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Un fabricant allemand de laques aéronautiques y a travaillé trois ans avant de livrer la formule. Il aura fallu cinq couches de peinture chargée de mica, plus de dix cycles d’essais et vingt jours d’atelier pour qu’un fuselage de 73 mètres renvoie la lumière comme un bloc de métal précieux. Deux couleurs propriétaires ont été déposées au passage, l’une argentée, l’autre dorée, et figurent depuis au nuancier de référence des industriels. Ce que l’opération a coûté, personne ne l’a dit.
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Un Airbus A350-1000 entièrement recouvert d’une peinture dorée à effet miroir s’est posé à Taipei-Taoyuan le 16 août. Il venait de Toulouse, où Starlux Airlines l’avait réceptionné la veille au terme d’un vol de livraison de plus de douze heures. La compagnie taïwanaise l’a baptisé Starlux Airsorayama Gold ; son immatriculation officielle est B-58554.
Ce jeudi 20 août, l’appareil effectue son premier vol commercial entre Taipei et Tokyo-Narita, sous le numéro JX800. Deux raisons ont dicté ce choix de destination, l’une et l’autre revendiquées par le transporteur. Le Japon est le pays d’origine de Hajime Sorayama, le plasticien qui a signé cette décoration, et il figure parmi les marchés régionaux les plus denses de la compagnie. Starlux a prévu de positionner ce même jour ses deux A350-1000 aux couleurs de l’artiste sur la liaison, afin que les voyageurs japonais les découvrent côte à côte sur le tarmac de Narita.
À compter du 26 août, le doré desservira également Bangkok-Suvarnabhumi. Le transporteur parle d’une « expérience de vol artistique à durée limitée », sans indiquer à quelle date cette période s’achèvera ni si la peinture sera un jour déposée.
Quatrième A350-1000 entré dans la flotte, l’appareil est le deuxième habillé par Sorayama.
L’or répond à l’argent posé en juillet
Un premier A350-1000 était sorti d’atelier début juillet, argent dominant relevé d’accents dorés. Celui de la semaine dernière inverse la répartition : l’or couvre les surfaces principales, l’argent se limite aux détails de la dérive et des nacelles de réacteurs. Starlux a commandé les deux décorations ensemble et fait peindre les deux appareils selon le même procédé, à cinq semaines d’intervalle.
L’argenté est entré en service régulier sur Tokyo le 12 juillet. Trois jours plus tard, il ralliait Phoenix, en Arizona, pour son premier vol long-courrier. Le doré prend donc place dans un dispositif que la compagnie exploite depuis cinq semaines.
Hajime Sorayama, né en 1947, doit sa notoriété internationale à ses sculptures de figures robotiques chromées et à ses collaborations avec des maisons de mode. Il désigne lui-même son travail sur les surfaces réfléchissantes comme relevant du « métal liquide ». Ces surfaces, jusqu’ici cantonnées à des objets de quelques dizaines de centimètres et à des toiles, s’étendent ici sur un fuselage de 73,79 mètres de long et une envergure de 64,75 mètres. Le lingot est la plus grande pièce jamais sortie de son atelier.
Ce qu’il faut pour dorer 73 mètres de fuselage
Cinq couches de peinture recouvrent chaque appareil. Les pigments employés contiennent du mica, un minéral dont les feuillets microscopiques renvoient la lumière et produisent l’effet miroir recherché. Un fuselage passe en quelques heures de plus de 40 °C sur le tarmac de Taoyuan en août à moins 55 °C en croisière à 11 000 mètres, ce qui impose à ce type de finition des essais d’adhérence et de tenue mécanique que ne subit aucune peinture d’atelier.
Le développement des deux teintes, baptisées Airsorayama Silver et Airsorayama Gold, a été confié à Mankiewicz, fabricant allemand de peintures aéronautiques établi à Hambourg et fournisseur de la plupart des grands avionneurs. Trois ans de mise au point ont été nécessaires. Les deux couleurs ont ensuite rejoint la bibliothèque Pantone, le nuancier universel auquel se réfèrent imprimeurs et industriels du monde entier pour désigner une teinte sans ambiguïté. La compagnie présente cette intégration comme une première dans l’aviation commerciale.
Sorayama a validé la teinte définitive après plus de dix cycles de tests. Seize spécialistes ont ensuite travaillé vingt jours sur chaque appareil.
Starlux n’a communiqué ni le surpoids induit par ces cinq couches, ni son effet sur la consommation de kérosène. Sur un appareil dont la masse maximale au décollage atteint 319 tonnes et qui vole douze heures d’affilée jusqu’à Phoenix, quelques centaines de kilogrammes de peinture supplémentaire se retrouvent sur la facture carburant à chaque rotation. Un lingot volant se paie aussi au réservoir.
Un rêve né devant Le Sacre de Napoléon
Starlux et Sorayama ont dévoilé le projet le 27 janvier 2026 à Omotesando Hills, un centre commercial de l’arrondissement de Shibuya, à Tokyo. L’artiste y a remis à Chang Kuo-wei, président de la compagnie, une œuvre signée de sa main. Trois années de travail conjoint entre le transporteur et l’atelier avaient précédé cette présentation.
Sorayama poursuit depuis près de trente ans l’ambition de créer « la plus grande œuvre d’art au monde ». Plusieurs récits concordants situent la naissance de cette idée devant Le Sacre de Napoléon, de Jacques-Louis David, au musée du Louvre. La toile mesure 9,79 mètres sur 6,21, soit un peu plus de 60 mètres carrés. Un A350-1000 offre plusieurs centaines de mètres carrés de surface peinte.
