exploitation suit une pente plus douce encore, à 278,4 millions d’euros contre 270,5 millions un an plus tôt. Un porte-avions commandé en 2025 entrera en service en 2038 ; les signatures d’aujourd’hui ne deviendront des recettes que sur treize ans.

Le groupe a réalisé 67 % de son chiffre d’affaires avec l’État français et les administrations publiques en 2025, contre 71 % en 2024. Il emploie 17 170 personnes sur cinq continents et tire 33 % de son activité de ses clients étrangers.

48 navires côté défense, 68 pour la sécurité en mer

« En 2025, l’industrie navale française de défense présentait un carnet de commandes comprenant 48 navires », relève le Gican, pour qui « les types de navires commandés traduisent une grande diversité, répondant à des besoins spécifiques de souveraineté, de soutien et de projection ». Frégates de défense et d’intervention, sous-marins nucléaires lanceurs d’engins de troisième génération, ceux qui emportent les missiles de la dissuasion française, bâtiments de lutte contre les mines, patrouilleurs de surveillance : la commande couvre la quasi-totalité des métiers de la Marine.

Toutes activités confondues, 170 navires sont en carnet, dont 54 civils, 48 militaires et 68 destinés à la sécurité en mer, sauvetage et surveillance des côtes. Les 48 bâtiments de guerre pèsent moins de trois commandes sur dix en nombre. Ils comptent bien davantage en euros, un sous-marin ou une frégate coûtant sans commune mesure avec un patrouilleur.

L’activité de la filière sur le marché français a crû de 8 % en 2025, après 10 % en 2024. Le Gican l’attribue à « la montée en puissance des grands programmes conduits par la Direction générale de l’armement », le service du ministère qui achète les équipements des Armées.

« Il y aura un combat difficile en mer »

En février, le général Fabien Mandon, chef d’état-major des armées, a cité le « nombre insuffisant de bâtiments » de la Marine française parmi les « axes d’effort à l’avenir ». Il a formulé sa demande lors d’une conférence : « J’aurai besoin d’un nombre de frégates, de sous-marins et d’autres bâtiments qu’il faudra concevoir. Il y aura un combat difficile en mer, donc il faut des armes, et en quantité. »

Sébastien Lecornu, alors ministre des Armées, jugeait déjà nécessaire l’acquisition de trois frégates supplémentaires pour « tenir plusieurs espaces maritimes en même temps ». Il a quitté le ministère en octobre 2025 pour devenir Premier ministre.

La LPM actualisée met 436 milliards sur la table

Le Parlement a définitivement adopté début juillet 2026 la révision de la loi de programmation militaire 2024-2030, le texte qui fixe pour six ans le budget des Armées. Elle porte ce budget à 436 milliards d’euros d’ici 2030, soit 36 milliards de plus que la version votée fin 2023, et vise à consacrer 2,5 % de la richesse nationale à la défense à cette échéance.

Les forces navales bénéficient d’une enveloppe supplémentaire sur la période 2026-2030. Elle doit notamment doubler le nombre de missiles emportés par les frégates de défense et d’intervention et augmenter le stock de bouées acoustiques, ces capteurs largués en mer pour repérer les sous-marins. Catherine Vautrin, ministre des Armées et des Anciens combattants depuis le 12 octobre 2025 dans le gouvernement de Sébastien Lecornu, pilote le dossier. Les 13 % de croissance enregistrés en 2025 ont été acquis avant le vote de ce texte, dont les effets sur les commandes restent à venir.

Treize frégates FDI vendues, dont quatre à la Suède

Les ventes à l’étranger de la filière ont rebondi de 13 % en 2025, après un recul de 4 % en 2024, un rythme comparable à celui de l’activité défense dans son ensemble. Plus d’un tiers du chiffre d’affaires de l’industrie navale militaire provient désormais de clients étrangers.

La Suède a retenu Naval Group le 19 mai 2026 pour quatre frégates de défense et d’intervention, les FDI, dans le cadre du programme baptisé « classe Luleå ». Le montant du contrat oscille selon les sources entre 3,7 milliards d’euros, soit 40 milliards de couronnes suédoises, et 4 à 5 milliards de dollars, le prix final dépendant des armements suédois, ceux de Saab et Bofors notamment, qui seront installés à bord. Les deux premiers navires doivent être livrés vers 2030, les deux suivants vers 2035.

La Grèce a commandé quatre exemplaires du même bâtiment, dont le premier a été livré à Athènes en janvier. Treize FDI ont désormais trouvé preneur, cinq pour la Marine nationale, quatre pour la Grèce et quatre pour la Suède. Naval Group avait pourtant perdu, peu avant la décision suédoise, la compétition sur les frégates en Norvège et celle sur les sous-marins au Canada.

Les sous-marins ont fourni l’autre partie des succès de l’année. Le sixième Scorpène livré à l’Inde, le Vagsheer, assemblé sur place avec le chantier local Mazagon Dock, est entré en service en 2025. Le contrat portant sur deux Scorpène d’une version modernisée destinés à l’Indonésie, qui seront construits par le chantier PT PAL à Surabaya, est entré en vigueur la même année, tandis que le troisième Scorpène brésilien était livré. S’y ajoute la vente antérieure de quatre sous-marins Barracuda aux Pays-Bas, premier contrat français sur ce marché. Naval Group participe encore à une douzaine d’appels d’offres, du Brésil à l’Égypte, de la Pologne à la Roumanie.

9 600 postes à pourvoir, et des ateliers qui grondent

La filière navale emploie 59 100 salariés, en hausse de 1,6 % sur un an. S’y ajoutent 38 200 emplois chez les sous-traitants et fournisseurs, et 32 000 emplois entretenus par les dépenses de tous ces salariés dans les bassins concernés. Les effectifs des chantiers ont augmenté de 3,3 % par an en moyenne sur cinq ans, quand le chiffre d’affaires défense gagnait 13 % sur la seule année 2025. Le Gican annonce 9 600 embauches supplémentaires d’ici 2030.

À Indret, où la construction du porte-avions a été lancée, des représentants syndicaux dénoncent l’écart entre les commandes record enregistrées par le groupe et les conditions de travail dans les ateliers.

Naval Group a signé en 2025 quatre fois plus de contrats qu’il n’a facturé. Les 9 600 postes annoncés par le Gican restent à pourvoir.

Le groupement écrit que « les prises de commandes enregistrées ces dernières années devraient contribuer à soutenir cette tendance à moyen terme ».



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