L’Inde veut construire le successeur du Rafale avec Dassault

New Delhi confirme vouloir rejoindre le SCAF, le programme d'avion de combat de sixième génération que Dassault pilote seul depuis le retrait allemand de juin.

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Le ministère indien de la Défense a confirmé, vendredi 7 août 2026, avoir engagé des démarches concertées pour rejoindre le SCAF (Système de combat aérien du futur), le programme d’avion de combat de sixième génération désormais conduit par la France à travers Dassault Aviation. L’annonce figure dans le 25e rapport de la Commission parlementaire permanente de la défense de la 18e Lok Sabha, remis à New Delhi sous la forme d’un « Action Taken Report », le document par lequel l’exécutif indien répond par écrit aux recommandations des parlementaires, ici celles d’un rapport de mars 2026.

Le document cite explicitement deux capacités visées : la mise en réseau des systèmes de combat dans le nuage et les systèmes sans pilote collaboratifs. Un chasseur de sixième génération vaut aujourd’hui par sa capacité à piloter des drones depuis le cockpit et à échanger des données en temps réel avec l’ensemble des radars, satellites et navires d’un théâtre d’opérations, autant que par ses performances de vol.

Le ministère n’a précisé ni la forme de sa participation, du simple statut d’observateur à la détention d’une part de production, ni le calendrier envisagé. Aucune confirmation n’est venue de Paris ni de Dassault Aviation. La Commission parlementaire a réclamé au ministère une feuille de route et un calendrier détaillés pour sa prochaine soumission.

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Le GCAP allait plus vite, l’Inde a choisi Paris

Cinq mois plus tôt, le dossier restait ouvert. Le 18 mars 2026, devant cette même Commission parlementaire, le chef d’état-major de la défense indien, le général Anil Chauhan, a déclaré que « deux consortiums différents travaillent actuellement sur des avions de sixième génération ». Le premier, le GCAP, réunit le Royaume-Uni, l’Italie et le Japon, avec une mise en service visée au milieu des années 2030. Le second, le SCAF, associait alors la France, l’Allemagne et l’Espagne, la Belgique en partenaire associé, pour un objectif repoussé vers 2040.

Cinq ans d’écart séparent les deux calendriers. Une armée de l’air à laquelle il manque 31 % de ses escadrons aurait dû, en bonne logique, se tourner vers le consortium le plus rapide.

Les deux offres ne sont pas de même nature. Rejoindre le GCAP reviendrait pour New Delhi à commander un appareil conçu par d’autres, à livrer au milieu des années 2030. Dassault, depuis juin 2026, dispose d’une place vacante à l’intérieur même du développement, sur un programme dont l’industriel a repris seul le pilotage : l’Inde y participerait à la conception, avec les transferts de savoir-faire et les compensations industrielles qui accompagnent les contrats franco-indiens depuis le premier accord Rafale. L’arbitrage d’août 2026 tranche donc entre livraison rapide et accès à la technologie.

Berlin claque la porte, une chaise reste libre

Le président français Emmanuel Macron et le chancelier allemand Friedrich Merz ont acté l’arrêt du développement conjoint franco-allemand le lundi 8 juin 2026. L’annonce a été confirmée à l’ouverture du salon aéronautique ILA de Berlin, le lieu même où le partenariat SCAF avait été dévoilé en 2018.

Dassault et Airbus ont buté sur le pilotage du programme et sur la répartition du travail industriel. Les droits de brevet ont achevé de bloquer la discussion, qu’une médiation gouvernementale conduite en avril 2026 n’a pas débloquée. Le coût total du programme d’origine, avant son abandon, était estimé entre 100 et 116 milliards d’euros selon les sources.

Seul le volet « avion piloté » s’arrête. Le système de systèmes qui relie avions, drones et capteurs, ce que les militaires appellent le « combat cloud », reste développé conjointement par la France et l’Allemagne. C’est cette brique-là que le ministère indien cite dans son rapport parlementaire.

Vingt-quatre heures après l’annonce de la rupture, Airbus a proposé à Berlin un consortium alternatif baptisé « Team Gen 6 », associant l’Allemagne et l’Espagne, sans Dassault ni la France. L’Inde rejoint donc un SCAF recentré exclusivement autour de Paris, pendant qu’un concurrent européen se constitue en parallèle.