L’artiste apporte de son côté à la compagnie une reconnaissance immédiate auprès de la clientèle urbaine japonaise et sud-coréenne, celle-là même que le transporteur cherche à capter sur ses rotations vers Tokyo, Osaka et Séoul. Ses collaborations passées avec Dior et avec des marques japonaises de mode urbaine lui assurent une audience que peu d’artistes contemporains possèdent hors du circuit muséal.
Les deux appareils étaient annoncés pour une entrée en service au troisième trimestre 2026. La compagnie a tenu la date.
Le lingot ira jusqu’en Bohême
À partir du 1er octobre, les deux A350-1000 dorés et argentés seront affectés de manière régulière à trois lignes : Taipei-Tokyo-Narita, Taipei-Phoenix et Taipei-Prague. Trois continents, trois tarmacs où les deux appareils se relaieront.
La liaison vers Prague existe depuis le 1er août 2026, mais aucun des deux lingots ne l’assure pour l’instant. Elle est exploitée en Airbus A350-900, un modèle plus court et peint aux couleurs habituelles de la compagnie, à raison de trois vols par semaine, les mardi, jeudi et samedi, sur une distance d’environ 9 300 kilomètres. Un quatrième vol hebdomadaire s’y ajoutera le 1er octobre, lorsque l’un des deux appareils peints prendra la ligne.
Starlux est devenue à cette occasion la deuxième compagnie taïwanaise après China Airlines à relier directement la capitale tchèque.
Phoenix mérite qu’on s’y arrête. Le fabricant taïwanais de semi-conducteurs TSMC y construit ses usines américaines, dans le cadre d’un investissement porté à 165 milliards de dollars en mars 2025, et les allers-retours d’ingénieurs entre Hsinchu et l’Arizona alimentent depuis l’ouverture de la ligne un trafic d’affaires très rentable pour la compagnie. Faire circuler un lingot de 73 mètres sur cette rotation de plus de 11 000 kilomètres revient à installer une enseigne devant la clientèle qui rapporte le plus. Le transporteur dessert par ailleurs Los Angeles, San Francisco, Seattle et Ontario, en Californie, et examine l’ouverture de Chicago, Washington, New York et Dallas.
Deux appareils peints sur quatre A350-1000
Le premier A350-1000 de la compagnie est entré en service en janvier 2026, le deuxième en mars, l’argenté début juillet, le doré ce mois-ci.
Au 16 août 2026, Starlux exploite 36 appareils : 13 Airbus A321neo, 9 A330neo, 10 A350-900 et 4 A350-1000. Ces quatre derniers constituent le haut de gamme de la flotte, ceux qui ouvrent les lignes les plus longues. Deux d’entre eux portent la décoration Sorayama. La compagnie a donc engagé la moitié de son outil long-courrier le plus récent dans une opération de marque.
Elle a porté sa commande à 18 A350-1000 lors du Salon du Bourget, en juin 2025, en signant dix exemplaires supplémentaires. Les livraisons de ce second lot sont attendues à partir de 2031. Rien n’indique à ce stade si d’autres appareils recevront la peinture au mica.
À bord des deux lingots, la cabine compte 350 sièges répartis en quatre classes : 4 en Première, 40 en Affaires, 36 en Premium Économie et 270 en Économie. Les quatre suites de Première visent une clientèle à très forte contribution, sur des lignes où Cathay Pacific, Japan Airlines et Eva Air alignent des cabines comparables sans avoir peint leurs avions en métal précieux.
Le patron a pris les commandes lui-même
Chang Kuo-wei a piloté en personne le vol de livraison du premier A350-1000 de sa compagnie, de Toulouse à Taipei, début janvier 2026. À l’arrivée à Taoyuan, les camions de pompiers de l’aéroport ont formé au-dessus de l’appareil les arches d’eau réservées aux vols inauguraux.
Il a recommencé le 1er août. Aux commandes du vol d’ouverture Taipei-Prague, il a décollé de Taïwan peu après minuit pour se poser dans la capitale tchèque vers 9 heures, heure locale, sous les applaudissements des invités réunis sur le tarmac. Titulaire d’une licence de pilote de ligne, il a présidé la compagnie taïwanaise Eva Air jusqu’en 2016 avant de fonder Starlux deux ans plus tard.
D’autres transporteurs asiatiques ont exploité avant lui le filon de l’avion spectaculaire. Eva Air fait voler des Airbus aux couleurs de Hello Kitty depuis 2005, All Nippon Airways a peint plusieurs Boeing en Pokémon depuis 1998, Japan Airlines a décliné des motifs Doraemon. Aucune de ces compagnies n’a développé de couleur propriétaire, ni fait valider ses teintes par l’artiste après dix cycles d’essais, ni prolongé l’opération jusqu’aux consignes de sécurité : le 24 juillet 2026, Starlux a diffusé un film en images de synthèse de cinq minutes dans lequel les figures robotiques de Sorayama exécutent le briefing réglementaire imposé aux passagers avant chaque décollage.
Fondée en 2018, la compagnie a effectué son premier vol commercial en janvier 2020, quelques semaines avant la fermeture des frontières liée au Covid-19. Elle n’appartient à aucune des trois grandes alliances mondiales, Star Alliance, SkyTeam et Oneworld, et affronte sur le Pacifique des transporteurs installés depuis plusieurs décennies. Sa notoriété hors d’Asie reste à construire.
Les prochains terrains où le lingot pourrait se poser sont identifiés. Lors de son assemblée générale du 29 mai 2026, Starlux a confirmé son intention d’ouvrir en 2027 des liaisons sans escale vers Barcelone, Zurich, Sydney et Auckland, quatre villes situées dans le rayon d’action de l’A350-1000. Les demandes d’autorisation pour Barcelone et Zurich ont été déposées auprès des autorités concernées. Aucune date ni aucun tarif n’ont été arrêtés, la décision définitive n’étant pas attendue avant la fin de l’année 2026.