Vingt-neuf escadrons, il en faudrait quarante-deux

L’armée de l’air indienne (IAF) aligne 29 escadrons de chasse actifs, quand le format officiellement autorisé par le gouvernement en prévoit 42. Treize escadrons manquent à l’appel, soit 31 % de la cible. Un escadron compte de seize à dix-huit appareils.

Six de ces vingt-neuf escadrons opèrent encore des Jaguar, avions d’attaque au sol entrés en service dans les années 1980, dont le retrait est programmé entre 2028 et le milieu des années 2030. Le déficit se creusera donc avant de commencer à se résorber. Selon certains trackers spécialisés, le niveau actuel est comparable à celui observé lors de la guerre indo-pakistanaise de 1965. Le programme auquel New Delhi s’est portée candidate le 7 août ne mettra pas un appareil en ligne avant 2040.

Tejas et AMCA n’ont pas tenu leurs promesses

Le Tejas MK1, chasseur léger produit par l’avionneur public HAL, n’a toujours trouvé aucun client à l’exportation. Son standard modernisé, le MK1A, a subi un nouveau revers en juin 2026 : l’un des six moteurs américains GE F404-IN20 livrés a échoué aux tests d’acceptation. L’intégration du radar israélien reste incomplète. HAL vise désormais un premier escadron MK1A opérationnel en mars 2027.

L’AMCA, présenté à New Delhi comme le programme qui porte l’ambition aéronautique du pays, est un appareil de cinquième génération, celle du F-35 américain entré en service en 2015, et non celle que développent aujourd’hui Européens et Britanniques. L’Aeronautical Development Agency (ADA) et HAL en ont vu l’exécution formellement approuvée le 27 mai 2025, suivie d’un appel d’intérêt industriel lancé le 18 juin. Premier vol visé en 2029, entrée en service vers 2034. La production en série ne démarrerait pas avant 2035, soit près d’une décennie de vide capacitaire. Le programme prévoit cinq prototypes conçus pour échapper aux radars, un budget initial d’environ 1,65 milliard de dollars et une dépendance initiale aux moteurs américains F414, avant l’arrivée d’un moteur plus puissant codéveloppé, potentiellement avec un partenaire français.

Aucun programme national indien de sixième génération n’existe à ce jour. Le SCAF ouvre à l’IAF la seule voie d’accès direct au combat cloud et aux drones pilotés depuis un avion habité.

Le pacte de La Mecque resserre l’étau

Le vendredi 7 août 2026, à La Mecque, le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane, le président turc Recep Tayyip Erdogan et le Premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif ont signé le « Pacte de défense conjoint de La Mecque », au terme de près d’un an de négociations. Le texte prévoit une clause de défense mutuelle : une attaque contre l’un des signataires est considérée comme une attaque contre les trois.

Rayed Krimly, responsable saoudien, a indiqué que l’accord « ne représente aucune intention de construire un axe militaire ou un bloc sectaire » et n’est pas lié à des ambitions nucléaires. Un responsable turc a indiqué de son côté que le pacte est purement défensif, ouvert à d’autres pays de la région, et qu’il ne remplace ni n’annule les accords bilatéraux existants.

Une éventuelle coopération autour du KAAN, l’avion de combat turc de cinquième génération, est évoquée par certaines sources mais ne figure pas dans le communiqué officiel diffusé par les agences de presse. Le point reste à confirmer. La Chine, autre adversaire potentiel de New Delhi, demeure l’alliée d’Islamabad. Le pacte a été signé le jour même où le ministère indien de la Défense confirmait ses démarches auprès du SCAF.

114 Rafale pour tenir jusqu’en 2040

Le Conseil indien d’acquisition de défense (Defence Acquisition Council) a donné son approbation de principe le 12 février 2026. New Delhi a transmis une lettre de demande formelle en juin 2026. La France y a répondu par une proposition détaillée soumise le 6 août 2026, la veille de la confirmation indienne sur le SCAF.

L’agence indienne ANI évalue le contrat à environ 34 milliards de dollars, soit 3,25 lakh crore de roupies dans le système de comptage indien, où un lakh crore équivaut à mille milliards de roupies. D’autres médias spécialisés avancent une fourchette allant jusqu’à 37 à 39 milliards de dollars. La répartition de la production varie également selon les sources, entre 92 et 96 appareils assemblés en Inde sur les 114 prévus, le solde sortant des chaînes françaises. Toujours selon ANI, Dassault, MBDA, Safran et Thales figurent parmi les partenaires industriels français, pour des retombées locales estimées à 1,6 lakh crore de roupies, environ 16 milliards d’euros, dont bénéficieraient Tata et Larsen & Toubro.

Aucun contrat n’est signé. La proposition du 6 août est étudiée par la Direction des acquisitions du ministère indien de la Défense et par l’IAF. La validation commerciale et l’approbation du Cabinet Committee on Security, l’instance gouvernementale qui arbitre les grands contrats de défense, restent nécessaires. Certains observateurs n’envisagent pas de signature avant 2027.

Le général Anil Chauhan a déclaré publiquement, lors du Shangri-La Dialogue de Singapour fin mai 2025, que l’Inde avait perdu des avions de chasse durant l’opération Sindoor, l’affrontement aérien qui l’a opposée au Pakistan en avril et mai 2025. Un rapport 2025 de l’US-China Economic and Security Review Commission, organisme du Congrès américain, évoque la perte de trois appareils indiens, sans établir qu’il s’agissait uniquement de Rafale. Éric Trappier, PDG de Dassault Aviation, a confirmé la perte d’un Rafale, en précisant qu’elle résultait d’une défaillance technique en haute altitude et non d’un tir ennemi. Les 114 appareils doivent couvrir un besoin étalé sur quinze ans, l’intervalle exact qui sépare l’IAF de l’horizon 2040 du SCAF.

SPECTRA : la ligne que Paris ne franchit pas

L’Inde s’est vu refuser l’accès aux « Interface Control Documents » (ICD) du radar Thales RBE2 et du calculateur de mission central MDPU. Le refus porte aussi sur SPECTRA, le système qui détecte les radars et missiles ennemis et déclenche les contre-mesures du Rafale. Ces documents décrivent la manière dont les équipements de bord dialoguent entre eux. Sans eux, on ne branche rien de nouveau sur l’avion. Paris applique la même politique aux Émirats arabes unis et à l’Allemagne.

L’IAF ne pourra donc modifier l’électronique de bord de façon indépendante, ni monter seule sur ses Rafale le missile air-air indien Astra ou le Rudram, conçu pour détruire les radars adverses, ni conduire ses futures mises à niveau sans passer par Dassault et Thales.

Le missile de croisière BrahMos-NG pose un problème d’un autre ordre. Développé conjointement avec la Russie, il fait craindre à Paris qu’une intégration hors contrôle n’expose des données françaises sensibles à des entités russes. Le Premier ministre indien Narendra Modi et Emmanuel Macron ont abordé directement ce point lors de leur rencontre à Nice en juin 2026. Aucune solution n’a été rendue publique depuis.

Lors de l’opération Sindoor, l’armée de l’air indienne aurait sous-estimé la portée réelle d’un missile pakistanais. Faute d’accès au code source, elle ne pouvait pas corriger elle-même le fichier dans lequel SPECTRA répertorie les menaces qu’il sait identifier. Reste à savoir ce que Dassault, qui verrouille l’accès sur un appareil déjà en service dans l’IAF, acceptera de concéder sur un programme encore à développer.

Pourquoi Dassault a besoin de l’Inde

Le programme trilatéral d’origine était évalué entre 100 et 116 milliards d’euros de recherche et développement selon les sources, une facture que la France partageait avec l’Allemagne et l’Espagne. Berlin et Madrid ne financent plus le volet piloté depuis le 8 juin. Le premier standard disponible afficherait un surcoût significatif par rapport au Rafale actuel, ce qui limitera mécaniquement le volume commandé par l’armée de l’air française, et donc le nombre d’appareils sur lequel étaler les dépenses de développement.

New Delhi entrerait dans ce montage comme sous-traitant coopérant, le leadership du projet restant aux équipes de Dassault. La fabrication d’éléments sur le sol indien réduirait les coûts, ou en freinerait la progression.

HAL, l’ADA et les industriels privés indiens attendent de cette coopération autre chose que des économies : un retour d’expérience sur des technologies que quinze ans de programme Tejas n’ont pas permis de maîtriser. La feuille de route et le calendrier réclamés par la Commission parlementaire de la défense diront quelle forme prend réellement cette participation. Ils sont attendus lors de la prochaine soumission du ministère.



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